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Adapter Harry Potter, C'est Pas Sorcier [page 1]

Par Lucie Pedrola - publié le 30 septembre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 07 octobre 2009 à 12h21 - 0 commentaire(s)
En 1997 paraît en Angleterre Harry Potter and the Philosopher Stone, premier d’une saga de sept livres par l’écrivaine J.K. Rowling. En décembre 2001, les aventures du jeune sorcier sont adaptées sur grand écran dans le film de Chris Columbus. Ruée des fans et des profanes dans les salles. 947 millions de dollars de recettes. Tout le monde le sait, l’auteur a prévu dès le début d’écrire sept livres, un pour chaque année dans l’école de sorcellerie Poudlard, ce qui fait de Harry Potter une saga. D’un point de vue de producteur, cela signifie une franchise à succès pour de longues années. Indubitablement, le best-seller qui a transformé la vie de Mademoiselle Rowling en conte de fées ne pouvait qu’attirer la convoitise des studios.



D’un point de vue artistique, le projet d’adapter ce récit de sept tomes est pourtant un peu plus complexe. J. K. Rowling a créé un univers, avec des personnages nombreux, une intrigue globale qui s’étend sur un large espace-temps, reposant sur le principe que des détails du premier tome auront des conséquences sur le dernier. Harry Potter n’a pas l’envergure du Seigneur des Anneaux pour lequel Tolkien inventa des langues à certains personnages ; cependant, son adaptation pose un même problème lié au foisonnement diégétique. La durée d’un film, le passage de l’écrit à l’écran peuvent rendre difficile à gérer les récits Harry Potter. L’ambiance créée par l’auteure est due à une profusion d’anecdotes et de descriptions peu transposables en film. Et le format livre permet une prolixité peu compatible avec le long-métrage.
Que peut-on donc attendre de l’adaptation cinématographique de la saga Harry Potter ?

L’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire pose en soi de nombreuses problématiques. Questions de traduction et aussi questions de respect pour l’imaginaire individuel. Illustrer, imager, c’est limiter l’imagination du lecteur.
Revenons un peu en arrière et citons Gustave Flaubert qui, bien avant l’ère cinématographique, s’insurgeait contre cette petite mort qui pouvait guetter la littérature dans sa lettre au notaire Ernest Duplan en 1862 : « Jamais, moi vivant, on ne m’illustrera, parce que la plus belle description littéraire est dévorée par le plus piètre dessin. (…) Une femme dessinée ressemble à une femme, voilà tout. L’idée est déjà fermée complète, et toutes les phrases sont inutiles, tandis qu’une femme écrite fait rêver à mille femmes. Donc ceci étant une question d’esthétique, je refuse toute espèce d’illustration ».



L’auteur de Harry Potter a donné son accord pour que ses livres soient adaptés, ne ressentant vraisemblablement pas cette crainte, n’accordant peut-être pas autant de qualités esthétiques à ses écrits que Flaubert aux siens. Nous ne comparerons pas la prose des deux auteurs. Remarquons simplement que l’univers de Harry Potter a touché un nombre de lecteurs exceptionnel, mettant en place un monde singulier ; nous ne retrouverons pas Poudlard dans un autre roman. Nous retrouverons, en revanche, le monde de la magie de livre en livre, chaque détail découvert dans un nouveau tome agrandissant l’univers mental généré par la lecture. Le principe de la saga d’heroic fantasy implique en effet plus qu’ailleurs la profusion de détails sur les personnages et leur monde, détails qui donneront sans cesse plus de crédit à une création individuelle.


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