Comme s'il y avait une file d'attente dans l'espace conduisant à la Terre, notre planète est régulièrement visitée par les extraterrestres des quatre coins de l'univers (oui, l'univers est un quadrilatère). Peut-être parce que nous équivalons à la seule station-service d'une autoroute intergalactique ? Ou bien est-ce parce que, en plus d'avoir un monde fertile et la musique country, nous sommes ridiculement faibles comparés à ceux qui bondissent d'étoiles en étoiles ? Toujours est-il que la planète bleue est sans cesse attaquée ou squattée par les aliens, avec les conséquences souvent destructrices que nous connaissons et dont World Invasion : Battle Los Angeles se fera le relais le 16 juillet en DVD et Blu-ray. Mais toutes les invasions venues de l'espace se ressemblent-elles pour autant ? A l'évidence, non. Nous pouvons même les répartir en quatre catégories bien distinctes.
L'invasion blitzkrieg
Considéré comme le récit fondateur de l'invasion extraterrestre, La Guerre des mondes du romancier H.G. Wells allait forger durablement notre idée première d'une attaque venue d'ailleurs : massive, organisée, impitoyable et inattendue. Le traumatisme provoqué par l'adaptation radiophonique de Orson Welles ayant de plus contribué à inscrire ce concept dans l'inconscient collectif, c'est ainsi que nous concevons le plus fatalement notre rencontre avec un autre monde et le cinéma s'est bien sûr chargé de capitaliser dessus, déjà pour le spectaculaire qu'offre un tel sujet.
Ouvrant le bal en 1953 des films d'invasion si chers à l'Hollywood de la Guerre Froide, la version de Byron Haskin marque alors le public autant pour ses incroyables effets spéciaux que pour sa représentation d'une guerre littérale entre les espèces, où des images d'archives de la Seconde Guerre Mondiale servent même à représenter la destruction de différents pays et le combat à l'échelle planétaire. Par la suite l'arrivée des CGI permettra aux réalisateurs de composer leurs propres scènes de destruction massive, de les faire toujours plus énormes, mais le principe ne changera pas d'un iota : ils débarquent sans prévenir, nous mettent une sacrée rouste et, si on a un peu de chance, nous parvenons finalement à survivre à leur attaque.
Très proche dans son déroulement d'une catastrophe naturelle, les métrages usant de cette invasion blitzkrieg ont en toute logique tendance à s'inscrire dans le genre des films-catastrophe, et ce ne sont pas Independence Day ou Mars Attacks ! qui diront le contraire avec leur galerie de personnages confrontés à une force qui les dépasse. Pourtant la multiplication des points de vue n'est pas obligatoire, on trouve plusieurs exemples d'invasions éclairs qui ne sont pas synonymes de grande échelle. Bien au contraire même, comme lorsque Steven Spielberg refait La Guerre des mondes et - à l'image du roman original - reste focalisé sur le parcours d'un personnage unique (non, les enfants ne comptent pas : la preuve c'est que lorsque le fils quitte le père, nous ne savons plus ce qui lui arrive).
Récemment le Skyline des frères Strause empruntait une voie similaire avec son groupe de survivants assistant à la fin du monde depuis leur hôtel, à grand renfort de démolition épique, mais on peut pousser le concept encore plus loin et se passer même de la pyrotechnie ou des foules apeurées pour évoquer une invasion blitzkrieg. Jouer la carte de la suggestion. C'est ce qu'a fait M. Night Shyamalan avec son Signes dont les protagonistes (et nous) ne sont témoins que de fragments de l'attaque, perdus qu'ils sont dans leur campagne. Une sobriété que les aliens reprennent d'ailleurs parfois à leur compte, un seul Géant de fer étant aussi assuré de dominer notre espèce qu'une armada de vaisseaux spatiaux même si cela lui prendra plus de temps. Car patience et discrétion peuvent être des armes redoutables pour qui veut réussir à spolier un territoire.
L'invasion silencieuse
Quand on y regarde de plus près, on constate en effet que la majorité des invasions se font en souterrain, cachées de l'opinion publique. Souvent le résultat d'un nombre réduit d'envahisseurs venant pour autre chose que dominer notre monde (se reproduire comme dans Progeny ou Xtro, s'offrir une partie de chasse à la Predator, faire des provisions comme pour Bad Taste et Killer Klowns...), cette situation peut néanmoins cacher d'implacables plans de conquête dont la perfidie n'a d'égal que le secret les entourant. Rappelez-vous : la vérité est ailleurs... Emblématique de l'invasion silencieuse avec sa théorie du complot exposée sur pas moins de neuf saisons aux ramifications tentaculaires, la série X-Files a donc su instiller la paranoïa comme nul autre et s'est vue en conséquence gratifiée de pléthore d'émules, au rang desquels trône The Arrival de David Twohy est ses petits hommes verts responsables du réchauffement planétaire.
Mais avant que la création de Chris Carter ne vienne secouer le petit écran, le cinéma, déjà, s'était chargé de nous avertir sur la présence de l'ennemi parmi nous. John Carpenter en sait quelque chose pour avoir réalisé à moins de huit ans d'intervalle Invasion Los Angeles et le remake du Village des damnés, où dans les deux cas les extraterrestres endossent des apparences insoupçonnables (ou presque) pour mieux nous manipuler. Afin de connaître leur ennemi et le détruire de l'intérieur, ils adoptent nos us et coutumes, nos manières et notre langage. Ils s'installent dans notre voisinage tels les Coneheads ou même, croyez-le ou non, jusque dans nos couches, ce dont témoignent I Married a Monster from Outer Space et son pendant comique J'ai épousé une extra-terrestre avec Dan Aykroyd (encore lui) et l'astronomiquement sexy Kim Basinger.
