Après celles de Wolverine l'an passé, la franchise mutante nous entraîne maintenant à la découverte des origines de toute la fratrie X-Men. L'occasion de dresser un état des lieux de ce concept très en vogue du prequel.

Par Yann LARGOUËT - publié le 31 mai 2011 à 02h22 ,
MAJ le 31 mai 2011 à 09h28 - 0 commentaire(s)

A l'origine des prequels.

X-Men : le commencement... Encore un début, un autre avant, un commencement en l'occurrence. Ces dernières années les prequels semblent en effet se multiplier sur nos écrans. Revenir sur la jeunesse du héros paraît être la roue de secours d'auteurs en mal d'inspiration. Pas sûr... Mais déjà, et avant d'aller plus loin, précisons, parce que de petites voix s'élèvent : « pardon, mais qu'est-ce que c'est qu'un prequel ?» Le prequel, ou "prequelle" chez nous et "antépisode" chez nos amis québécois, est un film réalisé après un autre d'une même série, mais dont la chronologie de l'intrigue est antérieure à celle du film précédent. En clair, c'est l'origine d'une histoire mais réalisée après d'autres films sur le sujet. Image X-Men Le commencement de Matthew Vaughn

Le mot apparaît pour la première fois en 1958 dans un article d'Anthony Boucher, puis se répand largement à partir des années 70 avec notamment la sortie du Parrain, 2e partie et ses séquences « prequels » sur la jeunesse de Vito Corleone. Pourtant ce principe de prequel semble aussi vieux que l'art du récit lui-même. Molière déjà faisait avec Tartuffe le prequel de Don Juan, quand Rabelais faisait celui de Pantagruel avec Gargentua. Mais qu'en est-il au cinéma ? Bien que ce soit dans les 15/20 dernières années que la mode du prequel se soit affirmée, celle-ci ne date néanmoins pas d'hier. Ainsi, dés 1948, alors que le terme n'existe pas encore, le film Another part of the forest (Michael Gordon) s'affirme comme le prequel de La Vipère, film réalisé par William Wyler sept ans plus tôt. Ensuite, chemin faisant, les prequels se déclineront au fil des ans sous tous les genres, le western (Le Bon, la brute et le truand en 1966, prequel de Pour une poignée de dollars de 1964), l'horreur (Une Nuit en enfer 3 : la fille du bourreau en 2000, prequel d'Une Nuit en enfer de 1996), ou encore le film criminel (L'Impasse : De la rue au pouvoir en 2005, prequel de L'Impasse de 1993), pour finalement s'accroître de façon exponentielle à partir de la seconde moitié des années 90. La réalité est que cet état de fait en confirme un autre plus général, celui des suites en tout genre. 27 pour cette année 2011. Il n'y en a jamais eu autant. Le film de super-héros à lui seul promet plus de 40 suites dans les cinq ans à venir (!) où franchises et sagas seront exploitées jusqu'à la lie. Et justement, qu'en est-il des prequels chez les super-héros ?

Le Bon, la brute et le truand image 2

Au commencement de Batman, Superman et les autres...


En un an à peine, deux prequels au sein de la même saga sortent sur nos écrans. Si cela laisse à priori supposer une foultitude d'exemples similaires, passés ou à venir, le cas X-Men fait en réalité figure d'exception. En effet, et contrairement à ce que l'on pourrait croire, le prequel au sens strict semble être boudé par le genre, lui préférant sequels classiques, spin-off, remake et surtout reboot, ces nouvelles versions d'un film où l'histoire repart sur de mêmes bases mais dans des directions différentes (contrairement au remake qui reprend la même trame que l'original). Ainsi, Batman Begins (Christopher Nolan, 2004), The Punisher (Jonathan Hensleigh, 2003) et The Punisher - Zone de guerre (Lexi Alexander, 2008), ou Les 4 Fantastiques (Tim Story, 2005) sont à ranger dans cette catégorie et non dans celle des prequels. Cette tendance paraît même vouloir s'affirmer, puisque parmi les suites annoncées, les super-héros rebootés seront légions. Spiderman, Captain America, Les 4 Fantastiques (encore !), Superman, Dredd, ou Daredevil, subiront bientôt tour à tour ce lifting trop souvent commercial.

