Histoire du comic-bookEnfin, l’élément le plus problématique quant à l’adaptation de
Watchmen en film tient à sa note d’intention globale. Contrairement à ce que l’on peut souvent lire,
Watchmen n’est pas une relecture de l’histoire des Etats-Unis agrémentée de super-héros ; c’est plutôt l’histoire de l’inconscient collectif américain tel qu’il s’est dessiné à travers le comic-book. Ainsi, Moore et son dessinateur Dave Gibbons ont articulé leur récit selon de multiples techniques héritées de diverses époques du comic-book. Une gigantesque partie de l’émotion distillée par
Watchmen provient directement d’un travail de découpage spécifique à la bédé (d’autant plus spécifique que le lecteur choisit le temps qu’il consacrera à chaque case) ; une autre partie de l’émotion provient des multiples évocations émotionnelles, souvenirs de lecture, auxquelles renvoient les cases. Pour retrouver une émotion au moins similaire sur grand écran, le réalisateur du film a l’obligation de s’éloigner violemment du matériau d’origine, et de repenser totalement les scènes en fonction de techniques narratives spécifiques au cinéma (voir l’exemple de la saga
Spider-man, truffée de procédés cinégéniques totalement absents de la bédé, et qui pourtant parvient à évoquer son souvenir). En clair, la démarche la plus vaine serait de vouloir répliquer à l’identique les cases de Moore et de Gibbons, en se persuadant que la bédé
Watchmen n’est qu’un storyboard.
Enfin, puisqu’en résumé
Watchmen est une bédé sur la bédé, alors, en toute logique, Watchmen le film devrait être une œuvre de Cinéma sur le Cinéma (le rôle du Cinéma américain dans l’inconscient collectif du pays et de sa vision de l’Histoire). Une adaptation idéalisée de
Watchmen serait donc par nécessité une totale trahison du matériau d’origine, où chaque image nous renverrait au souvenir brumeux de l’Histoire du Cinéma (voir le récent
Benjamin Button, où pratiquement chaque scène contient une allusion ou un hommage, discret mais effectif, à un film d’époque). Mais à ce moment-là, pourquoi diable l’appeler
Watchmen ?
«
La relation entre les films et les comics a été largement surestimée. Si vous comprenez les techniques cinématographiques, vous serez sans doute capable de mieux écrire votre comics. Mais si ces techniques cinématographiques sont votre moyen et votre fin, alors votre meilleur comics ne sera en définitive que le parent pauvre du Cinéma. Ce que j’aime explorer, ce sont ces zones où le comicss réussit mieux que n’importe quel autre média » (Alan Moore)
Conclusion : adaptation, impossible !