A l'occasion de la sortie en salles de Wolfman, retour sur des films d'horizons très différents qui traitent du même sujet : la métamorphose.

Par Romain LE VERN et La REDACTION - publié le 10 février 2010 à 17h01 ,
MAJ le 10 février 2010 à 18h58 - 0 commentaire(s)

Souvent responsables de quêtes identitaires troublantes, les métamorphoses physiques et mentales au cinéma peuvent marquer les rétines à différents niveaux. A l'occasion de la sortie en salles de Wolfman, retour sur des films d'horizons très différents qui traitent du même sujet. 
 

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Le loup-garou de Londres (John Landis, 1981)
John Landis fut l'un des réalisateurs les plus prolifiques des années 80, et l'un de ceux qui se vit les plus auréolés de gloire avec nombre de cartons dans sa filmographie tels que The Blues Brothers, Un fauteuil pour deux ou bien encore Un prince à New-York. Sans oublier, bien évidemment, Le Loup-Garou de Londres, une relecture de la mythologie des lycanthropes qui trouve sa logique entre respect (la rencontre sur la lande, de nuit) et innovation (les fantômes des différentes victimes), avec qui plus est des effets de maquillage qui servent encore de mètre-étalon (les magnifiques transformations que compte le film, aussi traumatisantes et marquantes que celles de Hurlements). PWH.
 

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Volte/Face (John Woo, 1997)
Les duettistes Mike Werb et Michael Colleary (qui avaient auparavant travaillé sur, ça ne s'invente pas, The Mask et Darkman 3) imaginent la pire des mutations pour un héros de film hollywoodien : comme le rappelle dès le teaser le personnage de Sean Archer ( John Travolta), il va devoir, pour attraper son pire ennemi Castor Troy (Nicolas Cage)... prendre son visage ! Evacuant la dimension SF du pitch, John Woo recentre l'histoire sur ces deux personnages torturés, qui malgré leurs différences, ne sont que les deux faces d'une seule et même pièce (ainsi que le résume le mexican standoff où ils font face à leur reflet, forcément faussé), qui perturbent forcément l'entourage de leur antagoniste. Spectaculaire et vertigineux, malgré un happy end un peu entendu. NL.
 

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Lost Highway (David Lynch, 1995)
Fred Madison, saxophoniste, soupçonne sa femme, Renée, de le tromper. Il la tue et se retrouve condamné à la peine capitale. Le film raconte l'histoire de cet assassinat du point de vue des différentes personnalités de l'assassin. Sa structure narrative ressemble une boucle où un homme se substitue à un autre le temps d'un rêve. Petit à petit, c'en devient une évidence : il s'agit d'une autopsie de couple en crise. A travers ce cas de schizophrénie, David Lynch affirme une faculté à nous perdre dans des mondes parallèles et des vertiges métaphysiques, pour accéder à une dimension esthétique que l'on peine à décrire autrement que "Lynchienne". Presque tous ses films reposent sur l'ambivalence des sentiments, la superposition des mondes parallèles, le cauchemar éveillé. Par la variété des lectures qu'il supporte, Lost Highway invite à méditer sur les forces secrètes qui travaillent notre quotidien le plus familier, en posant une question propre à chacun : sommes-nous manipulés par des forces obscures ? RLV.

 

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La Mouche (David Cronenberg, 1987)
La télé transportation n'est pas une science rodée! Seth Brundle alias Jeff Goldblum dans La Mouche va en faire les frais quand il testera pour la première fois sa nouvelle invention. Son ADN se mélangeant avec celui d'une mouche pendant l'opération, il va se métamorphoser progressivement en insecte. Des poils lui poussent dans des endroits pas imaginables, sa musculature va se développer, puis il va perdre ses oreilles, ses dents, son  nez, pour au final n'être plus qu'un hybride difforme rappelant vaguement un excrément d'éléphant malade. Si la télé transportation est l'avenir, il y a encore du travail à faire ! La dégénérescence mentale s'associera progressivement à la métamorphose physique qui résultera d'une créature sans une once d'humanité. CS.

