Les Enfants du siècle (DIANE KURYS)
Après ses participations très convaincantes à l'œuvre de ces jeunes gens prometteurs, le comédien est repéré et va dépeindre auprès de Juliette Binoche les amours tourmentées de George Sand et Alfred de Musset, qu'il aura la lourde tâche de camper dans Les Enfants du siècle. Le film de Diane Kurys a connu un destin étrange et deux montages, dont un écourté -et moins bon que le premier- censé lui donner une seconde chance. Le problème est typique, ces figures sont légendaires, héritières désenchantées du romantisme littéraire, annonciatrices du Spleen baudelairien et des poètes maudits (surtout en ce qui concerne Musset). C'est une période de transition étrange, comme il est dit à l'introduction du film par la voix off de Magimel, une sorte de génération perdue, sans causes, sans révolutions, sans guerres, prises dans ce qu'on appelait alors « le vague des passions ». Ces figures emblématiques appelaient un film au grand souffle. Et c'est là que le bât blesse. Lorsque l'on touche à la grande littérature en France, on touche au sacré, à des conventions cinématographiques dont il serait bon de s'émanciper pour ne pas tomber dans les clichés habituels. Le rôle de Sand va comme un gant à Binoche, qui n'a pas à forcer son talent pour paraître crédible en femme éprise de liberté et d'indépendance. Magimel quant à lui cabotine à l'extrême dans le rôle d'un poète écorché vif et noceur incorrigible, tourmenté et expressif jusqu'au ridicule. L'ensemble reste pourtant paradoxalement attachant, maladroit, certes, mais on parvient à saisir quelque chose de cette époque, de l'esprit du temps (notamment dans la débauche invétérée de Musset, l'opium et les femmes de petite vertu...). En cela, il est assez intéressant.
Les Rivières pourpres 2, d'Olivier DahanCommençons tout d'abord par dire tout le bien qu'on pense d'Olivier Dahan, excellent réalisateur à ses heures indépendantes, qui tente ici vaille que vaille de reprendre le flambeau et d'imposer un peu de personnalité dans cette suite balourde. Qu'il mette en scène une descente aux enfers qui prend des allures traumatisantes de requiem pour un rêve (
Déjà mort, premier long impressionnant) ou le road-movie psy d'une prostituée à la recherche de son enfant (
La vie promise), le cinéaste a toujours prouvé qu'il était capable de créer une atmosphère déstabilisante et de transformer des scripts ténus en intenses moments de cinéma. Hélas, malgré tous les espoirs qu'on pouvait placer en lui et son talent (indiscutable), il ne parvient pas à rehausser le niveau de ce thriller indigeste, musclé mais affligeant.
Visuellement, il est évident que Dahan fait ce qu'il peut : il soigne la mise en scène, multiplie les effets pyrotechniques, accumule les courses poursuites sans fin et augmente le son pour mieux impressionner le spectateur. Mais cette esbroufe formelle ne parvient pas à masquer l'indigence gravissime d'un scénario (écrit et dialogué par Besson - encore bravo) dont l'humour vaseux et les fausses pistes éculées agacent et ennuient. Seul l'excellent Christopher Lee (qui arrive au bout d'une heure de bobine) parvient par intermittences à instiller un peu de mystère dans ce nanar délirant.
La Possibilité d'une île (Michel Houellebecq)Dernièrement, deux adaptations cinématographiques des romans de Houellebecq (
Extension du domaine de la lutte et
Les particules élémentaires) ont prouvé à quel point il était peu aisé de retranscrire la prose abrasive de l'auteur et d'en faire émaner le souffre. On aurait pu penser qu'en passant derrière la caméra, l'écrivain réussirait à transcender l'exercice. Possibilité d'un film ? Que nenni ! S'il possède une certaine virtuosité littéraire - controversée certes mais virtuosité quand même, son talent de réalisateur demeure quasiment nul (il aligne les plans fixes pour faire surgir un vague néant ou alors une puissance tellurique). A la ligne claire de la mise en scène, un degré zéro de suspense. Comme en position d'attente, Houellebecq installe sa caméra à distance, filme des acteurs qui s'emmerdent et surtout zappe les passages les plus sulfureux du roman. Le sujet est confus (satire raelienne ?), l'objectif peu clair (remake de
2001 filmé avec les pieds ? Pastiche antonionien ?), le parcours tordu (la guerre des clones). Quelque chose se creuse durant le temps de la projection, quelque chose qui n'en finit pas d'évider le scénario, de contourner l'intérêt attendu qu'on voulait y trouver. Des scènes incongrues s'enchaînent sur un rythme inerte. A un moment donné, Dombasle, qui se croit encore chez Robbe-Grillet, balance deux trois réflexions philosophiques avant de disparaître aussitôt. Sinon, Magimel, de tous les plans et de toutes les époques, lance des regards perdus et Houellebecq se fout de la gueule du monde en jouant la carte de l'autisme d'auteur, alimenté par la simple reconnaissance, tautologique et veine, de ses propres références et de sa signature. Les fans aveuglés par le talent de l'artiste essayeront d'y trouver du sens. Les autres n'y verront - à juste titre - qu'un nanar aussi singulier que prétentieux.