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Wolfman : grossesse nerveuse

Par Arnaud BORDAS - 07 février 2010 - 0 commentaire(s)

Décidément, la malédiction s'acharne sur nos amis les lycanthropes. Après le sort catastrophique réservé au bien nommé Cursed, de Wes Craven, en 2005, Wolfman peut se targuer d'une production pour le moins chaotique. Rappel des faits.
 
Ça y est. La boucle est bouclée. Il aura donc fallu près de vingt ans pour que les quatre monstres classiques les plus emblématiques du studio Universal soient tous remis au goût du jour. Après le Dracula de Francis Ford Coppola en 1992, le Frankenstein de Kenneth Branagh en 1994, La Momie de Stephen Sommers en 1999, voici donc le remake du Loup-garou réalisé par George Waggner en 1941. A la base, dans la foulée de son Dracula, Coppola souhaitait produire trois autres films rendant chacun hommage aux trois créatures restantes. Séduit par le scénario exceptionnel de Frank Darabont, il envisagea tout d'abord de réaliser Frankenstein avant de finalement se contenter de le produire, laissant Branagh s'occuper de la mise en scène (il finira par le regretter, suite à de nombreux désaccords avec l'Anglais mégalo). Après un tournage très difficile et une sortie en salles plutôt décevante, l'enthousiasme de Coppola pour les monstres d'Universal retomba, et son projet suivant, La Momie, qu'il comptait confier à Jane Campion, fut ajourné. Il finira par se concrétiser mais sous la forme d'un grand film d'aventures trépidant et enjoué qui n'a plus grand-chose à voir avec le sombre drame fantastico-romantico-gothique que Coppola souhaitait produire. Quant au remake du Loup-garou, la sortie du ridicule Wolf de Mike Nichols en 1994 jette la dernière pelletée de terre sur un projet qui ne passionne plus son producteur. Il faudra attendre une dizaine d'années pour le voir renaître, sous l'impulsion d'un acteur atypique.

 

Wolfman de Joe Johnston
 
En l'occurrence Benicio Del Toro, comédien au jeu expressionniste que l'on a davantage l'habitude de voir dans des drames sombres. Authentique fan du film original et des loups-garous en général (il paraît que sa demeure est constellée d'affiches, de statuettes et autres produits dérivés consacrés au mythe de l'homme-loup), Del Toro souhaite depuis longtemps incarner son monstre préféré à l'écran. En 2006, lorsque Universal remet à l'ordre du jour un projet de remake du film de 1941, il se porte immédiatement volontaire, et le studio accepte volontiers, trop content de pouvoir mettre en tête d'affiche un comédien oscarisé. Début 2007, le studio, après avoir proposé la réalisation du film à Guillermo Del Toro (qui déclinera l'invitation pour mieux se concentrer sur la suite de son Hellboy adoré), choisit finalement Mark Romanek. Vedette du clip vidéo, ce dernier a signé un unique long-métrage en 2002 : Photo Obsession, un thriller avec Robin Williams. Se revendiquant avant tout comme un artiste, Romanek n'a semble-t-il pas compris qu'il allait travailler sur un gros film de studio. Durant toute la pré-production de Wolfman, les tensions entre le cinéaste et son équipe vont aller crescendo. Rick Baker, l'un des plus grands maquilleurs d'Hollywood, spécialiste des singes et des loups-garous (on lui doit notamment l'époustouflante transformation du Loup-garou de Londres), s'est porté lui aussi volontaire dès qu'il a entendu parler du projet. Véritable star du secteur, Baker n'est plus coutumier de ce genre de démarche depuis des années mais, le film de 1941 étant l'une des raisons pour lesquelles il est devenu maquilleur, il tient à participer à ce projet. Avec Del Toro, ils arrêtent leur choix sur un maquillage qui sera une remise à jour du maquillage créé par le grand Jack Pierce il y a plus de 60 ans. Romanek n'est pas d'accord, le fait savoir à Baker mais semble avoir du mal à définir un design précis. En même temps, il relance continuellement le studio pour obtenir un budget plus important et désapprouve le choix d'Anthony Hopkins et d'Emily Blunt au casting, imposés par le studio. Début 2008, lassé par tous ces conflits, Romanek quitte le projet. Wolfman n'a officiellement plus de réalisateur à sa tête.