Batman Begins de Christopher Nolan

Les prequels chez les super-héros ont donc la vie dure, et sont, de fait, noyés dans la masse. Certains arrivent toutefois à sortir la tête de l'eau. Citons The Shadow (Russell Mulcahy, 1994), avec Alec Baldwin, prequel de la franchise du même nom initiée en 1933, et l'une des plus anciennes adaptations cinématographiques de comics. Bien-sûr les Superman et Batman de Richard Donner et de Tim Burton qui, s'ils n'appartiennent pas stricto-sensu à une série antérieure, situent en revanche leur récit en amont de celui du Superman and the mole-men réalisé par Lee Sholem en 1951, et de ceux des deux Batman et Robin (1943, et 1966). Plus proche de nous, citons évidemment la série Smallville qui a le double intérêt d'avoir été créée pour le motif même du prequel, à savoir raconter ce que faisait Clark Kent avant d'enfiler son joli slip rouge, et parce qu'elle introduit, "en prequel" là aussi, d'autres super-héros, Flash et Green Arrow notamment. A part ces quelques exemples, les cas de prequels chez les super-héros se résument à peau de chagrin. Et ce ne sont pas les quelques films annoncés qui viendront démentir cette affirmation. Alors pourquoi un tel snobisme pour les origines des super-héros? Peut-être parce qu'il s'agit d'un genre reposant essentiellement sur le spectaculaire et que les constantes innovations techniques permettent de refaire toujours le même film en l'améliorant sur ce point. Une autre explication voudrait que l'explosion cinématographique du genre relativement récente, n'ait pas encore véritablement laissé le temps au principe même du prequel de s'installer. Et oui, cinématographiquement parlant, pour qu'il y ait prequel, soit origine, il faut d'abord qu'il y ait commencement, sinon point de place pour un "début" (tout le monde suit?). En somme, il faut laisser au public le temps de digérer les récits et d'aspirer à en voir ses origines. Le fait que dix ans séparent la première adaptation des X-Men et le premier prequel de la saga, abonde en ce sens.

Smallville Saison 10. Série créée par Alfred Gough et Miles Millar avec Tom Welling, Erica Durance, Justin Hartley. 

Il était une fois... les prequels.

Ailleurs que dans le film de super-héros, les auteurs ont en revanche moins de scrupules à se servir allégrement dans le passé de leur personnage. Ne soyons pas dupe, il s'agit aussi là d'une façon de se garantir un public puisque déjà fidélisé par les opus précédents, et de surfer sur leur prestige. Cette logique commerciale est particulièrement vraie dans le genre fantastique, soit le film d'horreur (voir les prequels de L'Exorciste, L'exorciste au commencement et, bientôt, Dominion, et d'autres: Massacre à la tronçonneuse: le commencement, Cube Zéro, Ring 0, ...), soit la S-F (Terminator : The Sarah Connor Chronicles, la prélogie Star Wars, même si dans ce cas les prequels faisaient partie du projet initial, ce qui n'est pas le cas des spin-off sur les Ewok!)

Pour autant, les prequels revêtent aussi d'autres intentions sensiblement plus nobles et ne font pas que trahir un essoufflement des scénaristes. Au contraire, les prequels peuvent donner corps à leur travail, celui qui d'ordinaire reste dissimulé, révélant ce qui n'était pas montré (Psychose IV, Mick Garris, 1990), enrichissant alors, dans les meilleurs des cas, personnages et récits. La saga Hannibal Lecter, bien qu'inégale, (Hannibal: les origines du mal, prequel de Dragon rouge, lui même prequel du Silence des agneaux et remake de Sixième sens) entre dans cette logique. Mais les prequels sont aussi l'occasion pour les auteurs de (dé)jouer avec les attentes des spectateurs, voir de modifier certains pans des Histoires. S'ils s'attirent ainsi parfois le courroux des fans, considérant ces prequels comme de véritables textes apocryphes, puisque ne respectant plus de fait les bibles originales, les auteurs offrent en fait à ce concept de prequel sa plus valable raison d'être: revisiter des récits, proposer une nouvelle subjectivité, voire réinventer littéralement une nouvelle mythologie (il existe d'ailleurs à cette fin une arme ultime: le retcon ou retroactive continuity). Bien fait, ce travail permet de donner un second élan, parfois une renaissance, à des franchises devenues franchement poussiéreuses (Halloween, Rob Zombie, 2007) et/ou s'étant fourvoyées. Cela a été particulièrement efficace pour James Bond, puisque Casino Royale permit à l'espion de sa Majesté d'envoyer valdinguer son vodka-martini, et peu importe qu'il soit au shaker ou à la cuillère.

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On en conviendra, lorsque rien ne va plus, un retour aux sources est toujours salutaire, voir nécessaire, parce que c'est à travers ses origines que l'on retrouve qui on est et d'où on vient. Surtout que les prequels répondent à une curiosité purement enfantine, celle d'aller voir derrière le rideau, le décor et l'écran, et offrent alors une réminiscence de ces sensations magiques (cinématographiques?) lorsque, enfant, quatre mots simples, "il était une fois", perçaient le silence et ouvraient la porte d'un monde sans borne. Les prequels réveillent assurément cette partie de nous même. Alors tant pis si ce retour aux sources se fait ces temps-ci systématiquement à travers le prisme du traitement réaliste des affects et des effets, soit trop souvent une simple modernisation du mythe, les prequels restent un moyen de renouer avec une certaine authenticité, avec un héritage artistique et esthétique en ces temps de grand n'importe quoi culturel.  

 

X-Men : le commencement de Matthew Vaughn avec James McAvoy, Michael Fassbender, Jennifer Lawrence, dans les salles françaises le 1er juin.

 

> Lire aussi la Critique X-Men : le commencement

 


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