Par - publié le 24 décembre 2007 à 06h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 12h11 - 0 commentaire(s)

VASE DE NOCES (THIERRY ZENO)

"Certaines scènes coupent le souffle, agressent le regard et donnent au spectateur l’impression de se prendre un TGV en pleine figure. Aujourd’hui, ça ressemble à du Carlos Reygadas avec des couilles, qui oublie de se la jouer poseur et cherche à toucher le fond baroque de la folie pure. Les questions posées par le récit sont simples mais pas faciles à digérer: jusqu’où peut-on aller pour ne plus ressembler à un être humain? Comment s’extraire de l’humanité toute entière en franchissant des barrières morales? Comment provoquer le regard des bien-pensants pour capter quelque chose hors du commun des mortels? Est-ce que dans la truie, tout est cochon (et donc bon)? Dans ce défi transgressif pourvu d’une insoupçonnable profondeur spectrale, idéalement tourné sans dialogue pour que le malaise s’estompe, le cinéma a son mot à dire avant de chercher une volonté de choquer le bourgeois – auquel cas le film serait purement maniériste et anecdotique. Certes, on sera tenté de raccrocher quelques wagons cinématographiques à cette expérience hors du commun (un peu de Buñuel pour le style proche de l’écriture automatique, un peu de Rossellini mode Stromboli et de Pasolini période Théorème pour arborer quelques balises). Mais le résultat, inclassable parce que hors des modes et du temps, est d’une telle puissance immorale qu’il n’a rien perdu de son pouvoir dérangeant. Dans son genre (lorsque la mélancolie et l’éblouissement sont une seule et même nature), ce crépuscule cacophonique qui fout les jetons s’avère totalement unique."


FORBIDDEN ZONE (RICHARD ELFMAN)

"Qu’on se le dise : un film dans lequel on peut voir une grenouille géante danser le twist ne peut pas être foncièrement mauvais. D’ailleurs, Tim Burton adore ce Forbidden Zone, conte onirique charmant shooté à Rod Serling qui reprend sommairement la structure de Alice aux pays des merveilles sans en suivre l’illogisme vertigineux et Kafkaïen. Rien d’étonnant à cela : on retrouve toute la culture freak dans ce premier film de Richard Elfman, frère de Danny, réalisé au moment où après de longs vagabondages avec Jérôme Savary dans sa troupe du Grand Magic Circus, l’homme revient gonflé à bloc dans le Los Angeles de son enfance. La bizarrerie de l’objet (uniquement disponible en zone 1) s’exprime jusque dans le choix du casting qui propose un défilé de cas singuliers du cinéma américain (Susan Tyrrell que l’on reverra par la suite dans La chair et le sang et Cry Baby ; Joe Spinell, second couteau indispensable de la série B ; ou encore Hervé Villechaize, connu pour la série L’île fantastique). Le reste du casting est composé de membres de l’équipe (inoubliable Danny Elfman en diable) et surtout les Mystic Knights Of Oingo Boingo, troupe de Elfman composée de douze acteurs musiciens qui naguère fomentaient des reprises de chansons popu. Leur présence – étrange – était indiscutable. Tout simplement parce qu’ils sont à l’origine, eux aussi, de Forbidden Zone."


ANIMAL LOVE (ULRICH SEIDL)

"Au gré de ses fictions (qui ressemblent à des documentaires) et de ses documentaires (qui ressemblent à des fictions), Ulrich Seidl, réalisateur émérite qui avec Michael Haneke aide à ne pas désespérer du cinéma autrichien, a réalisé bien avant ses épatants Dog Days et Import / Export, des œuvres intenses qui radiographient une foule de bipèdes anonymes confrontés à des manques qui consument du dedans et à ce fichu monde qui fait très mal. Parmi elles, Animal Love, récit d’amours chiennes à la première personne, qui impressionne rudement les mirettes et l’esprit. Salutaire, et plus si affinités."


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