La neuvième édition du NIFFF s’est terminée hier en proposant une sélection de films enthousiasmante, même s’il n’y a pas eu de découverte majeure comme
Morse, de Tomas Alfredson l’an passé. Cette année, le jury composé des réalisateurs Bong Joon-ho et Joko Anwar, du scénariste Gerard Soeteman, du journaliste François Angelier et de la chanteuse Erika Stucky a récompensé
Fish Story, de Yoshihiro Nakamura en lui décernant le Narcisse du meilleur film. Très plébiscité par les festivaliers, cette bizarrerie nippone a également eu le prix de la jeunesse.
Infestation, de Kyle Rankin, a quant à lui été distingué par une mention spéciale. Détail important : le Méliès d’argent du meilleur long-métrage européen a été décerné à Pieter Van Hees pour son remarquable
Left Bank. Ce cinéaste belge a été la grande révélation de ce festival en proposant une plongée anxiogène dans le sillage des premiers Polanski et des inquiétantes étrangetés de Lynch. Il a également écopé du prix "Mad Movies" du film le plus mad de la sélection; celui du public a été décerné à
Connected, de Benny Chan – qui n’était pas en compétition internationale et on se demande encore pourquoi tant il aurait pu tout rafler. Lars Von Trier avec
Antichrist n’a suscité qu’une indifférence polie, glanant gentiment un prix Titra Film, histoire qu'il soigne au plus vite sa dépression et revienne en grande forme. Ne dit-on pas que les films majeurs ne font pas l’unanimité? Bilan.
Le panel critique :
Romain Le Vern (DVDrama)
Rurik Salle (Mad Movies / Hard Rock magazine)
Cyril Despontin (ZoneBis / Directeur Etrange festival de Lyon)
Alexandre Poncet (Mad Movies)
ANTICHRIST, de Lars Von Trier
Après la perte accidentelle de leur enfant, un thérapeute (Willem Dafoe) emmène sa femme (Charlotte Gainsbourg) dans un chalet perdu en forêt, pour tenter de conjurer leur chagrin. Ne maîtrisant plus sa femme inconsolable, il rejette toute la culpabilité de son échec sur elle. Dans Antichrist, la nature devient l’église de Satan, les femmes deviennent des sorcières sous le regard impuissant des hommes et les animaux annoncent que le chaos règne. Le climat anxiogène et la lenteur hallucinée suspendent le temps pour comprendre comment nous en sommes arrivés là. Le problème du couple, c’est qu’il remonte le temps bien avant le traumatisme et leur tristesse est tellement intense qu’elle réveille des mythes ancestraux. Au sommet de ses expérimentations formelles, Lars Von Trier part d’un argument de film d’horreur mélodramatique (un couple se décime dans les bois après avoir vécu l’impossible) pour en tirer une histoire d’amour gothique et romantique. Exterminé au dernier festival de Cannes, il connaît le même parcours – artistique et critique – que Edvard Munch en son temps. Sa force, c’est également de proposer une représentation de l’invisible et de la subjectivité au cinéma. Par exemple, tous les animaux (une biche, un renard, un corbeau) sont perçus par l’homme et lui seul, pour suggérer qu’il est contaminé par la folie. Un faux flash-back situé vers la fin montre qu’il se convainc tout seul que sa femme a vu leur enfant se jeter par la fenêtre. On peut y trouver toutes les interprétations du monde.
BARBE BLEUE, de Catherine Breillat
Catherine Breillat, qui n’a jamais été passionnée par le cinéma de genre, a réalisé avec Barbe Bleue, une fiction unitaire de 90 minutes pour Arte, qui prend les atours d’une adaptation très libre du célèbre conte de Charles Perrault. Elle le raconte en utilisant le point de vue de deux fillettes des années 50 et la reconstitution historique résulte en réalité de leur esprit. Cette séance de torture psychologique est une amusante réflexion sur l’imagination et l’art du mensonge (comment il déforme la réalité et la contamine). Pour ceux qui connaissent bien le cinéma de Breillat, c’est un prolongement thématique de ses précédents longs métrages où les fantasmes étaient déjà hantés par des démons salvateurs (une icône Fellinienne dans Une vraie jeune fille, un tueur en série dans A ma sœur!). Les autres regarderont ça avec l’impression de revivre un visionnage de Perceval le gallois, d’Eric Rohmer, sur un magnétoscope au collège.
FISH STORY, de Yoshihiro Nakamura
2012, cinq heures avant la destruction de la Terre par une comète. La population nippone s’est abritée. Il reste un homme seul dans les rues qui trouve un magasin de disques encore ouvert et tombe sur deux inconscients, qui discutent du groupe punk Gekirin et de leur morceau culte Fish Story. Peu soucieux du danger, le patron de la boutique est persuadé que cette chanson peut sauver le monde et explique pourquoi à travers des flashbacks, retraçant la création et les conséquences incroyables de ce titre. C’est le coup de cœur du festival qui a recueilli toutes les faveurs (jury, public, critique) et ce n’est pas si étonnant: ce nouveau long métrage de Nakamura peut amuser par son argument (le monde peut être sauvé par un groupe pseudo-punk oublié des années 70 responsable d’un tube) et plaide pour la pagaille dans un schéma narratif pour émerveiller, faire rire et émouvoir. C’est du cinéma moins barré que fédérateur qui a tout pour séduire et qui parle aussi bien du punk que Richard Curtis du rock dans Good Morning England. Vous êtes prévenus.