Tout comme l'invasion blitzkrieg avec La Guerre des mondes, l'invasion silencieuse a son roman-maître en la personne de L'invasion des profanateurs de Jack Finney, publié en 1955 et dans lequel des formes de vie alien végétales remplacent les humains par des clones. Lui-même certainement influencé par Les Envahisseurs de la planète rouge sorti deux ans plus tôt - et que Tobe Hooper remakera en 1986 avec L'invasion vient de Mars - comme par le roman de Robert A. Heinlein The Puppet Masters (porté à l'écran en 1994 dans Les Maîtres du monde), le livre a déjà eu droit à quatre adaptations officielles : par Don Siegel en 1956, Philip Kaufman en 1978, Abel Ferrara en 1993 et enfin Oliver Hirschbiegel en 2007. Et plus encore d'officieuses, son intrigue jouant sur une peur primaire de l'humanité qu'on peut quasiment décliner à l'infini. Pour séparer le grain de l'ivraie, nous ne citerons alors que le téléfilm The Tommyknockers d'après Stephen King et surtout The Faculty de Robert Rodriguez dans lequel, avec le ton référentiel qu'affectionne le scénariste Kevin Williamson, un personnage pose la question suivante : "Si tu voulais prendre le contrôle du monde, tu ferais péter la maison blanche à la Independence Day ou bien tu passerais par la porte de derrière ?" Toute l'invasion silencieuse résumée en une phrase.
L'invasion involontaire
Avec son extraterrestre polymorphe volant l'apparence des humains, nous aurions été tentés d'inclure The Thing dans la catégorie précédente mais ça aurait été faire fausse-route car le film de Carpenter, tout comme l'original de Christian Nyby et Howard Hawks, est en fait à inclure dans les invasions involontaires, l'alien étant arrivé sur Terre suite à un crash. Et ils sont nombreux à s'être retrouvés bien malgré eux obligés de composer avec notre monde. Toutefois, la technologie alien étant naturellement peu encline aux avaries, l'accident "à la Roswell" est assez rare au cinéma et la plupart de ceux bloqués chez nous par erreur ont pénétré l'atmosphère non pas à bord d'ovnis - à la rigueur une navette terrienne peut servir de taxi comme dans Lifeforce - mais à bord de météorites qu'ils ne contrôlaient aucunement (il n'y a que les tankers de Starship Troopers pour réussir un tel coup). La faute à pas de chance, quoi.
Quantité de séries B de science-fiction commencent ainsi avec de pauvres curieux qui, voulant rejoindre le site d'un crash de météorite, se retrouvent face à une mort certaine : Attention au Blob et son remake, The Deadly Spawn, le segment La mort solitaire de Jody Verrill dans Creepshow, Horribilis... Certains longs-métrages tels que Evolution ou Monsters nous apprennent même qu'un seul astéroïde peut contenir tout un microcosme, lequel aura la fâcheuse manie de se développer une fois en contact avec notre environnement pour le grignoter petit à petit.
Plus proches de notre troisième catégorie d'invasion et moins donneurs de leçons, il existe aussi plusieurs exemples d'aliens pacifiques coincés sur la terre ferme en dépit de leur volonté. Les crashs sont ainsi encore en cause dans Le Météore de la nuit ou le récent Paul et, plus original, nous avons aussi le cas de l'alien oublié par ses pairs. Nous parlons évidement de E.T. l'extra-terrestre, venu à l'origine sur la planète bleue pour en étudier la flore. Parce que si notre curiosité est piquée par la question de la vie dans l'espace, cette vie est toute aussi curieuse de celle qui s'est développée sur Terre. Steven Spielberg, toujours lui, l'avait déjà explicité avec Rencontres du troisième type et son échange culturel puis John Carpenter, prenant le contrepied de The Thing pour en exorciser l'échec commercial, en donnera un autre exemple notable dans Starman. Où une intelligence alien répondra à l'invitation inscrite dans la sonde Voyager 2 pour trouver chez nous l'amour... et quelques problèmes en route, mais c'est peu cher payé pour flirter avec Karen Allen !
En fin de compte, et tant qu'ils ne se seront pas effectivement invités sur le pas de nos portes, les extraterrestres continueront de n'être que ce que nous voulons bien voir en eux. Il est vrai alors que nous aimerons toujours nous faire peur, frissonner devant une hypothétique menace ; mais justement, cette peur de l'inconnu, ne peut-on la cultiver autrement ? Nous avons tellement à partager : l'art, la culture, la science, La Soupe aux choux... Pour reprendre les dernières paroles d'un grand homme :
"Essayez d'y penser : pourquoi détruire puisque nous avons l'occasion de créer ? Nous avons tout à y gagner, ou peut-être tout à y perdre ! Pourquoi n'irions-nous pas au-delà de nos différences, pourquoi n'irions-nous pas plus loin tous ensemble ? Chers petits hommes verts, ne pourrions-nous pas tous essayer... de nous entendre ?"
World Invasion : Battle Los Angeles de Jonathan Liebesman, avec Aaron Eckhart et Michelle Rodriguez, sort en DVD et combo Blu-ray Hybrid (film/jeu) + DVD le 16 juillet.
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