Depuis son invention, fin 19ème par Graham Bell, le téléphone s’est rendu indispensable. De nos jours à l’heure du portable, il est devenu une arme redoutable, dépassant sa simple utilisation de connexion entre les gens, il peut désormais photographier, aller sur le net ou servir de mouchard. Au cinéma il peut permettre au scénariste de combler des lacunes dramaturgiques permettant ainsi de créer des postulats de départ sans quoi la vraisemblance serait anéantie (les films d’horreur avec le « oh zut ça capte pas ou oh zut j’ai plus de batterie en rase campagne ») ou carrément devenir un personnage à part entière permettant la liaison entre les personnages principaux (
Cellular ;
Girl 6). Décryptage de l’utilisation du téléphone à travers vingt séquences d’anthologie au cinéma ou comment un objet familier se retrouve dans la majorité des films sans que personne ne se soucie de son importance permettant ainsi aux scénaristes et réalisateurs de créer des moments soit hilarants soit anxiogènes et aux acteurs de composer des prestations hallucinantes, seuls face à leur combiné.
Retrouvez le blog de jp33 en cliquant ici. 1 - Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? (Robert Aldrich ; 1962)
Dans cette scène mémorable, on attend que Blanche (Joan Crawford) puisse téléphoner à son docteur pour le prévenir des mauvais traitements que lui inflige sa sœur Jane. Ici Jane étant sortie faire une course, Blanche est obligée de se faire glisser dans les escaliers pour attraper le combiné qui apparaît salvateur. Enfin elle y arrive, obtient le docteur au bout du fil mais pas de chance, Jane est en route pour la maison. Dans un montage alterné entre Jane en voiture et Blanche au téléphone, Aldrich crée l’un des meilleurs climax du cinéma. A chaque vision (bientôt la vingtième) on espère qu’elle finisse son appel à temps sans que Jane ne s’en aperçoive mais à chaque fois on se fait avoir en se disant « mais attends, je l’ai déjà vu et là c’est là scène où l’appel ne pourra être finalisé » ! Jane étant rentrée trop tôt, elle découvre sa sœur en conversation avec le docteur et lui flanche une correction mémorable. L’une des meilleures séquences de téléphone au monde, construisant son suspense autour de cet objet tout d’abord supprimé de la chambre de Blanche puis enfin retrouvé en rampant dans les escaliers pour enfin appeler de l’aide. En vain !

Dans la même veine on pense fortement à énormément de films à suspense qui ont utilisé le téléphone comme un rebondissement mais en particulier à
Misery. L’écrivain séquestré Paul Sheldon (grandiose James Caan) arrive enfin, lorsque la diabolique infirmière Annie Wilkes (
Kathy Bates tout simplement ahurissante) est sortie, à se hisser hors de sa prison de chambre et atteint péniblement en chaise roulante le téléphone dans le salon. Ouf, sauvé. Wrong answer ! Le téléphone n’est juste qu’une reproduction de téléphone montrant à quel point cette femme n’aucun lien social avec l’extérieur. Ce rebondissement relance le film en nous questionnant sur la façon dont Paul va s’en sortir.
2 -
Scream (Wes Craven ; 1996)
L’une des séquences les plus célèbres de la trilogie de Wes Craven sur le tueur masqué qui téléphone à ses victimes avant de les décimer. Prologue : Casey (
Drew Barrymore) est seule et s’apprête à regarder un film d’horreur. Elle attend son petit ami et il fait déjà nuit. Au départ ce n’est qu’un faux numéro puis l’appel se reproduit et la conversation badine sur les films d’horreur se transforme en menaces de plus en plus angoissantes. « J’aime connaître le nom de celle que je regarde » lui dit l’étranger à l’autre bout du fil. Dès le départ, cette séquence aussi angoissante que paroxystique qui vous file une adrénaline de malade, vous fait enter dans
Scream avec fracas et effroi et non sur la pointe des pieds.
Drew Barrymore excelle en victime qui s’accroche à un téléphone qui ne l’aura nullement aidé à joindre la police. Lorsque ses parents rentrent chez eux, ils entendent leur fille mourir à l’autre bout du fil via un second combiné rendant sa mort encore plus atroce et donnant au film sa séquence la plus flippante. Dans le genre horreur un must.
3 -
Sailor et Lula (David Lynch ; 1990)
Sailor et Lula forment un jeune couple très amoureux ce qui ne plaît pas du tout à la sorcière Marietta (Diane Ladd), mère de Lula. Elle va envoyer son amant KKKK à leurs trousses puis KKKK aux trousses de Johnnie. Sachant que KKKK va tuer Sailor et Johnnie, Marietta, déjà bien frappée va péter un plomb au téléphone. Le visage barbouillé de rouge à lèvres elle s’y montre aussi monstrueuse que grotesque. Cette scène met en valeur le talent de Diane Ladd qui seule, face caméra avec le combiné en main, va montrer le côté fêlé et grotesque de cette sorcière plus dérangée que celle du Magicien d’Oz. Anthologique. Ici le téléphone n’a pas une grande importance mais permet juste à l’actrice d’avoir sa scène culte. Et quelle scène !