La filmographie de Benoit Poelvoorde lui ressemble : entre malaise et gros malentendus.
Classe tous risques
C’est arrivé près de chez vous Bien avant les Dardenne, le monde cinéphile redécouvre le cinéma Belge en 92 à Cannes. Présenté à la Semaine de la critique, C’est arrivé près de chez vous crée l’événement avec le faux-docu autour d’un tueur en série. Poelvoorde impose un personnage qui lui collera longtemps à la peau : fanfaron débordant d’arrogance débordé par son propre one-man-show mais pas dénué d’une certaine innocence. Mais sous les vannes trash, C’est arrivé près de chez vous, sorte de
Strip-tease consacré à un Tintin du meurtre préfigure les excès de la télé-réalité.
Classe touriste
Les randonneursCinq ans plus tard, Poelvoorde a été adopté en France via Canal + qui en a fait un remplaçant des Nuls. Le masque du clown commence néanmoins à se fissurer avec le film de Philippe Harel, où il fait crapahuter deux couples parisiens dans les montagnes corses. Et s’en tire plutôt mieux que ses partenaires en apportant au film, en pilote automatique, une forme de roue libre. Joli succès à l’époque,
Les randonneurs a manqué d’endurance, vu d’aujourd’hui, à l’époque ça passait pour du joli clonage des comédies de Pascal Thomas, aujourd’hui c’est pire que les derniers Patrice Leconte. Quoique le rôle de Poelvoorde atteigne par instants la même mélancolie que celle, sous-estimée, d’un Jugnot quand il est à son meilleur. On espère juste que la suite à venir,
Les randonneurs à St-Tropez sentira moins la chaussette confite dans le cynisme que Les bronzés 3.
Classe ouvrière
Les convoyeurs attendentRetour aux racines avec le premier long-métrage de Benoit Mariage. Poelvoorde baisse d’un ton sa part de grande gueule, d’aboyeur de comptoir de bar pour jouer un tyran domestique qui s’ignore. Et laisse ressortir sous les traits d’un Roger qui a pour ambition d’être homologué champion du monde de l’inutile ce qui affleurait sous ses rôles précédents : la détresse ordinaire des anonymes en quête de reconnaissance. Mariage inventant au passage le néo-réalisme à la Belge, entre réalité brute et la poésie humaniste d’un Kaurismaki.