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GRACEAvec
Grace, Paul Solet raconte la dérive névrotique d’une femme qui doit supporter l’absence d’un mari disparu trop tôt et les exigences très étranges d’un bébé prématurément né à six mois. La bonne nouvelle, c’est que ce film n’est pas un objet poseur de petit malin nourri de références horrifiques post-90 mais bien une expérience organique et angoissante. La première heure est si tendue qu’elle révèle chez le jeune cinéaste une capacité sidérante à distiller le malaise. La rigueur de l’écriture et l’atmosphère claustrophobe jouant sur la manière dont les personnages évoluent dans des espaces familiers fonctionnent comme des atouts. Ce qui est très troublant, c’est que le personnage principal conserve des réactions humaines comme l’instinct de préservation (accentué par des images d’animaux montées en parallèle) et agit uniquement pour protéger son enfant (c’est la seule chose qui lui reste au monde). Si au départ, on pense à du David Cronenberg revisité par Andrew Parkinson, on s’aventure plus vers une descente aux enfers comme Roman Polanski savait en proposer dans les années 70 (Solet ayant manifestement été marqué par
Répulsion). On a surtout l’impression de tomber sur une révélation comme Frank Hennenlotter en son temps. S’il continue à développer la sensibilité féminine qu’il cache sous ses tatouages fièrement affichés, Solet ira loin.
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THIRST, CECI EST MON SANGAvec
Thirst, ceci est mon sang, présenté par son auteur comme un «mélodrame érotico-gore tragique et déprimant», Park Chan-Wook raconte sur plus de deux heures le calvaire d'un prêtre qui, après une expérience, se transforme en vampire et sombre dans la dépravation avant d'être récupéré par une femme rédemptrice, ou peut-être démoniaque. Connaissant la capacité du réalisateur sud-coréen à inventer de nouvelles formes, on pouvait s’attendre au minimum syndical : une révolution des codes du film de vampires. En réalité, le résultat tient plus du patchwork de cinéphile destroy où, un peu à la manière de Quentin Tarantino, PCW a isolé toutes les scènes bizarres de ses films cultes, pas nécessairement des films de vampires. En les assemblant, il a essayé de proposer une alliance à la fois sophistiquée et dégénérée. La dernière partie du récit prend des allures de cauchemar éveillé et d’errance mentale, moins par souci de psychologie que de paraître singulier. Des plans entiers sont intégralement pompés du Locataire et du Couteau dans l’eau, de Roman Polanski (la noyade, le cauchemar familial) et surtout de
Possession, de Andrzej Zulawski (le couple vampire ressemble aux doubles exsangues d’Isabelle Adjani et de Sam Neill). Le climax reprend une image marquante de
Aux frontières de l'aube. La bonne surprise réside dans les scènes de sexe, les étreintes sensuelles entre l’homme vampire et la femme bafouée par sa famille, taraudée par des pulsions morbides. Lorsqu'il montre l’union de deux solitudes paradoxales et pose les questions inhérentes à une telle altérité morale et physique (la religion et le vampirisme), PCW révèle plus une sensibilité de cinéaste que de petit malin.
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DEATH BELLLes vingt meilleurs élèves d’une école privée sont réunis un samedi afin d’assister à un cours magistral. Au milieu de la leçon, une télévision s’allume et montre une des élèves enfermée dans un grand aquarium où l’eau monte peu à peu. Une voix inconnue leur explique qu’ils vont devoir passer un nouvel examen avec une règle simple : à chaque mauvaise réponse, un des leurs mourra... Gros succès au box-office coréen,
Death Bell a tous les atours d'un thriller mathématique. Chang utilise le prétexte du film de genre pour fustiger la rigidité du système scolaire et l'obsession de la réussite sociale. Les professeurs qui simulent la sagesse ne valent pas mieux. L'ensemble est séduisant mais ne tient pas sur la durée. En empruntant l'idée du décompte mortel comme dans un jeu vidéo et la musique classique pontifiante au
Battle Royale (Kinji Fukasaku, 2000), il rappelle que la dépression identitaire ne touche pas que les étudiants japonais. Les défauts de mise en scène, inhérents aux premiers longs métrages qui veulent étaler un certain savoir-faire, sont aisément compensés par une énergie évoquant le cinéma de Sogo Ishii dans les années 70.
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LA NYMPHE (COUP DE CŒUR)
La première scène est un plan-séquence d’une beauté inouïe. La caméra plonge dans la jungle des maladies tropicales chères à Apichatpong Weerasethakul et capte de loin le viol d’une fille par deux hommes. Le plan continue et révèle que les rapports de force se sont inversés (les deux violeurs flottent morts, dans la rivière). Un miracle divin ? Une manifestation secrète de la nature ? On ne sait pas. La victime, elle, a disparu. Plan suivant : le spectateur pénètre dans une nouvelle sphère floue, celle d’un couple a priori accordé avec l’existence mais dont l’amour s’est étiolé dans la monotonie. Lorsque l’homme propose à la femme de partir en reportage sur la faune et la flore dans la jungle, ils vont vivre un cauchemar à la faveur perverse d’un coup du destin qui se transformera en exorcisme. Au bout du périple, la femme qui a cocufié son époux avec son patron va se rendre compte du lien amoureux sacré qui les unit. Le cinéaste Pen-ek Ratanaruang qui avait atteint un sommet avec son précédent long-métrage,
Ploy, opère la fusion du cinéma moderne et du cinéma de genre par l’immersion du fantastique et de l’horreur au sein de questionnements existentiels d’une fiction de couple. Ici, il utilise son talent d’invocation de toutes les invisibilités, comme si le réel fourmillait de matière ectoplasmique, pour scruter la lente réconciliation d’un homme et d’une femme qui s’aiment mais vivent sur deux planètes différentes (elle est urbaine, il est artiste). Après une bonne heure d’errance entre effroi et néant, le récit quitte la piste du
Blair Witch Project pour revenir en ville et montrer les efforts pour reconsolider le lien défait. Et c’est très beau.