A l'occasion du cycle Africamania, 50 ans de cinéma africain, qui se tient à la cinémathèque française du 17 janvier au 17 mars 2008, il nous paraissait important de revenir sur un cinéma qui manque bien trop souvent de médiatisation. Le cinéma africain semble toujours devoir faire ses preuves malgré la reconnaissance artistique et populaire. Même s'il a connu une période faste durant les années 80, il laisse sa place ces dernières années à des zones géographiques plus dynamiques comme l'Argentine, la Chine ou l'Iran. Pire, une crise grave le traverse dans son entier, le privant de la vitrine que représentent les grands festivals de cinéma comme peuvent l'être Cannes, Venise, ou encore Berlin. Quelles sont ces constituantes qui le singularisent et qui paradoxalement le rendent si peu internationalisé ces dernières années ?

Le cinéma d'Afrique Noire est né après l'indépendance au milieu des années 1960 au cœur d'un brasier brûlant et contestataire qui n'a eu de cesse de revendiquer une émancipation, la colonisation ayant défiguré en profondeur l'ensemble de la constellation des pays africains. Chacun d'eux a été traversé au lendemain de cette révolution par un fort mouvement culturel. Pour ces cinéastes en herbe, c'était devenu une nécessité quasi-vitale de s'exprimer par le cinéma, même si le résultat final peut paraître avec le recul brut et parfois maladroit. L'essentiel était qu'ils puissent témoigner de leur accession à une nouvelle identité nationale allant de pair avec l'éveil des consciences.
Plusieurs nids artistiques éclosent avec difficulté même si, au départ, chaque pays reste assez impliqué à tous les niveaux (production, distribution, construction de salles, etc.). L'un des soutiens les plus importants est lié au cinéma africain francophone à l'image de l'Afrique de l'Ouest qui entretient des rapports avec les anciennes puissances coloniales, outrepassant les conflits politiques. Des financements plus ou moins polémiques réussissent tout de même à faire émerger une véritable industrie culturelle et créent en 1969 au Burkina-Faso la Semaine du Cinéma africain (le leader Thomas Sankara y étant pour beaucoup), qui devient trois années plus tard le festival panafricain de cinéma et de la télévision d’Ouagadougou.

C'est en 1970 que les cinéastes se réunissent pour créer de la FEPACI qui représente la première société nationale de distribution et d'exploitation du cinéma noir africain, dont le discours est fortement imprégné de militantisme. Cette initiative traduit une volonté de transformer la société en général, bien entendu anticoloniale, mais aussi l'éducation par l'image et d'éveil des consciences. Ils ne font pas un cinéma de carte postale, à l'exotisme exacerbé, mais bien plus un cinéma sur la réappropriation d'une identité, d'une terre, de la pensée en somme. Une manière de transformer le discours militant et politique dans la pratique artistique. L'un des premiers exemples symptomatiques est
Borom Sarret de Sembene en 1960, un court métrage d'une vingtaine de minutes qui suit la journée de travail d'un conducteur de charrette. Le film trouve un singulier et profond écho avec
Voleur de Bicyclette de Vittorio De Sica et dénote une approche qui tend à l'universalité des sujets mis en scène avec le cinéma.