Par Nicolas Houguet - publié le 07 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 07 octobre 2009 à 18h21 - 0 commentaire(s)
Les vies alternatives des adolescents n'ont plus grand-chose à voir avec l'innocence des contes de fées de l'enfance évoqués précédemment, à l'occasion de la sortie de Coraline.

Crises d'adolescence
Dans l'un des films les plus subversifs de ces dernières années, Donnie Darko de Richard Kelly est un jeune homme qui a comme ami imaginaire un lapin mutant et a des visions d'apocalypse. Il questionne de manière extrêmement violente la norme et le conformisme étriqué des adultes (et plus largement de la société américaine bourgeoise). Comme l'enfant, l'ado est prisonnier d'un monde carcéral, cerné de règles et de codes qu'il ne peut plus enfreindre par l'innocence mais par une rébellion absolue, devenant un marginal et une menace pour ses contemporains.



Le héros, même dans une réalité alternative, devient l'incarnation du désarroi, le monde dans lequel il évolue est sans issue. Dans L'Effet papillon, Ashton Kutchter découvre qu'il peut remonter dans le passé et changer le cours des choses. Mais les modifications qu'il apporte, au lieu d'être bénéfiques, s'avèrent désastreuses. Il ne fait qu'empirer la réalité, l'enfer étant, comme chacun sait, pavé de bonnes intentions. Ainsi, même lorsque des jeunes gens échappent à leur triste condition, c'est pour se retrouver avec encore moins d'illusions, plus exclus encore d'une norme à laquelle ils n'appartiennent pas. Une jeune femme est frappée par la mort et condamnée à devenir une « faucheuse » dans l'excellente série Dead Like me. Anna Paquin connaît un autre destin marginal : elle est amoureuse d'un vampire et entend les pensées secrètes de ses contemporains dans la série créée par Alan Ball, True Blood. Passé le voile décevant de la réalité, on peut se trouver dans une autre, plus sinistre encore.




L'âge adulte
S'émanciper du quotidien n'est pas forcément féerique. Pour un homme installé dans sa routine, c'est même assez violent. C'est ce que découvre Neo, l'élu de Matrix. Aurait-on pris à sa place la pilule bleue ou la pilule rouge, si c'était pour découvrir la désolation du monde réel où les machines se nourrissent des vivants, entretenus dans une réalité totalement artificielle. La chute est rude... Surviennent des questions plus existentielles, plus désespérées, lorsque les héros en quête d'évasion sont adultes. Ils sont plongés dans un autre monde dont ils ont du mal à intégrer les règles. On se souvient de James Stewart, qui, à deux doigt du suicide, découvrait ce qu'aurait été la vie sans lui dans La Vie est belle de Capra. Il y a la désillusion de Kathleen Turner qui revisite les années 60 de sa jeunesse envolée dans Peggy Sue s'est mariée de Francis Ford Coppola. Le jeune Marty McFly quant à lui, se découvre à l'âge adulte, dans une triste banlieue et un terne quotidien dans la saga des Retour vers le Futur de Robert Zemeckis. Ce personnage est assez intéressant, car toutes ses illusions s'envolent : il découvre que son père était un loser dans sa jeunesse, que sa mère était assez peu farouche. Le fond de ses aventures trépidantes est finalement assez désespéré. Ses voyages dans le temps lui permettent de se résigner à la vie telle qu'elle est et non telle qu'il la rêve.



La dynamique des contes de fées est inversée. La seule chose qui peut changer devient alors la perception qu'on a de nous-mêmes. Par exemple, Bill Murray dans l'excellent Un Jour sans fin de Harold Ramis, n'est pas plongé dans l'extraordinaire, mais dans le quotidien le plus banal qui soit. Il commence par n'être qu'un monstre d'ego et de cynisme. Son aventure lui permet d'assumer celui qu'il est au fond, étouffé sous les sarcasmes. Il gagne sa rédemption. On n'est pas si éloigné des enfants perdus dans le monde de Narnia qui doivent se prendre en main. La trajectoire du héros adulte, perdu dans une réalité alternative devient exactement comme celle de l'enfant, même si c'est abordé de façon plus ironique, alambiquée ou au second degré. Fight Club de David Fincher pourrait fort bien s'intégrer à cette réflexion, puisqu'il est fondé sur le bouleversement des règles qui régissent la réalité et la perception de soi. Wanted met également en scène un homme découvrant une dimension parallèle à sa sinistre routine, cela bouleverse sa vie et sa morale. Les réalités virtuelles de Existenz de David Cronenberg, de Ouvre les yeux d'Alejandro Amenabar ou de Avalon de Mamoru Oshii sont des versions hi-tech, adultes et désenchantées de l'évasion que l'on cherchait enfants dans des pays imaginaires.



Ainsi le cinéma superpose les dimensions, bouleverse la perception. Il peut vous faire retrouver votre âme d'enfant et transcender le monde en vous mettant en face de créatures irréelles et merveilleuses, comme dans Big Fish de Tim Burton. Il permet à des héros de se découvrir sous un nouveau jour, dans des réalités enchanteresses ou terrifiantes. Cela permet d'envisager l'existence d'une manière inattendue, de proposer des aventures excitantes, des parenthèses (du Magicien d'Oz à Wanted). Ces vies alternatives, ces autres mondes sont avant tout l'expression de notre plus secret espoir : celui de voir surgir l'extraordinaire dans nos vies trop bien réglées. Ce fantasme là, on l'a vu mis en scène bien des fois et on vient le vivre par procuration, à chaque fois que l'on pousse la porte des salles obscures.
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