 

La féline, de Jacques Tourneur


La féline (Jacques Tourneur, 1942)
Drame psychologique mâtiné de fantastique, La féline version Tourneur est un film sur la frustration sexuelle et la part d'animalité en l'humain. Irena (Simone Simon, superbe), victime d'une malédiction ancestrale, ne peut en effet faire l'amour avec son mari sans finir par être transformée en panthère. De métamorphose directe il n'y aura point, Jacques Tourneur étant passé maître dans l'art de la suggestion. Le cinéaste joue avec brio sur les ombres, le clair-obscur, comme pour mieux souligner l'ambivalence physique et psychique de son héroïne. JT.
 

La féline, de Paul Schrader


La féline (Paul Schrader, 1982)
Quarante ans plus tard, Paul Schrader signe un remake entre respect et trahison de l'original. Natassja Kinski, véritable fantasme ambulant, endosse à son tour le costume de la femme-panthère et se dote d'un frangin très spécial en la personne de l'excellent Malcom McDowell. Schrader place son film sous le signe du sexe et du sang et livre une œuvre à l'indéniable puissance érotique, aux incursions baroques de toute beauté. Moins suggestif que son modèle, cette version modernisée nous offre en prime une transformation que n'aurait pas renié Rick Baker.  JT.
 


District 9 (Neil Blomkamp, 2009)
Neil Blomkamp a réalisé une variation originale autour du thème des aliens. Ici le vaisseau des extra-terrestres échoue au dessus de Johannesburg. Ils sont confinés dans le "district 9" où ils vivent en marginaux. Mis au ban de la société, on va les parquer dans des camps. C'est là qu'un héros improbable, chargé de les déloger, fait son apparition. Mais l'imprudent s'expose à une substance étrange et mute peu à peu, se transforme en « crevette ». Il devient lui-même l'un des parias qu'il est censé traquer. On est devant une brillante parabole autour des indésirables et des exclus, pointant l'intolérance sans lourdeur didactique. La métamorphose progressive du héros structure le récit dans un crescendo captivant. NH.

 

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Ne te retourne pas (Marina de Van, 2009)
Traumatisée par un accident de voiture à l'âge de 8 ans, la réalisatrice Marina de Van eut alors l'impression de se scinder en deux personnes : son corps d'avant la jambe brisée lui devint alors étranger. Ne te retourne pas fait subir ce dédoublement psychologique à Sophie Marceau, qui prend peu à peu les traits de Monica Bellucci. Une expérience moins glamour qu'on pourrait le croire, tant l'auteure de Dans ma peau insiste sur les étapes intermédiaires de ce travestissement et l'hybridation monstrueuse du corps de ses actrices. Inquiétant. EV.

 

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Tetsuo (Shinya Tsukamoto, 1988)
Dans ce film culte, un Japonais «ordinaire» se métamorphose en un monstre de métal, qui attire sur son corps les déchets d'une ville de Tokyo tentaculaire. Il devient une créature de fer et de sang, fruit d'une urbanité et d'une modernité anxiogène, sorte de cousin très éloigné du Merde de Leos Carax - la mutation en moins. Une transformation d'anthologie, violemment organique et douloureusement mécanique, rythmée par une musique industrielle percutante. Tsukamoto réalisa une suite en 1992, Tetsuo II : Body Hammer, et on attend impatiemment le troisième volet, Tetsuo : The Bullet Man, qui a été présenté à la Mostra de Venise 2009. SC.
 

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Possession (Andrzej Zulawski, 1980)
Sur le papier, Possession raconte un vaudeville trash dans lequel un homme (Sam Neill) est cocufié par sa femme (Isabelle Adjani) qui se tord d'amour et de passion pour un monstre. C'est aussi et surtout un film sur la contamination et la métamorphose, marqué par une séquence hallucinante dans les couloirs d'une station de métro où le personnage féminin exécute une transe hystérique. A la fin de l'histoire, des doubles prennent possession des humains. Le double de la femme a les traits rassurants d'une maîtresse d'école aussi douce qu'Iseult aux blanches mains. Le double du mari n'est qu'une écorce vide. De cet usage du personnage et de la narration qui en découle naît un questionnement à propos de l'existence envisagée en tant que leurre permanent. Au sommet de son art, Zulawski y touche le fond baroque de la folie en adoptant le style de l'instabilité, où les êtres et les choses se répondent pour mieux se contredire. RLV.
 