 

Wolfman de Joe Johnston
 
Universal rencontre alors différents réalisateurs et plusieurs noms circulent pour remplacer Romanek : on parle de l'inoxydable Brett Ratner, toujours à traîner dans les parages lorsqu'il s'agit de reprendre un projet en difficulté, mais aussi de James Mangold, de Bill Condon ou de Martin Campbell. Après que le tout désigné Frank Darabont ait été également envisagé, c'est finalement Joe Johnston qui décroche la timbale. Collaborateur privilégié de George Lucas, Johnston est ensuite passé à la réalisation, signant des titres comme Chérie j'ai rétréci les gosses, The Rocketeer, Jumanji, Jurassic Park 3 ou Hidalgo, qui lui ont assuré une réputation de bon faiseur hollywoodien et de spécialiste des grands spectacles familiaux. Johnston doit faire vite : il signe son contrat début février, alors que le tournage commence un mois plus tard, en Angleterre. Sa première décision est de faire réécrire le script d'Andrew Kevin Walker (Seven, Sleepy Hollow) par David Self (Hantise, 13 jours, Les Sentiers de la perdition). A deux semaines des prises de vue, le design du loup-garou n'est toujours pas arrêté. Johnston, avec l'accord du studio, choisit de valider en urgence le maquillage rétro initialement proposé par Baker et Del Toro. Quant à la transformation, la production se décidera finalement après les prises de vue à la concevoir en images de synthèse, au grand dam de Rick Baker, alors même qu'elle reprend à son compte différentes étapes de la mythique transformation du Loup-garou de Londres ! (pour de plus amples détails sur le travail de Rick Baker, se reporter à l'article de Julien Dupuy à venir sur ce site - ndr)
Le tournage a lieu de mars à juin 2008, mais, en avril, alors que les désaccords se succèdent au sein du studio, les producteurs n'arrivent pas à s'entendre sur l'aspect de leur loup-garou et sur le ton du film. Ils veulent un Wolfman qui retrouve la patine gothique de son aîné mais sont en même temps paralysés à l'idée de se mettre à dos le public jeune. Très vite, il semble évident, à cause de toutes ces tergiversations, que le film ne sera pas bouclé dans les temps, et la décision est prise de repousser sa sortie de février 2009 à avril 2009 (initialement fixée à décembre 2008, elle avait déjà été décalée une première fois). Et ce n'est pas fini : complètement paniqué, le studio repoussera encore la date de sortie à deux reprises, à novembre 2009 puis finalement à février 2010. En mai 2009, les producteurs décident de tourner de nouvelles séquences. Principalement une scène où le loup-garou apparaît finalement à quatre pattes au lieu de deux et une scène d'action supplémentaire. Rick Baker est donc à nouveau sollicité pour revoir le design du monstre, tandis que toute l'équipe doit regagner Londres. A part Anthony Hopkins, qui n'est pas libre et qui va tourner ses nouveaux plans à Los Angeles. Joe Johnston reste également en Californie, où il doit superviser certaines séquences à effets spéciaux, et c'est donc Vic Armstrong, vieux routier de la direction des cascades et de la réalisation de seconde équipe, qui part diriger les six semaines de reshoots en Angleterre.

 

Wolfman de Joe Johnston
 
A la rentrée 2009, c'est au tour du compositeur Danny Elfman d'être débarqué du projet. Les producteurs lui reprochent apparemment, alors qu'il souhaitait livrer une partition gothique inspirée de ce qu'avait fait Wojciech Kilar sur le Dracula de Coppola, de n'avoir pas su adapter son travail aux différentes révisions du film et d'avoir à l'arrivée conçu une musique trop ancrée dans le passé. Bref, le nouvel ordre du jour semble être : on fait un film pour les jeunes. Logiquement, pour remplacer Elfman, on embauche l'Autrichien Paul Haslinger, spécialiste de la musique électronique, ancien membre du groupe Tangerine Dream et compositeur des bandes originales de Underworld, Crank ou Shoot'em Up. En novembre 2009, c'est au tour du monteur Dennis Virkler d'être remercié, son montage n'ayant pas du tout satisfait Johnston. Sont appelés à la rescousse deux légendes du métier : le grand Walter Murch (Apocalypse Now, K-19) et Mark Goldblatt, monteur de James Cameron, Paul Verhoeven et Michael Bay. Enfin, début 2010, on apprend que le score de Paul Haslinger a finalement été rejeté et celui de Danny Elfman réintégré. Toutefois, selon les rumeurs, ce dernier n'aurait pas été retravaillé par le compositeur, qui se serait contenté de recaser sa partition initialement rejetée. Ultime rebondissement dans ce qui restera un joli cas de production hollywoodienne à problèmes.

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