Par - publié le 18 octobre 2008 à 00h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h37 - 0 commentaire(s)
Après les récents échecs commerciaux d'Eddie Murphy ou Mike Myers, Ben Stiller est-il le roi incontesté de la comédie américaine ? Telle est la brûlante question à laquelle certains de nos rédacteurs tentent de répondre. On attend évidemment votre participation au débat dans les forums !



Flavien Poncet

La potentielle «nouvelle comédie américaine» peut s’aborder sous l’angle de trois acteurs : Mike Myers, Eddie Murphy et Ben Stiller. Le genre de la comédie populaire –vieille résurgence des screwball comedy- ne se résume pas qu’à ces trois seuls comédiens, il englobe un panel de comiques bien plus large, pensons ne serait-ce qu’aux Farelly, à Steve Carell, Jim Carrey, Will Ferrell, Owen Wilson entre autres. Myers, Murphy et Stiller suffisent à traiter du sujet car ils partagent tous trois la même curieuse propension au travestissement, un maquillage du corps, des attitudes, des comportements directement affiliés aux Daphné et Joséphine de Certains l’aiment chaud (1959) de Billy Wilder. Communs sur ce point, Murphy, Myers, Stiller (provenant tous du néo-classicisme hollywoodien des années 80) se dissocient par les paradigmes de leur humour. Murphy base son comique sur l’ampleur, sur la domination de l’espace. Murphy gagne du pouvoir en devenant investisseur en bourse dans Un fauteuil pour deux (1983), est institué dauphin pour Un prince à New York (1988), ne fait plus qu’un avec les volontés de la nature dans Docteur Dolittle (1998) jusqu’à occuper quasi-entièrement le casting dans La Famille Foldingue (2000). Chacun des films de Murphy repousse les frontières de son rôle d’acteur-one man show. A contrario Myers n’a de cesse de tourner en dérision les possibilités de son pouvoir d’acteur bankable. Son rôle le plus signifiant reste celui d’Austin Powers, agent secret raté et pastiche de James Bond, cet espion n’a pour survivre que son potentiel sexuel émanant d’un Mojo qu’on devine phallique. Où Murphy sollicite une large occupation de l’espace et de la place, Myers, se multipliant également, applique un humour plus britannique, bien moins outrageusement vulgaire et plus connotatif. Myers partage sa part du gâteau comique avec d’autres acteurs.



Face à ces deux comiques, dont les récents échecs rappellent la teneur lassante d’un humour qui se contente de recycler les mêmes gags, Ben Stiller cinéaste, applique une donne nouvelle que ses deux collègues omettent totalement : la part du cinéma. Avec Tonnerre sous les Tropiques, Stiller fait d’une pierre trois coups en destinant tant son film vers le cinéma politique (dans la vague des films américains sur la guerre), vers le cinéma parodique (vraisemblablement Apocalypse Now n’est pas loin) et vers la comédie de stars. Avec Robert Downey Jr et Tom Cruise, deux acteurs non habitués aux rôles comiques, au casting, Ben Stiller prend un risque et opte pour un véritable dévoiement, la parodie dans ce qu’elle a de plus essentielle : égarer le spectateur dans un détournement des référents culturels. Hormis se détourner eux-mêmes, quelque soit le talent de comédien de Murphy et Myers, il ne semble jamais être question de cinéma dans leurs films ni même du spectateur. Leur cabotinage respectif dans leurs derniers films omet de faire appel à l’intelligence, à la culture du spectateur. Stiller en contrepartie, revient au spectateur, passe par ses a priori pour mieux les éveiller, les reformuler. En tournant, implicitement, en dérision les évènements tragiques de la guerre en Irak, Stiller prend un parti pris engagé, selon la démarche qui vise à rire du tragique, qui n’a pas lieu d’être développée ici. Nouveau «manitou» de la comédie populaire américaine, Stiller, compte désormais parmi les grands noms de la comédie contemporaine, tant comme acteur que comme cinéaste.


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