LUST CAUTIONCôte sexe : CHAUD BOUILLANT
L’histoire : En Chine, sous l'occupation Japonaise, pendant la Seconde guerre mondiale, une jeune étudiante (Tang Wei, magnifique), qui rêve de devenir actrice, est recrutée par le chef d’un groupe militant (Wang Leehom, nouvelle égérie popstar) pour interpréter le rôle de sa vie: séduire un homme de pouvoir (Tony Leung, inquiétant) qui collabore avec les autorités japonaises et user de sa séduction naturelle pour le démolir. Mais le cœur a ses raisons...
Sexe is good : Dans sa manière de radiographier la confusion des sentiments dans une période dangereuse et d’infiltrer une beauté dans le camp adverse pour qu’elle séduise le bourreau,
Lust, Caution n’est pas sans évoquer
Black Book, de Paul Verhoeven, qui sur le même sujet allait aussi loin. Ang Lee témoigne de la même maestria pour rendre l’invraisemblable vraisemblable, utilise les mêmes audaces formelles et assure le même discours (un meurtre filmé de manière ultra-réaliste rappelle que ceux qui agissent au nom du bien peuvent aussi être les pires), à défaut de posséder la même limpidité – contrepoint accessoire d’un film par ailleurs très dense. Reste ce très beau couple de cinéma, d’une élégance inouïe: Tony Leung, très ténébreux, et Tang Wei, très lumineuse, qui évoquent dans leurs retrouvailles inattendues (un échange de regard tranchant suffit à ramener le spectateur des années en arrière) et ses frasques sadomaso (guettez la fameuse scène de la "ceinture") les Dirk Bogarde et Charlotte Rampling de
Portier de Nuit. Que l’on se rassure:
Lust, Caution échappe à l’étiquette du film qui repose uniquement sur la performance de ses deux acteurs principaux habités. Et Dieu sait comme Bogarde et Rampling faisaient des efforts surhumains pour défendre un film "scandaleux" qui sans eux n’avait aucun intérêt. C’est d’ailleurs ce qui rendait le précipité crapoteux de Liliana Cavani fascinant. Le bon point, c’est qu’au-delà de tout, on pense plus aux fresques tragiques d’un Visconti jusque dans l’épreuve du temps qui transforme les personnages et les choix cornéliens et sacrificiels qu’ils sont amenés à prendre. Envers et contre tous.
Que vaut le film ? Lust, Caution peut être considéré comme le
Senso d’aujourd’hui avec lequel il partage la splendeur désespérée, le regard froid, le lyrisme glacé, le passéisme sans nostalgie et le sens du tragique aigu. Comme toujours chez Lee, l’amour n’est pas heureux. Ou alors dure le temps éphémère d’une rencontre qui reste à jamais gravée dans l’esprit des personnages. C’était ce qui nous bouleversait dans
Le Secret de Brokeback Mountain et plus discrètement dans ses autres opus. Après, qu’il parle d’un géant vert qui se bastonne avec un cahier des charges Hollywoodien, de crises sexuelles dans les seventies, des tigres et des dragons ou de deux mecs qui refoulent leur sexualité dans une société puritaine, Lee excelle dans tous les domaines sans s’enfoncer quelque part du côté du marais doré de la nostalgie cinéphile. Il suppose juste, à chaque nouvelle expérience, que les images, quelles qu’elles soient, sont affaire de regard et de mise en scène, pour l’oeil du spectateur autant que pour celui du cinéaste. Et encore une fois, il a totalement raison. On tient donc avec
Lust, Caution la confirmation du talent pluriel d’un cinéaste singulier. Argument solide qui devrait suffire pour vous donner envie de succomber à cet écheveau cérébral et sensuel. Fiévreux et si intense.