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Bertrand Blier-gerard Depardieu : Histoire D'une Symbiose [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 12 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 12 octobre 2009 à 11h38 - 0 commentaire(s)
« C'est un acteur génial. Ils étaient de loin avec Dewaere les meilleurs de leur génération. J'ai auditionné tous les mecs de cet âge pour les Valseuses, et j'ai pris les meilleurs, car je savais que le film reposerait sur eux. Il y a eu une osmose hallucinante entre lui et moi. Il a mon texte dans la bouche, presque avant que je l'ai écrit. On est des frères venant de mondes totalement opposés. La maturité, les années qui passent, lui ont donné encore plus de talent. Il est devenu de mieux en mieux, a gommé ses défauts, il a pris de l'assurance. C'est le plus grand acteur français et l'un des plus grands au monde. Personne ne viendrait contester ça. »

Bertrand Blier



Gérard Depardieu est un monstre sacré, un ogre, un acteur à la filmographie vertigineuse et pléthorique. Les premiers adjectifs qui viennent à la plume lorsqu'il s'agit de l'évoquer sont ceux de la démesure. Il est à peu près l'équivalent français d'un Brando, avec cette nature gouailleuse en plus, ce phrasé particulier qui imposent sa présence unique. Il échappe à tout qualificatif et aborder le grand Gérard en totalité et en quelques pages relèverait de l'inconséquence. Au cours de sa carrière, il s'est attaché à l'univers de quelques metteurs en scène (comme Pialat, Truffaut ou encore Veber). L'une de ses collaborations les plus fusionnelles et sans doute la plus importante puisqu'elle remonte à ses débuts, est celle qu'il a eue avec Bertrand Blier, auprès de qui il a tourné pas moins de sept films.

C'est en 1974 que le réalisateur le choisit pour la première fois pour incarner Jean-Claude dans les Valseuses. Il le trouvait très sous-employé auparavant et lui offrait avec ce rôle l'occasion de donner toute la mesure de son potentiel. Et Depardieu, qui a eu une jeunesse remuante dans les rues de Chateauroux où il était plus ou moins un mauvais garçon, donne corps à ce personnage d'une manière hallucinante. Il sublime même des répliques qui pourraient sembler difficiles (« tu les sens les coussins d'air, sous ton cul ? », « Tu réalises que tu es dans les bras d'un ténor ? » ou le mythique « On n'est pas bien là, à la fraiche, décontractés du gland ? »). Si Blier avait été un compositeur d'opéra, Depardieu aurait été son interprète idéal, mettant des accents sublimes à ses dialogues ciselés, les rendant tout bonnement inoubliables et riches comme des grands vins.



La complémentarité que trouvent cet acteur impressionnant et cet auteur est un petit miracle. Car on considérait au début de sa carrière que ce comédien, par sa carrure et sa présence presque violente à l'occasion, allait repousser le public, les femmes en particulier. Mais dans Les Valseuses, il impose sa nature immense. Avec Patrick Dewaere, il forme un couple rêvé. C'est assez ironique d'ailleurs, car les deux comédiens sont de corpulences voisines. Blier en fera un duo archétypal, le gros et le frêle, le grand et le petit. Dewaere dans ce film s'est arrangé pour paraître toujours un peu en retrait, derrière son partenaire, jouant presque par opposition à ses grands éclats, maugréant d'une voix boudeuse. Il est toujours imperceptiblement voûté, pas sur le même plan, tandis que Depardieu, pour harmoniser le duo, paraît grand, expansif, excessif.


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