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Baz Luhrmann : Ambition Et Panache [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 08 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 08 octobre 2009 à 17h54 - 0 commentaire(s)
« Baz Luhrmann est un réalisateur que j’apprécie pour son originalité. J’aime beaucoup son Roméo + Juliet, je pense que c’est son film le plus maîtrisé ; c’est pour moi une vraie réussite au vu du pari de départ. Après, Moulin Rouge, outre la virtuosité technique et la sincérité du projet, je suis moins sensible parce que pour moi, l’émotion est entravée par ce rapport à la technique. Maintenant, il y a une énergie incroyable. Là encore, c’est clairement un cinéaste qui a son style, qui a su le créer et l’imposer. Ainsi, pour son dernier film Australia, malgré le fait qu’il sorte en même temps que Largo Winch - le film et que je n’ai vu que sa bande annonce, on sait que le film est de lui. Cela m’a donné envie de le voir en dépit des avis mitigés et des résultats assez décevants qu’il enregistre aux Etats-Unis. Il y a un vrai romanesque mais le rythme doit être difficile à installer sur trois heures. Pour que de tels films fonctionnent, il faut que ce soit vraiment exceptionnel, à la manière de Titanic. »

Jérôme Salle

Personne ne viendra contredire le fait que Baz Luhrmann est un cinéaste original et audacieux, plein de panache, créateur de films extravagants, éclatants et excentriques. Il est l'homme des grands paris. Celui qu'il choisit de relever avec Australia (sortie le 24 Décembre), est immense et risqué, comme tous ceux qu'il a relevés jusqu'alors, souvent avec succès : il veut remettre au goût du jour les « epics » d'antan, pleins de souffle, de romance et d'aventure. Ressusciter un cinéma devenu rare. Voilà une ambition et une prétention superbes. Jusqu'à présent, ça lui a d'ailleurs plutôt réussi...



Il naît en Australie le 17 septembre 1962. Dès l'enfance il développe un goût pour la musique, cultivant des goûts éclectiques, de la pop music à l'opéra, ce qui nourrira ses films. Il dévore passionnément les oeuvres que son père lui montre au petit cinéma dont il est devenu propriétaire. Le jeune Mark Anthony (il ne se rebaptisera « Bazmark » qu'un peu plus tard), a un goût prononcé pour les comédies musicales (ce qui est, là encore, loin d'être anodin). Il prend des leçons de danse... Dès l'enfance, son univers se profile et son imaginaire s'ouvre à toutes les influences, il est insatiable de découvertes. De ses activités hétéroclites et apparemment désordonnées, naîtront son esthétique.

Sa jeunesse est atypique, nourrie à des sources différentes (la magie, la musique, le cinéma, Shakespeare et les séries télé) dont il s'imprègne avec voracité et qui forment sa sensibilité. Après avoir changé son nom, il décide de suivre les cours du National Institute of Dramatic Art de Sydney. Il se consacre d'abord à l'opéra (sa prime jeunesse a été marquée par la construction du bel opéra de la grande ville australienne). Il veut y apporter du sang frais, lui-même demeurant assez dubitatif devant les mises en scène qu'on y jouait alors. Il rencontre un grand succès en montant notamment La Bohème de Puccini (dont l'histoire ressemble fort à celle de Moulin Rouge) ainsi que le Songe d'une Nuit d'été de Shakespeare (mis en musique par Benjamin Britten). Sa trajectoire et ses inspirations diverses se retrouveront sans cesse dans son oeuvre à venir, dont on peut noter la remarquable cohérence.



Sa première pièce au théâtre est courte, une trentaine de minutes pas plus, mais elle fournit l'argument de ce qui deviendrait son premier film : Ballroom Dancing en 1992. C'est aussi le premier volet de sa « trilogie du rideau rouge » (comprenant également Roméo + Juliet et Moulin Rouge). Il s'agit d'une comédie romantique aux couleurs éclatantes -certains diront criardes-. Luhrmann y pose les bases de son style, énergique et flamboyant. Se servant de l'expérience qu'il a eue dans sa jeunesse, il décrit l'univers des concours de danse australiens, bouleversés par l'irruption d'un jeune homme qui veut sortir du cadre strict et des figures imposées. Ce héros est un peu à l'image Luhrmann lui-même qui a souvent combattu une forme de cinéma académique pour en revivifier les codes.

Même si l'histoire peut éveiller quelque réticence, il la mène avec superbe et une énergie de montage, une identité visuelle déjà très affirmée qui en font une symphonie de couleurs, d'excitation et de fraîcheur. L'histoire d'amour est naïve, à un premier degré assumé, riche d'une fantaisie détonante, celle d'un style qui ose l'outrance et parfois le mauvais goût. Et cette audace est saluée, notamment à Cannes, et remporte un grand succès.


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