Alice au Pays des Merveilles est avant tout un univers peuplé d'êtres étranges, comme Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, le Loir, la Chenille, le Chat du Cheshire et, bien entendu, le Chapelier Fou. La nouvelle version de Tim Burton n'échappe pas à ces personnages cultes de l'oeuvre de Lewis Caroll. Pour leur donner vie, Disney a engagé deux artistes de talent, Bobby Chiu et Kei Acedera qui utilisent autant les méthodes de dessin traditionnel que la peinture numérique. La galerie Arludik rendra hommage à leur travail du 4 mars au 17 avril 2010 avec une exposition de leurs dessins originaux de production et d'autres toiles dédiées entièrement à Alice au Pays des Merveilles. Interview.

Quels souvenirs gardiez-vous du livre original?
Kei Acedera) La première chose qui me vienne à l'esprit est le Chat du Cheshire, son essence. C'est un personnage fascinant.
Bobby Chiu) Nous avons tenté de mixer ce que voulait Tim Burton et ce que nous ressentions pour l'histoire. Le réalisateur voulait retrouver le parfum des personnages et je pense que le film est très réussi à ce niveau parce qu'il colle à ce qu'on trouve dans le livre.
Avez-vous une attache particulière pour un de ses personnages et pourquoi?
KA) Je dois dire que le Lapin Blanc et le chat Chess sont mes deux préférés. Ce sont les premiers sur lesquels j'ai travaillé et pour moi ils symbolisent le mieux l'univers de Lewis Caroll.
BC) Je préfère Bonnet Blanc et Blanc Bonnet (Tweedledee et Tweedledum en VO). Tim Burton a fait une version d'eux où ils étaient chauves. J'ai beaucoup pensé à L'Etrange Noël de Monsieur Jack en les voyant. C'est ce tout premier dessin du réalisateur qui nous a inspiré pour la suite du design de ces deux personnages. Ce sont donc les protagonistes les plus mémorables pour moi.
Qu'avez-vous appris de Tim Burton?
KA) Tellement de choses... Il est très connu pour sa vision unique du monde et c'était très facile de travailler avec lui grâce à cela. Il y a beaucoup de films qui sont difficeles à "designer" car les visions des différents auteurs s'entrechoquent...
BC) Ce film, c'est la vision de Tim Burton. C'était lui le leader. Ce que j'ai appris du cinéaste, c'est que l'idée est beaucoup plus importante que l'exécution. Il faut coordonner les deux et l'éxécution est aussi importante, mais sans idée, ça ne marchera pas.

Comment avez-vous été impliqués dans ce projet?
BC) Un jour, j'ai reçu un email d'un producteur qui venanti vers moi parce qu'il aimait mon travail et voulait mieux connaître mon univers. Lorsque je lui ai dit que ma spécialité était les animaux et les créatures fantastiques, il m'a demandé si je voulais faire un test pour Tim Burton et son prochain film, Alice au Pays des Merveilles. J'ai tout de suite dit oui et nous avons dessiné Absolem la chenille pour lui montrer de quoi nous étions capables.
Combien de temps avez-vous eu pour travailler sur ce projet?
KA) Au début, ils nous ont dit que 'était pour deux semaines...
BC) Ca devait être un contrat de neuf jours. Au final, ce fut plutôt un contrat de neuf mois !
Comment travaillez-vous et quelles sont vos techniques?
KA) J'aime commencer avec des outils traditionnels, en faisant des croquis. Puis vient Photoshop où je pratique une peinture numérique.
BC) Certains sont dessinés avec de la penture à l'eau, d'autres avec de l'encre ou avec des crayons. Pour la grande majorité des dessins, on termine avec une peinture numérique sur l'ordinateur. Il n'y a que l'idée originelle qui soit dessinée de manière traditionnelle. Les deux techniques sont équivalentes pour nous.
KA) Ce sont simplement deux manières de penser différentes. Elles sont reliées l'une à l'autre, comme le pastel et le digital. Le numérique est toujours plus rapide ! Surtout pour les dernières retouches...

Quelle partie du procesus créatif est le plus facile et quel est celui que vous aimez le moins?
BC) Le départ est le plus difficile ! Encore une fois, c'est l'idée de base qui vous manque et que vous cherchez.
KA) En même temps, je la considère comme la partie la plus "fun" car vous explorez autant que vous voulez. Sur ce projet, Tim Burton nous avait demandé de chercher en nous en nous laissant toute liberté. Il nous a dit qu'il interviendrait après pour faire des choix.
BC) Nousa vons fait beaucoup de dessins. Quelquefois, nous arrivions avec des croquis qui lui plaisait tout de suite, d'autres fois c'était un peu plus long. Il est très sûr de lui sur ce qu'il aime et ce qu'il n'aime pas. Cela facilite le travail.
Pourriez-vous expliquer pourquoi vous êtes devenus des artistes?
BC) J'ai toujours ressenti que j'étais un artiste. Au début tout le monde me disait d'abandonner l'Art. Voilà où je suis maintenant. Je suis passé à travers toutes les difficultés et j'ai trouvé mon univers. Je n'arrêtais pas de dessiner même si je ne pensais pas devenir un professionnel. Si vous gardez en vous cet amour profond pour l'Art, vous pouvez devenir un artiste.
KA) Pour ma part, j'ai commencé à dessiner à l'âge de trois ou quatre ans. Des choses qui sortaient de n'importe où... L'Art est capable de rendre compte d'une culture et de renverser l'odre établi. C'est une chose puissante.

