Réaliser un film sur une jeune femme jolie, intelligente, drôle et heureuse, entourée d'excellents amis, heureux eux aussi, amoureuse et aimée en retour, à qui il arrive des choses heureuses, tel est pari tenu par Mike Leigh. Le cinéaste présente un peu plus son héroïne Poppy en répondant à nos questions.
Avant tout, qui est Poppy ? Est-ce une Vera Drake plus jeune et dans une autre ère ? Toujours prête à faire le bien autour d’elle... Evidemment il y a certaines similtudes avec le personnage de
Vera Drake mais il serait fâcheux de lui coller une étiquette comme étant une version jeune de celle-ci. Ce ne serait pas juste, c’est une personne complètement différente et même si les deux partagent une grande générosité, cette envie d’aider les autres et d’une certaine manière un certain sens de l’humour, même si évidemment, celui de Poppy est bien plus développé. Ce qui est intérressant dans cette comparaison c’est de voir que ces deux femmes vivent dans deux mondes opposés et qu’il est pour elles deux, toujours question de choix. Poppy a le luxe de pouvoir choisir comme bon lui semble... Peut-être que dans un certain sens,
Be Happy est une sorte de continuation de
Vera Drake mais traitant des sujets de manière différente. Sinon j’aurais refait le même film et je ne pense pas que ce soit le métier d’un cinéaste de refaire le même film indéfiniment. Ce que j’essaye, à chaque fois que je réalise un film, c’est de faire toujours quelque chose de nouveau. A l’instar d’un repas... Si je vous invite plusieurs fois à dîner je vais éviter de vous servir sans cesse le même plat.
Votre carrière en arrive à une dizaine de long-métrages pour le cinéma... Pourquoi l’envie de réaliser cette comédie légère sur la vie quand on s’était parfois habitué à vous voir dans un registre plus dramatique... ?Je ne vois pas ce film comme une comédie légère mais bien plus comme un film plus éxubérant, joyeux et drôle. Je comprends que l’on puisse dire que ce film est plus léger mais
Be Happy a également ces aspects obscurs, elle doit gérer de nombreux problèmes... A mes yeux, nous avons plus affaire à une vision réaliste du monde réel comme la plupart de mes autres films. Et de plus, il n’y a pas un seul de mes films où on ne rit pas ne serait-ce qu’une seconde. Et ici, vous pouvez tout aussi rire que pleurer... Ceci dit, j’avais réellement l’envie de réaliser un film proprement positif, optimiste et d’une certaine manière faire dans l’anti-misérabilisme. Vous savez nous avons toutes les bonnes raisons d’être pessimistes en ce bas-monde, les choses tournent assez mal si l’on se projette quelques minutes dans l’avenir. Mais nous devons tous vivre avec cet aspect peu radieux de notre futur, en particulier les instituteurs qui se chargent de nos enfants. Ces derniers ne peuvent être pessimistes, ils n’ont pas le droit. Eduquer de jeunes enfants c’est construire l’avenir, c’est donc un acte proprement optimiste... Voilà pourquoi Poppy est instit’ et c’est de cela dont il s’agit.