L'Avis du Jour met en avant l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. Gabnec nous parle aujourd'hui du
Domino de Tony Scott.
Dans un fracas de mots alignés sans le moindre sens apparent – regardez de plus près vous verrez qu’en fait… il n’y a toujours aucune signification à cette bouillabaisse lexicalement indigeste – le petit Gabnec après avoir percé son dernier bouton d’acné quelques mois auparavant, pousse (à la manière des problèmes cutanés) son art « biactol » encore plus loin (dans cette flore qui pullule, juvénile et boutonneuse) , car être aussi mauvais à ce niveau, c’est du talent, entendons nous bien sur ce point (noir ?) là. Chronique désincarnée et rouge sang (les bobos, les bobos…) en perspective.Après avoir fait de gros nanars aussi plaisants qu’énervants (
Top Gun -
Jour de tonnerre -
Le flic de Berverly Hills 2 -
Le fan), quelques films cultes (
Les prédateurs -
Le dernier Samaritain -
True Romance), d’excellents divertissements (
USS Alabama -
Ennemi d’état) et deux chefs d’œuvre (
Spy Game -
Man on fire). L’entertainer désaxé et décomplexé de la famille Scott maintenant désapprouvé pour cause d’effets stylistiques jugés inutiles et gavant en guise de mise en scène, nous revient plus libéré que jamais avec son treizième long-métrage, le bien nommé
Domino. Inutile de vous dire que si vous n’avez pas supporté la réalisation sous mescaline de la vengeance de Denzel Washington à un point tel qu’il vous a été nécessaire de vous repasser en boucle « Un homme d’exception » pour vous remettre d’aplomb, il n’est donc pas obligatoire de vous faire du mal, passez votre chemin, continuez votre route car
Domino risque bel et bien de vous achever et là même un bon Chris Colombus ne vous sera d’aucun secours (ou alors choisissez
Angel-A mais les effets secondaires peuvent être terribles. Il est fort probable par exemple, que par la suite, vous confondriez votre ange gardien avec une femme flic, qui a pour petit ami un inspecteur, qui a pour ami un chauffeur de taxi qui roule en 406…).
A l’écriture, le précoce Richard Kelly - nettement moins bordélique que son réalisateur et pourtant… – apprécié de (presque) tous depuis son excellent
Donnie Darko. Cette tête d’enfant de cœur à l’intérieur si talentueuse, livre un script atypique, tout sauf linéaire, complètement anarchique, un foutoir sans nom tel des pièces de puzzle qu’un gamin de sept automnes voudrait placer avec rage et détermination dans des endroits qui ne conviennent pas et qui après casse tout, car pas content, il est. Voyez-vous, avec un pitch de base des plus simplistes voire même des plus anodins pour un film apparemment d’« action », le réalisateur de
Southland tales trouve rien de mieux à faire que de nous le transformer en satire moderne de la patrie de ce bon vieux George en évoquant les problèmes sociaux aux USA (à travers une famille black où la grand-mère a vingt-huit balais), de la guerre en Afghanistan (à travers un chauffeur de bus explosif), du pouvoir gigantesque et satanique de la télévision (à travers un producteur truculent), de la reconversion après une série à succès (à travers deux has been joyeux) et j’en passe et des meilleurs. Bref, vu de loin, ça à l’air banal et de plus près c’est l’un des objets filmiques les plus étranges que le cinéma nous ait donné ces dernières années. Au final, on se rend vite compte que la réalisation de Tony Scott était celle qu’il fallait pour
Domino, donc que le script justifie la mise en scène chaotique.