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Alejandro Amenabar : Aventures Interieures [page 3]

Par Nicolas Houguet - publié le 09 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 09 octobre 2009 à 14h43 - 0 commentaire(s)
Vers la sobriété

Ainsi il réalise Les Autres en 2001. Il y approche une femme étrange, vivant recluse dans une grande demeure enveloppée de brume. Nicole Kidman évolue dans la phobie de la lumière à laquelle ses enfants ne doivent pas être exposés. Bientôt la maison s'emplit de bruits inquiétants et des événements mystérieux surviennent. Nicole Kidman subit au fond le même bouleversement que le héros de Ouvre les yeux. C'est la perception même de sa réalité qui devient le coeur du film. Elle croit devenir folle jusqu'à un final estomaquant, un rebondissement amené avec une maîtrise que l'on n’avait guère vue que chez Shyamalan dans le Sixième sens. Le récit claustrophobe dans lequel est embarqué le spectateur change peu à peu de nature. On croit d'abord être dans une maison hantée puis on pénètre au coeur la psychologie tourmentée et mystérieuse de l'héroïne. Amenabar éveille peu à peu, avec une belle sobriété et une grande élégance, le même malaise que dans ses oeuvres précédentes. Il parvient à faire partager l'angoisse qui envahit Kidman, proche de la blondeur de Grace Kelly comme jamais.



En 2004, Amenabar étonne. S'éloignant des sirènes hollywoodiennes qu'il a pourtant conquises, il va se consacrer à un sujet de société avec Mar adentro. Traiter de l'euthanasie est audacieux dans une Espagne encore très pieuse. Pour autant, cela a une certaine cohérence, puisque le réalisateur a toujours choisi depuis Tesis des sujets graves et tabous. Ici il s'éloigne pourtant du genre fantastique où il a fait ses preuves. Pourtant, s'il aborde plus sobrement cette histoire vraie, elle n'en demeure pas moins proche de sa sensibilité, puisqu'il se concentre de nouveau sur l'intériorité d'un homme. Ramon (magistralement interprété par Javier Bardem) est devenu tétraplégique. Il s'engage dans un long combat pour pouvoir disposer de sa vie (et de sa mort) comme il l'entend. De nouveau, comme souvent chez Amenabar, le personnage est paradoxal : malgré son état, il est entouré d'affection et d'amour. Le cinéaste ne fuit pas la difficulté. Son héros a le désir de mourir, constant, même si sa vie se reconstruit. C'est là qu'est l'habileté du film : comprendre la volonté et la complexité des motivations de cet homme plutôt que de s'engager plus généralement en faveur d'une grande cause.

Peu à peu, on est plongés au coeur de l'intimité de Ramon (comme auprès de tous les héros créés par le réalisateur), partageant ses rêveries aériennes sur fond de Puccini. Cependant, on peut reprocher à cette oeuvre sa fin étendue, mélo et tire-larmes, plombée par un pathos insistant et inutile. Amenabar a connu un grand succès avec ce film en Espagne. Il a également gagné l'Oscar du meilleur film étranger. La forme en est plus sage et plus classique, il est porté par l'interprétation nuancée de Bardem, décidément un très grand acteur. Cependant, cette reconnaissance est souvent celle que décrochent les réalisateurs lorsqu'ils s'assagissent et adoptent une manière plus conventionnelle.



On espère qu'après une longue pause, Amenabar livrera avec Agora un film audacieux et virtuose, caractéristique qui l'a longtemps distingué. La période historique qu'il aborde est fascinante (dans la mythique bibliothèque d'Alexandrie), son personnage principal (une astronome tentant de préserver le savoir et prise entre l'amour de deux hommes) est intrigant, Rachel Weisz est sublime. Une oeuvre d'envergure se profile. C'est du moins tout ce que l'on souhaite.
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