On n'y pense pas spécialement, on peut même ne pas s'en être rendu compte, mais le monde de l'animation a connu ces derniers mois un réel bouleversement, une petite révolution lui ouvrant des perspectives nouvelles. En effet, après des décennies à l'avoir évitée autant que possible, l'animation s'est sérieusement mise à la science-fiction comme en témoignent les sorties en cette année 2008 de
Wall-E,
Star Wars : The Clone wars,
Les Chimpanzés de l'espace et
Fly me to the moon. Quatre films très différents mais qui partagent néanmoins le même terrain de jeu, celui de l'exploration spatiale, de la thématique futuriste. Des voyages dans l'immensité du Grand Inconnu qui mirent longtemps à nous parvenir sous cette forme, l'industrie du cinéma et Hollywood en particulier ayant toujours eu de sévères réserves à transposer le genre dans l'exercice de l'animation. Pourquoi cela ? Qui est concerné ? Et quels furent les résistants à ce dictat ? C'est ce que nous vous proposons de voir un peu dans le dossier qui suit. Retour sur une relation compliquée qui pourrait bien avoir trouvée enfin une conclusion heureuse.

Ainsi, comme nous l'avons dit, la science-fiction a mis des années avant de se voir passée au spectre de l'animation. Ce qui peut sembler curieux au regard de la liberté qu'offre cet exercice, qui aurait justement pu servir à facilement donner vie à des aventures requérant une logistique lourde. Et cela sans autre limite que l'imagination de la personne qui a le crayon en main, en schématisant un peu. Mais en fait, il faut bien comprendre que la science-fiction ne faisait que naître, en tant que genre, dans toute la première moitié du vingtième siècle. Ses prémices avaient beau remonter à très loin dans le monde littéraire, dès le deuxième siècle même avec
Histoire véritable de Lucien de Samosate et son héros voyageant sur la Lune (rappelons quand même que la révolution industrielle du dix-neuvième siècle avait aussi enfanté des auteurs comme Jules Verne ou H.G. Wells), ce ne fut qu'à partir des années 20 que suffisamment de personnes s'y intéressèrent pour lui donner un semblant de forme. Une définition, même si cela allait prendre beaucoup de temps. Rien que le terme de "science-fiction", qui nous semble pourtant aujourd'hui si commun, mit près d'une quarantaine d'années avant de s'imposer face aux "
scientific romance", "
scientifiction" et autres "
speculative fiction". Malgré d'illustres prédécesseurs et modèles, la science-fiction restait donc gravement sous-estimée de par ses limites floues (elle n'a d'ailleurs, par définition, aucune limite), considérée comme un tissu d'inepties n'intéressant que quelques hurluberlus. L'univers du merveilleux, qui a trait au conte, était aussi une solution bien plus sécurisante pour les studios d'animation puisqu'il faisait appel à un passé commun, un héritage d'abord oral puis écrit dans lequel les enfants sont baignés dès leur plus jeune âge. Ce qui était encore loin d'être le cas de la science-fiction. Pour voir alors de la SF animée, il faudrait donc attendre que et le genre, et le médium mûrissent chacun de leur côté.

La conquête spatiale fut à ce titre un élément déterminant dans l'appréciation qu'avait le grand public de la science-fiction, rendant enfin crédible -ou tout du moins imaginable- des concepts qui paraissaient jusque-là à certains complètement abstraits. Plus encore, parce qu'il s'agissait ni plus, ni moins que d'une guerre entre les blocs capitalistes et communistes, la nation se devait d'être derrière ces lancements de fusées qui furent ainsi à chaque fois retransmis à la télévision, présentés comme de véritables événements historiques. Ce qu'ils étaient bien, pour peu que l'on ne s'attarde pas trop sur le nationalisme puant, et offrirent alors aux plus jeunes l'opportunité de faire connaissance avec les astres, de rêver des étoiles. Le contexte était donc déjà plus favorable à SF et les premiers long-métrages animés jouant dans cette catégorie allaient bientôt pouvoir voir le jour mais, pourtant, ce ne furent pas les enfants qu'ils visèrent. Car les années 60/70 furent une époque de contestation, voyant des mouvements comme les beatniks puis les hippies apparaître, et que la science-fiction était le genre parfait pour que s'épanchent leurs angoisses, de façon positive ou pessimiste, tout comme l'animation se révélait un support parfait pour la satire, la critique. L'ampleur de ces mouvements, leur besoin de communiquer, firent ainsi que l'animation pouvait désormais se permettre d'interpeler un public plus âgé, plus mâture, et donc plus à-même d'apprécier un genre que l'on ne voulait de toutes façons pas mettre entre les mains des enfants.