Les frissons de l’angoisse – 1975C’est avec ce film que Dario Argento préfigure sa période dorée (
Suspiria, Inferno) qui va en faire un maître du film d’horreur transalpin. Revenant aux sources de ses premiers films comme
L’oiseau au plumage de cristal il met en image l’histoire de Marcus Dialy (David Hemmings) pianiste de jazz témoin du meurtre brutal et sanglant d’une femme. Obsédé par ce décès il va avec l’aide d’une journaliste (Daria Nicolodi future femme d’Argento) mener sa propre enquête qui va le conduire aux confins de la mort.
A partir d’un scénario assez classique Argento s’affranchit des codes habituels du giallo pour élaborer une œuvre dense et formaliste, distillant des bribes diffuses d’informations au spectateur qui se retrouve dans la même position que le pianiste, le sens du meurtre lui échappant jusqu’au final. Lent et multipliant les fausse pistes, Les Frissons de l’angoisse travaille sur le motif de l’effacement et de la reconstruction. Tout comme
Blow Up d’Antonioni (dont David Hemmings est aussi le héros) le film se construit autour d’une image manquante qui empêche la résolution de l’énigme, lent cheminement mental nécessaire pour atteindre la vérité. En pleine possession de ses moyens Dario Argento travaille à l’excès son image, sa photographie et ses angles de prises de vues pour créer un monde tarabiscoté, effrayant et abscons où le mal guette à chaque coin. Soutenu par la diabolique musique du groupe Goblins( parfois un peu kitsch il faut l’avouer !) ce film est une lente plongée dans les limbes de la mort et de l’angoisse dont le spectateur ne ressort pas indemne.
Ps : éviter le montage français ! NC
Who can kill a child ? – 1976Le maître Narcisco Ibanez Serrador nous livre avec
Who can kill a child ? l'un de ses meilleurs films et propose une parabole sur le déclin du monde et de sa jeunesse à glacer le sang. L'enfance, incarnation même de l'innocence, est ici traitée avec une cruauté et une radicalité sans pareil.
Who can kill a child ? nous entraîne dans un endroit perdu, au détour d'une plage, où les enfants ont pris le pouvoir et s'en donnent à cœur joie en massacrant des adultes. Le film comporte des images fulgurantes qui restent longtemps à l'esprit après la vision du film. On retiendra cette petite fille au visage d'ange qui tient en joue le héros ou encore, cette douce enfant qui demande à son père de l'accompagner dans cet endroit reculé où les enfants ont le pouvoir afin qu'il puisse être joyeusement massacré par ses petits camarades. Cette fausse naïveté de l'enfance cache une grande noirceur lorsqu'ils jouent à une version hardcore de la pinata : un vieillard est suspendu par les pieds à un arbre et des enfants lui fracassent le crâne à coups de bâton. La rebellion des enfants est poussée dans ses plus extrêmes limites. La monstruosité réside dans le représentation de ces gamins qui parlent peu et ne justifient jamais leurs actes, n'éprouvant jamais le besoin de le faire. Ils font par là preuve d'une perversité innommable. Ils sont l'incarnation d'une jeunesse que les adultes n'ont pas su protéger du monde et qui a vu le siècle le plus meurtrier et le plus inhumain. Il n'y a plus rien à sauver, pas même les enfants : un constat terrifiant dressé par Serrador. GT

Le Locataire – 1976Un employé de bureau gauche et timide décroche la location d’un petit appartement minable à Paris qui aurait appartenue à une certaine Simone Schoule ayant tentée de se suicider. Avec une économie de moyens (une musique qui revient de manière lancinante mais n'accentue jamais lesséquences les plus troublantes - le visage des voisins à travers le Judaou le couple de vieux), en ayant tout compris à la notion de peur au cinéma (le silence est d'or pour mettre le spectateur face à ses angoisses les plus secrètes et amplifier une peur psychologique qui se passe de tout effet gore ou spécial),
Le Locataire hanté par le roman de Topor fait partie de ces films qui rendent littéralement fous. Au point de ne pas s'en remettre. D'ailleurs, on ne s'en est jamais remis. De ce simple exploit, quelque fois relevé par David Lynch et ses atmosphères tordues (les univers parallèles de
Lost Highway, le secret caché derrière le mur dans le songe éveillé de
Mulholland Drive, le double de papa Palmer planqué dans la chambre dans
Twin Peaks), on lui en est infiniment reconnaissant.RLV