Août est incontestablement le mois le plus tranquille de l’année pour se shooter à toutes sortes de films. Onze pelloches en une semaine ! C’est moins qu’en période cannoise, mais plus qu’en période fœtus (vu qu’il n’y a pas de place pour un écran 16/9 dans le ventre de sa mère !).
Les festivités ont donc commencé le 1er août avec
Paranoïac, fleuron méconnu du film de genre anglais des sixties, disponible en DVD zone 1 dans un magnifique coffret Hammer (
The Hammer Horror Séries) avec beaucoup de films (huit) pour pas cher (moins de vingt euros le coffret sur le Net). Sorti dans nos contrées pré-Sarkoziennes le 8 janvier 1964, ce thriller réalisé dans un noir et blanc somptueux par le grand chef op’ Freddie Francis a absurdement bénéficié d’une critique désastreuse dans
La Saison cinématographique 1964 : "
Mise en scène plate et souvent statique… climat d’angoisse et de démence jamais atteint… trop d’effets faciles soulignés par une musique expressionniste…". Alors qu’en fait c’est tout le contraire : la mise en scène est beaucoup moins plate que la poitrine de Jane Birkin, le climat de démence et d’angoisse est totalement atteint et la musique d’Elisabeth Lutyens porte admirablement l’ambiance presque gothique de ce faux film fantastique où des bourges décadents le deviennent encore plus lorsqu’un membre de leur famille revient alors qu’on le croyait décédé. Le script diabolique de Jimmy Sangster (scénariste génial affilié à la Hammer Film) est rendu encore plus tordu par l’interprétation démentielle d’Oliver Reed dans la peau tannée d’un alcoolo dingo qui veut faire passer sa soeur pour folle afin de s’accaparer un héritage. Un rôle qui laisse un goût amer (Hammer ?) dans la bouche des fans de l’acteur, lorsqu’on sait que celui-ci était réellement porté sur les boissons sans eau, à tel point qu’il en creva sur le tournage du
Gladiator de Ridley Scott.
Reçu en avant-première, le DVD de
Good Night & Good Luck de George Clooney (édité par Metropolitan) confirme que le comédien bellâtre est un réalisateur très appliqué mais qui a du mal - comme dans son premier long
Confessions d’un homme dangereux – à accrocher le spectateur de bout en bout. On suit donc d’un oeil plus didactique que passionné cette histoire (véridique) d’un présentateur télé des fifties qui contribua à faire tomber l’horrible sénateur Joseph Mc Carthy, à l’origine de la chasse aux sorcières anti-communiste qui traumatisa le tout Hollywood. Mais le noir et blanc malin (qui permet de caser de véritables documents d’époque) et l’interprétation géniale de David Strathairn (qui semble vraiment sorti de l’Amérique baby boom-esque) n’empêche pas le film de diffuser dans l’atmosphère un ennui poli.