Tesis – 1996Premier long-métrage d’un grand cinéaste inscrit aux abonnés absents depuis son sublime
Mar Adentro,
Tesis est une oeuvre étouffante et dérangeante. Le réalisateur nous plonge au coeur d’une enquête autour des snuff movie. Rien d’officiel, l’enquête est menée par une étudiante trop curieuse qui se pose certaines questions sur les pratiques de ses profs de cinéma... C’est grâce à cette facilité de projection du spectateur qu’Amenabar arrive à faire naître la peur à chaque coin de rue et à chaque respiration. Il trace par la même occasion le portrait d’une société absorbée par l’image et nous pose devant un miroir reflechissant notre esprit pervers toujours enclin à en savoir un peu plus sur les faits divers les plus glauques. La terrifiante scène de suicide dans le métro au début du film est d’une efficacité terrifiante et témoigne de l’envie du cinéaste de porter son film d’horreur au rang de critique social... Un premier film éprouvant et paliptant qui laissait augurer que du bon. Pour preuve, Amenabar a réalisé quelques années plus tard l’un des films d’horreurs les plus classes de ce nouveau millénaire :
Les Autres...KD
Scream – 1997Scream ou l’avènement de l’horreur à la portée de tous. Inutile de nier, vous entendez encore raisonner la sonnerie du téléphone et la voix robotisé d’un psychopathe en herbe répéter à ses victimes : « Quel est ton film d’horreur préféré ? ». Plus de temps mort ni de pauvre petite vierge apeurée qui court se cacher dans sa chambre pour échapper au nouveau Mickael Myers. Un film qui se regarde le samedi soir entre potes, Coke et pop corn. Wes Craven utilise les standards du cinéma d’horreur et pose son regard critique en démontant les règles de sa propre mise en scène. Et dans la série « Je casse les codes », Wes Craven prend le risque de donner sa chance à des acteurs de séries TV. Neve Campbell et Courtney Cox incarnent un nouveau genre d’héroïnes modernes, plus du tout vierges et fières de l’être. Elles ouvrent la marche à Skeet Ulrich (
Jericho) et Rose Mac Gowan (
Planète Terreur) dont on ne se lasse plus d’entendre parler. Wes Craven a beau être un vieux de la vieille, il a su recréer un univers prenant et surprenant marquant le renouveau d’un genre trop souvent boudé et trop souvent raté : les slashers – petit budget, acteurs jeunes et débutants, meurtres sanglants en série (
Halloween, Vendredi 13, Les griffes de la nuit). Les années 90 seront la toile de fond de ce revival plus ou moins réussit avec les multiples épisodes de
Souviens-toi l’été dernier,
Destination Finale ou
Urban Legend... La mise en abîme de la critique du film dans le film pousse le spectateur à s’interroger sur le réalisme très relatif de la fiction. D’où la force de la mise en scène et de l’instant reposant sur ce moment entre la prise de conscience d’un danger imminent et sa manifestation. C’est ce petit intervalle qui vous pousse à crier « mais qu’est-tu fous, casse-toi, casse-toi !! ». Un film fin et intelligent qui brouille les codes, en réinvente de nouveaux, nous fait sursauter mais surtout douter à tous les coups. Quel est mon film d’horreur préféré ?
Scream bien sûr. CB
Le projet Blair Witch – 1997S'il est un film qui restera à jamais gravé dans l'histoire des films qui foutent le trouillomètre à zéro, c'est bien
Le Projet Blair Witch. Ce faux documentaire est une véritable expérience qui reste à jamais imprimée dans l'esprit du public comme un moment cinéphilique flippant. L'utilisation de la caméra à l'épaule facilite l'immersion du spectateur si bien que l'on n'a jamais cette sensation d'assister à un film, mais bien plus à un vrai reportage tant l'image est incroyablement réaliste. On plonge peu à peu dans une torpeur nauséeuse à la suite d'une petite équipe de 3 étudiants partie enquêter durant le week-end sur le mythe de la sorcière de la ville de Blair. Mais une fois dans la forêt, le petit documentaire entre copains tourne au drame. Chaque bruit, chaque ombre au loin fait surgir en nous les plus intimes peurs de l'être humain. Transi d'effroi, on ne ressort pas indemne du film. L'économie de moyens provoque une mise en scène axée uniquement sur le non-dit et reposant sur le pouvoir de la suggestion. Au final, on ne saura jamais rien, ou presque, de ce qui est véritablement arrivé aux trois jeunes étudiants…GT

Funny Games – 1997Deux malfrats s’introduisent dans une maison isolée dont ils prennent les trois occupants en otage. Commence alors une petite danse de mort au cours de laquelle les ravisseurs soumettent leurs victimes à des épreuves d’un sadisme d’autant plus consommé qu’il semble apparemment gratuit. Ce rituel donne tout loisir au réalisateur autrichien de réfléchir sur le voyeurisme et ses égarements, en utilisant toutes les ressources du langage cinématographique. On en retiendra notamment le plan séquence de dix minutes au cours duquel les parents parviennent à s’évader avant d’être repris et surtout la scène d’anthologie où le réalisateur orchestre un retour en arrière volontaire sur un moment particulièrement pénible, à la manière d’un téléspectateur appuyant sur la touche “Rewind” de son magnétoscope. La manipulation atteint ici son paroxysme et nous interpelle dans notre statut même de spectateur en nous plaçant dans une situation moralement inconfortable : continuer à regarder, c’est rien moins que devenir le complice du spectacle dégradant qu’il nous offre. À noter que Haneke n’a laissé à personne d’autre le soin de réaliser dix ans plus tard
Funny Games U.S., le remake américain de ce film autrichien radical qui dénonce l’aliénation mentale engendrée par certains procédés hollywoodiens et revendique ainsi ouvertement sa parentèle avec
Orange mécanique. JPG
Dossier réalisé par Florent Kretz, Kevin Dutot, Nicolas Houguet, Romain Le Vern, David Brami, Caroline Baeyaert, Gwenaël Tison, Jean-Philippe Guerand, Nicolas Chestier, Cédric Muffat, Eric Paccoud et Jimmy Gouyet.