Par - publié le 05 août 2008 à 11h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h00 - 0 commentaire(s)
1988: Steve De Jarnatt filme à Los Angeles la nuit démentielle d’un homme qui a eu le malheur de décrocher le téléphone d’une cabine téléphonique. Au bout du fil, il tombe sur la voix paniquée d’un soldat révélant, en direct d’une base militaire inconnue, que la fin du monde est imminente. Réalité ou fantasme? Blague de mauvais goût ou triste état du futur? Ça donne Miracle Mile (Appel d’urgence en français).
2008: Matt Reeves propose à New York un block-buster expérimental où les attaques spectaculaires d’un monstre sur Manhattan ont moins d’importance qu'une histoire d’amour viscéralement romantique. Certains trouvent la démarche artificielle, d’autres sont libres de penser le contraire. Ça donne Cloverfield.




L'état amoureux


20 ans séparent ces deux films-gadget originaux et acrobatiques qui vantent la même morale (l’amour est plus fort que la mort) et réduisent une catastrophe planétaire à un cercle intime, à travers une mise en image contemporaine (le style clippesque des années 80 en opposition à la caméra subjective mode YouTube). Deux films qui ont TOUT et RIEN à voir ensemble. Explications.

Mieux vaut être obsédé par les notions d’«apocalypse» et de «fin du monde» pour apprécier Miracle Mile et Cloverfield, deux films accueillis à leur sortie de manière tiédasse, qui possèdent des degrés de lecture plus complexes qu’il n’y paraît. A bien des égards, et ce malgré les 20 ans qui les séparent, ils révèlent des points communs qui donnent envie de les relier. Plus sur un plan thématique que visuel. Pour commencer, ce sont deux illustrations cinématographiques très habiles qui donnent une idée claire de ce à quoi peut ressembler la fin du monde et qui partagent cette même capacité à paraître léger alors que leur discours apocalyptique est nihiliste. Dans le cas de Cloverfield, la légèreté est déterminée tout d’abord par la caméra subjective, dont la qualité équivaut à celle d'une vidéo amateur sur YouTube; ensuite par la facétie consistant à montrer le monstre en gros plan (pour que le spectateur en ait pour son argent). Ce qui peut être considéré comme une forme d'humour, sous-entendant que tout ça n'est que du cinéma (soit l'art du mensonge). Ces images volées servent à plonger le spectateur dans un quotidien qu’il connaît avec des sensations vécues et des images familières. Elles retranscrivent aussi bien le petit matin blafard que la destruction de Manhattan.



La découverte de la menace (dans une cabine téléphonique dans Miracle Mile; sur une terrasse dans Cloverfield)


Avec les nouvelles technologies de plus en plus aliénantes, l’utilisation de la caméra subjective va prendre de plus en plus d’impact au cinéma, comme ailleurs. C’est là où un Projet Blair Witch, il y a quasiment dix ans, avait tout compris avant tout le monde: l’importance d’Internet comme celle du marketing viral. Entre temps, la fréquentation accrue de réseaux comme YouTube ou Dailymotion - sans compter tous les procès des chaînes de télévision - démontre que les internautes ont un accès immédiat aux images qu’ils désirent et peuvent se forger une opinion sur l'actualité sans avoir à subir un choix, ni même de censure (ou du moins, pour l’instant). Pour son film, Matt Reeves, sous l’égide bienveillante de JJ Abrams, n’a pas oublié que ce qui retient l’attention pendant 20 minutes ne peut pas durer infiniment. C’est pourquoi Cloverfield ne s’éternise pas outre mesure (moins d’une heure et demie et ça suffit).




L'immeuble où se trouve l'amour du personnage principal : malgré la menace, il fonce



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