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Avis Du Jour : Dupont Lajoie [page 1]

Par Evil Ed - publié le 07 avril 2006 à 11h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h52 - 0 commentaire(s)
L'Avis du Jour met en avant quotidiennement l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. Aujourd'hui, Evil Ed revient sur un classique un peu oublié, Dupont Lajoie.



Petite chronique de la haine ordinaire et peinture au vitriol d'une certaine France, Dupont Lajoie demeure près de trente ans après sa sortie une oeuvre unique et courageuse. Le cinéma français n'a effectivement pas pour habitude de facilement retrousser ses manches pour plonger à pleines mains dans la boue de son histoire ou la fange de sa propre société. Alors même si Yves Boisset trimballe une réputation de cinéaste peu subtil, il faut lui reconnaître sa singularité tant au cours de sa carrière il aura pris le risque de se frotter à des sujets souvent délicats. Des enfants de troupes de Allonz'enfants à la guerre d'Algérie avec RAS en passant par la pédophilie avec la femme flic, la corruption avec le juge Fayard, les dérives prophétiques de la télévision avec Le prix du danger ou le racisme. Dupont Lajoie reste à mes yeux le meilleur film de Boisset tout simplement parce qu'il marche en équilibre constant entre une satire grossière mais ultra jouissive de la beauffitude et une dissection au scalpel des mécanismes de la haine et du racisme. Car derrière les traits grossiers de la caricature se cache aussi une subtile esquisse qui tient tout à la fois du constat et de l'oeuvre quasiment prophétique. Et Dupont Lajoie ,loin d'être un film dépassé (bien malheureusement d'ailleurs), fait partie de ses films qui peuvent éclairer sous une lumière crue certains aspects de notre société actuelle, tout simplement parce qu'en 1974 Boisset avait déjà partiellement compris jusqu'ou la haine ordinaire de l'étranger pourrait nous emmener.

Dupont Lajoie c'est donc l'histoire d'un petit patron de bistrot bien ordinaire qui part en vacances sur la côte d'Azur comme tous les ans avec sa patronne de femme et son fils. Direction le camping Beau soleil que les Lajoie fréquentent depuis toujours afin de retrouver même loin de Paris la stabilité de certaines petites habitudes. Après un périple dans les embouteillages à admirer les accidents de voitures ils retrouvent enfin le soleil. Sur place ils retrouvent aussi quelques autres habitudes et amis comme la famille Colin et monsieur Schumacher et sa femme. Georges Lajoie dès son arrivée n'est pas insensible aux charmes troubles de la jeune fille des Colin (superbe Isabelle Huppert), une adolescente de seize ans aux formes naissantes qui navigue entre provocation et innocence. Lajoie ne saura pas résister bien longtemps à la tentation de cette Lolita et il finira par violer l'adolescente avant de la tuer par accident. Un crime terrible qui trouvera bien vite des coupables idéaux en la personne d'un groupe de travailleurs maghrébins résidant dans un bidonville proche du camping. Le désespoir, le désir de vengeance et un fond latent de racisme pousseront alors un petit groupe de campeurs à une expédition punitive qui se terminera par une ratonnade en règle et la mort d'un Algérien innocent. Un résumé qui ressemble à la dépêche de presse d'un banal fait divers, un récit simple et efficace qui fait froid dans le dos tant il est plausible et parfaitement crédible. Car Yves Boisset tout en frôlant la caricature parfois pachydermique réussit paradoxalement un récit et des personnages plus vrais que nature.



La première partie du film est une mise en place minutieuse des différents protagonistes du film, en l'espace de quelques scènes seulement Boisset définit déjà les contours et la logique des futures actions de ses personnages. Georges Lajoie, dès la toute première scène dans son bistrot, est défini à travers trois traits marquants de son caractère. Tout d'abord son côté passéiste et réac, hostile aux changements et aux autres et cela à travers sa première réplique à connotation raciste à l'encontre d'un balayeur noir mais aussi avec son comportement vis à vis d'un jeune hippie à guitare. C'est aussi un homme qui clairement a peur de voir son petit monde changer, un homme qui craint pour son bien (il se déclare prêt à tuer pour sa caravane) et qui n'aime pas les changements radicaux..... ce n'est pas un hasard s'il retourne toujours au même endroit en vacances. Il ne faut pas plus d'un pince fesse et d'un coup d'oeil voyeur de Georges à l'encontre de sa serveuse pour déjà comprendre également son attirance et son trouble pour les jeunes filles.


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