Frère du cascadeur devenu réalisateur Nash Edgerton (The Square, dans lequel il a été très impliqué), Joel Edgerton a commencé en étudiant l'art dramatique à l'université Western Sydney / Nepean Kingswood Campus. Rapidement, il alterne la série télé (The Secret Life of Us, Fallen Angels) et le cinéma, dès 1996 dans Race the Sun, aux côtés de Halle Berry et Casey Affleck. Pendant ses années, il reste en Australie et croise le chemin de stars (Hugh Jackman dans Erskineville Kings, Heath Ledger, Orlando Bloom, Geoffrey Rush et Naomi Watts dans Ned Kelly, Dennis Hopper et Melanie Griffith dans The night we called it a day), parfois les plus improbables (Kylie Minogue dans Sample People). Ce qui a tout changé? Le rôle du jeune Owen Lars dans L'attaque des clones (2002) et La revanche des Sith (2005). C'est le début de sa carrière US : Mi$e à prix, de Joe Carnahan; Le roi Arthur, d'Antoine Fuqua. Sans pour autant négliger le pays d'origine avec le récent hit Animal Kingdom, de David Michod. Bluffant dans Warrior, il affirme avec une détermination farouche avoir de la suite dans les idées. Est-ce pour ça qu'on le verra dans Gatbsy le magnifique, l'adaptation en 3D du roman de F. Scott Fitzgerald par Baz Lhurmann aux côtés d'une distribution fastueuse (Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan)?
Dans quelle mesure avez-vous été impliqué dans Warrior?
En fait, Tom et moi étions impliqués dans le projet très en amont et avons été castés très tôt, genre deux mois avant le début du tournage. Nous avons commencé à nous entrainer et ça n'a pas été une partie de plaisir : il fallait se lever tôt le matin, pendant 5 à 6 jours par semaine. Le rôle étant physique, il fallait beaucoup manger. C'est comme si j'avais changé de vie du jour au lendemain.
Quelle séquence vous a réclamé le plus d'effort?
Bizarrement, les scènes de combat - si elles étaient éprouvantes - ne se sont pas révélées les plus compliquées car nous nous étions entraînés pour ça. De manière plus globale, c'était fatigant mais passionnant, toujours. Etrangement, j'avais plus de peine à être convaincant en professeur de physique chimie. Il fallait que je sois crédible face à des étudiants des habits que je ne porte jamais. Autant je comprends le sport et je suis à l'aise sur le ring, autant expliquer des théories aux étudiants, je ne peux pas. Je ne suis absolument pas scientifique.
Que saviez-vous de Tom Hardy avant le tournage?
Je l'avais repéré, un peu comme tout le monde, dans Bronson de Nicolas Winding Refn. J'aime l'idée que ce soit une cascade de muscles mais que sa psychologie soit plus torturée. Je connaissais bien entendu Nick Nolte, je savais à quel point c'était un grand acteur et il le prouve une nouvelle fois dans Warrior. Tom, c'est plus inattendu, plus surprenant. A chaque fois qu'il fait un nouveau film, je veux le voir car il n'est jamais là où on l'attend. Regardez Inception, de Christopher Nolan. Je pense que le monde a besoin d'acteurs comme lui, de ceux qui donnent envie d'aller au cinéma et de voir ce qu'ils vont proposer.
Comment arrivez-vous à concilier votre carrière aux Etats-Unis et en Australie?
Il y a dix ans, j'ai commencé à m'envoler aux Etats-Unis. J'ai fait du théâtre et des petits rôles pendant cinq ans et en fait, c'est le rôle dans Star Wars qui a changé la donne. Outre le plaisir personnel - j'ai toujours été un fan absolu avec mon frère -, il y avait une incroyable exposition. Avant, je ne pensais pas à Hollywood. Je ne suis pas le genre d'acteur qui, très tôt, savait qu'il finirait aux Etats-Unis. Je suis plus dans le doute et je prends les choses telles qu'elles arrivent. Honnêtement, je pensais que je finirais sur les planches, en Australie, en étant au moins aussi heureux. Je ne me projette pas dans l'avenir et c'est peut-être ce qui me donne envie de continuer. Je n'ai jamais été dans le «rêve américain».
Justement, comment choisissez-vous vos films?
En fait, mon premier critère, c'est le scénario. Je croise les doigts pour qu'il soit bon. Ensuite, je regarde le nom du réalisateur. Pour Warrior, je connaissais le travail de Gavin O'Connor. J'ai toujours trouvé qu'il y avait un regard et un ton dans son cinéma. Comme dans Le prix de la loyauté, où il décrit la police New-Yorkaise comme je ne l'ai jamais vue auparavant. Petit-à-petit, la combinaison de talents devient excitante. Et vous ne réfléchissez pas plus longtemps.
Vous serez prochainement à l'affiche du prequel de The Thing...
Oui, ce sera très proche du film de John Carpenter. Ce qui est compliqué car il fallait imaginer ce qui pouvait se passer avant. Ce qui m'a donné envie d'accepter, c'est le respect hallucinant pour le matériau de base. Les mecs derrière la prequel ne rigolent pas et ne veulent pas bâcler le travail ni même en faire un remake insipide. Vu comment ça s'est passé pendant le tournage, ça devrait envoyer un max.
Propos recueillis par Romain Le Vern

