Dernière partie de notre journal en direct de Deauville avec de la star, du Brian de Palma absent, des frangins poilants, du John Cusack flippé, des gâteaux drogués, du Grand Prix roublard (et un peu de potins).
Le verdict est tombé dimanche soir : le jury de la 33ème édition du festival de Deauville présidé par André Téchiné a décidé de décerner le Grand prix à
The Dead Girl, second long métrage de la réalisatrice Karen Moncrieff qui nous avait déjà considérablement ennuyés avec son premier
Blue Car (film heureusement inédit en France et présenté en compet il y a quelques années au festival de Deauville, dans lequel une demoiselle découvrait sur le mode gnangnan les joies du sexe en compagnie de son professeur de Français). Mais qui, ô grand bonheur, a entre temps réalisé quelques épisodes de la plus belle série télé au monde : Six Feet Under. Pas de doute qu’elle a eu le temps de performer son style. L’histoire ressemble pourtant à un assemblement des pires moments Inarrituesques sur le ton démago de Paul Haggis. Un matin, une femme bridée par sa maman possessive tombe sur le cadavre d’une demoiselle. A partir de cet événement, le film juxtapose les points de vue de différents personnages qui ont plus ou moins un lien avec la défunte. Les ficelles de la chronique polyphonique où tous les acteurs y vont de leurs petites performances sont déployées avec autant de savoir-faire que d’opportunisme. Comme si la réalisatrice confondait cinéma et série HBO (ce qui n’est pas déshonorant, loin de là). Le résultat est extrêmement fabriqué et certains portraits auraient mérité d’être approfondis pour nous toucher plus efficacement. Malgré l’excellente interprétation d’ensemble, une petite déception donc pour ce petit film roublard qui n’en reste pas moins l’un des machins les plus fréquentables d’une compétition qui n’a cessé de décevoir (pas de grande révélation à se mettre sous la dent).

Auparavant, le festivalier aura eu le temps de découvrir les restes du cinéma de Hal Hartley dans une fiction dispensable (
Fat Grim, avec Parker Posey), confirmant que le génial réalisateur de
Trust et
Amateur emprunte une pente déclinante depuis
Henry Fool. Tout ça, c’est triste mais hors compet. Pour la compétition, en revanche, on a
Never Forever, de Gina Kim, histoire d’une femme bourgeoise mal mariée qui n’arrive pas à avoir d’enfant avec son compagnon et décide de s’offrir un beau Coréen clandestin pour qu’il la mette en cloque. Un synopsis qui en apparence donne envie de succomber à de délicieuses étreintes. Si l’ensemble possède une franche sincérité et possède quelques jolies scènes érotiques, il repose essentiellement sur les épaules de son actrice Vera Farmiga (très jolis yeux bleus) et n’en finit plus de finir, avec une conclusion ouverte et un regard blême qui plonge dans celui du spectateur. Le problème, bien que la vraisemblance ne soit pas le souci premier du mélodrame, c’est que la réalisatrice ne sorte jamais vraiment des conventions et lorgne un chouia trop souvent du côté d’un Wong Kar-Wai (avec une Vera qui sourit et pleure comme une Nicole Kidman excitée). Rien de grave donc, juste quelques belles scènes à base d’amour compliqué (est-ce possible d’aimer quelqu'un alors qu’on est déjà en couple ?) et pas grand-chose de mémorable. Le jury était tellement en berne qu’il lui a décerné un accessit (prix du Jury). Les plus aventureux sont allés voir 1408, de Mikael Hafstrom, une production fantastique adapté d'un roman de Stephen King, qui commence sur de bons rails et s’emmêle les pinceaux horrifiques. Dans le rôle principal, cerise sur le gâteau : John Cusack, un acteur de talent qui nous ferait gober n’importe quoi.