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Adieu Gary : Jean-pierre Bacri Et Nassim Amaouche (part.2) [page 1]

Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 30 septembre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 30 septembre 2009 à 16h52 - 0 commentaire(s)
Alors que la sortie d’Adieu Gary aura lieu le 22 juillet 2009, l’auteur du film, Nassim Amaouche et Jean-Pierre Bacri, son producteur mais aussi acteur principal, ont accepté notre invitation pour évoquer le métrage, son tournage, sa réception et plus que tout, leur plaisir d’évoluer ensemble. Avec pour résultat, un grand moment de partage et une belle rencontre entre décontraction, engagement et enthousiasme.
Faisant suite à l’évocation du scénario et de leur relation de travail, la seconde partie de cet entretien les voit aborder la mise en scène du film, le rôle de chacun et plus sûrement ce qu’ils attendent de la réception d’Adieu Gary au sortir de Cannes.



Avez-vous connu des difficultés particulières lors du tournage ? Au niveau du placement de la caméra, du découpage des séquences ?
Nassim Amaouche – Tout n’a pas roulé comme cela, j’ai tout le temps eu des difficultés.
Jean-Pierre Bacri – Tu n’avais pas de story-board, il me semble ?
N.A – Non, effectivement, je n’en avais pas mais pour le découpage, on avait travaillé au préalable le placement de la caméra dans les décors. Cela nous avait aidés à l’instant de tourner. Après, à l’instar d’autres réalisateurs qui emploient la même méthode, les comédiens venaient un peu avant. On voyait comment ils se plaçaient naturellement dans l’espace et puis on s’accordait par rapport à nos contraintes. Ce que je sais en tout cas, c’est que je n’ai pas une science innée du découpage et que les choses n’allaient pas de soi. Je me posais quantité de questions au point que ce fut par moments, douloureux. Mais en définitive, ça s’est bien passé et puis surtout, on essayait de placer la caméra pour éviter qu’elle fasse « caméra placée ». Avec une obsession que je partageais avec mon chef opérateur, celle de bien voir. Et cela avant même de penser à ce que l’on veut dire. Bien voir par exemple, c’était se demander où placer la caméra pour que l’on distingue bien les trois personnages qui se parlent. Et ensuite, on se demandait ce qu’on voulait voir de ces derniers et ainsi de suite, jusqu’à aller très loin. C’était loin d’être aisé même si de la responsabilité du réalisateur.
J-P B – En même temps, c’était ton premier long-métrage ! Il était normal que tu essuies en quelque sorte, tes propres plâtres.

En parliez-vous d’ailleurs sur le plateau ?
J-P B – Non, je restais à ma place d’acteur pour ma part. Je ne suis jamais intervenu sur la manière de filmer ou sur le cadre. En même temps, c’est la même chose avec Agnès, on se connaît depuis plus de vingt-deux ans, je pourrais lui dire ce que je veux et pourtant, je n’aurais même pas l’idée de lui dire de faire quoique ce soit. Je fais confiance au scénario et aux acteurs et je sais qu’ils savent comment les filmer. Je n’ai aucun souci là-dessus et je n’ai pas ce goût.



On est très loin avec Adieu Gary d’un énième film social. Il y a une vraie originalité, notamment au niveau thématique et formel. Une profonde humanité se dégage et elle tient notamment à la qualité et à la composition du regard, tout autant qu’à celle de l’écriture. Par exemple, les moments oniriques, presque fantastiques du film, ne font forcément ressentir de suite l’arrière plan social et politique du film. Comment avez-vous appréhendé cela ? L’aviez-vous envisagé de manière précise en amont ?
N.A – Très tôt, l’idée de faire un film ancré dans une réalité sociale et de ne rien s’interdire pour autant a constitué l’enjeu cinématographique d’Adieu Gary. C’était une envie et dans une certaine mesure, elle était autant maîtrisée que volontaire. Après, l’originalité dont vous parliez me renvoie à quelque chose que j’ai entendue dernièrement dans la bouche d’un réalisateur : les gens qui parviennent à produire quelque chose d’original le font souvent malgré eux. En fait, malgré les apparences, je voulais faire un film très classique. C'est-à-dire qu’aujourd’hui lorsque l’on me parle d’originalité, je l’entends avec plaisir, cela me flatte mais ce n’était pas volontaire. Mon idée était que l’on s’amuse, d’arriver à un cinéma que j’aime, où ça décolle.
J-P B – C’est cela, je ne vais pas répondre à sa place mais je peux répondre sur le côté formel et assez singulier du film. C’est ce que je dis à chaque fois en parlant de Nassim, c’est ça le talent. C'est-à-dire que lui-même ne s’en aperçoit pas, cela vient malgré lui – si je puis dire. C’est avec la plus grande sincérité qu’il filme mais c’est sa façon de filmer qui sans le vouloir, est singulière, comme un chaloupé de footballeur. Tout à coup, un joueur est un joueur comme un autre mais il a une certaine façon de faire, de courir, de dribbler, une manière qui n’appartient qu’à lui. Il ne ressemble à personne, il n’y peut rien, c’est ainsi qu’il est et cela se traduit dans ses gestes et sa manière de faire.
N.A - D’ailleurs, il en est du football comme du cinéma, certains joueurs se regardent jouer, alors que d’autres sont simplement spontanés ; certains réalisateurs se comportent de la même manière, ils se regardent faire et cela se sent.
J-P B – Cela me fait penser à Jamel et à la manière qu’il a de répondre quand on lui dit qu’il a du talent. En plaisantant, à chaque fois qu’on lui fait un compliment, il répond qu’il ne s’en rend pas compte. Je trouve cela très juste. Il fait et c’est tout, ça plaît et c’est tant mieux.


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