Suture, de Scott McGehee et David Siegel


Suture (Scott McGehee et David Siegel, 1993)
Au début des années 90, les réalisateurs Scott McGehee et David Siegel avait impressionné avec Suture, leur premier long métrage, dans lequel un homme, suspecté de meurtre, prend l'identité de son frère. Avec des moyens proches de ceux à l'épreuve dans Following, de Christopher Nolan (économie, suggestion), ils montraient la transformation physique et mentale d'un homme en un autre - l'un est blanc et riche, le second est noir et pauvre. On les retrouvera des années plus tard avec Bleu profond (2000), un remake des Désemparés de Max Ophüls, sur une histoire d'amour impossible entre un maître chanteur et une mère de famille, où les bouches se frôlent sans nécessairement s'embrasser. RLV

 
Troubles, de Wolfgang Petersen


Troubles (Wolfgang Petersen, 1991)
Un homme, amnésique des suites d'un terrible accident de voiture, réapprend à vivre grâce à sa femme. Mais, étranger dans un corps inconnu, il finit par s'interroger sur son passé, enquête avec un complice et se demande si sa femme ne serait pas une mythomane et une manipulatrice. Un peu sous-estimé, ce thriller de Wolfgang Petersen (Das Boot) respecte les conventions d'un genre Hollywoodien par excellence. Construit comme un suspens identitaire (qui est qui ?), un peu à la manière de Seconds, de John Frankenheimer, il tient en haleine grâce à un rebondissement scénaristique lié à la transformation physique du personnage principal. Un procédé déjà utilisé par Alan Parker dans Angel Heart mais qui ne sert pas de conclusion ici. RLV
 

 
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Darkman (Sam Raimi, 1990)
Avant de s'attaquer aux aventures de Spider-Man, Sam Raimi avait déjà tâté du super-héro avec Darkman. La transformation de Peyton Westlake, un généticien, renvoie aux figures du Fantômes de l'Opéra et de Protée : défiguré, il est contraint à l'exil ; désiré à se venger, il utilise sa technologie pour changer de visage. Si, dans un premier temps, sa transformation est subie puisqu'il est mutilé, il en use ensuite tel un pouvoir. Dans les mains de Raimi, Westlake, l'homme, devient Darkman, un Protée du XXe : un être sans visage condamné à en chercher un nouveau, insatisfait de sa forme et se transformant pour se fondre dans la masse. AC.

 

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The Machinist (Brad Anderson, 2005)
On se souvient de The Machinist comme étant le film de « performance physique » de Christian Bale, d'une maigreur absolument flippante dans le rôle de Trevor. Mais il y a comme un malaise : on sent que le bonhomme n'a pas toujours ressemblé à ce paquet d'os. Dans la salle de bain, Trevor prend note méthodiquement de son hallucinante perte de poids. Il mange, mais continue de maigrir. Et pendant ce temps, des choses étranges arrivent autour de lui. Au début plutôt aimable, il devient parano, dérangé et en proie à des excès de violence et de colère. La dégradation et transformation physiques de Trevor n'est que le reflet d'un cerveau malade, qui se retrouve dominé par son inconscient. La transformation effrayante de Trevor est le reflet d'un cauchemar, qu'il ne contrôle pas, qu'il ne comprend pas, jusqu'à la révélation finale, aussi terrible que salvatrice. A-L. E.


The Crying Game (Neil Jordan, 1992)
Un soldat britannique enlevé par l'IRA se lie d'amitié avec son ennemi pendant sa détention. Lorsque ce dernier est tué  au cours d'une intervention de l'armée britannique, le soldat noue une relation ambiguë avec la compagne de cet homme. Le film reste célèbre pour la sophistication de son scénario, le choix du titre conseillé par Stanley Kubrick mais aussi pour son coup de théâtre qui avait effrayé tous les studios de l'époque. Le paradoxe veut qu'il soit devenu un argument  publicitaire. On se souvient encore de la tagline ayant accompagné la sortie en salles («Play At Your Own Risk. The movie everybody's talking about, but nobody's giving away it's secret»). Effectivement, le film n'est plus le même après 1 heure, 12 minutes, 37 secondes. Même si elle est connue aujourd'hui, la révélation qui provoque une «transformation» au sens littéral se trouve dans le rébus ci-dessous. A vous de voir. RLV.

 

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