Depuis
Memories of Murder, lauréat du grand prix du Festival de Cognac en 2004, Bong Joon-Ho s'est imposé comme l'une des figures montantes du cinéma coréen. Quelques semaines après sa sortie en Corée du Sud,
The Host était devenu le plus gros succès de tous les temps en attirant plus de 12 millions de spectateurs enthousiastes. Chouchou des critiques et du public, le cinéma de Bong Joon-ho explore sous des dehors de décontraction un regard peu optimiste sur la société.

Un petit détour par le parcours de Bong Joon-Ho peut s'avérer utile afin de mieux cerner sa personnalité de cinéaste. Né en 1969, Bong ne se destine pas immédiatement au métier de réalisateur, ce qui ne l'empêche pas de développer une cinéphilie durant son adolescence, au cours de laquelle il s'émerveille devant le cinéma de genre américain. Cependant, lorsqu'il s'inscrit quelques années plus tard au club de cinéma du campus de l'Université de Yonsei, où il suit des études de sociologie, le futur réalisateur se détache quelque peu du cinéma hollywoodien pour se passionner davantage pour le cinéma d'auteur, notamment pour les œuvres de Hou Hsiao-Hsien, Edward Yang ou encore Shohei Imamura. Après avoir obtenu son diplôme de sciences sociales et tourné quelques courts en 16mm, Bong s'inscrit à la Korean Academy of Film Arts où il suit un cursus à l'issue duquel il est déjà l'auteur de plusieurs courts tels que
White Man (1993),
Memory within the frame (1994) et surtout
Incoherence (1995). Comédie noire et satirique prenant pour cible les intellectuels, ce dernier lui vaut d'ailleurs d'être invité aux festivals de Vancouver et de Hong Kong. Avant de réaliser son premier long métrage en 2000, Bong Joon-Ho intègre les équipes respectives de plusieurs projets, à commencer par
Mortel Cactus (1997), dont il est à la fois assistant réalisateur et scénariste. Pour l'écriture de
Mortel Cactus, Bong collabore avec son ami Jang Jun-Hwan, futur réalisateur de
Save the Green Planet. Les deux anciens élèves du Korean Academy of Film Arts se retrouvent deux ans plus tard à l'écriture du scénario de
Phantom : The Submarine (1999), puissant et angoissant huis clos sous-marin mis en scène par Min Byung-Chun. Poursuivant sa carrière de scénariste, comme en témoigne l'oppressant
Antarctic Journal (2005, avec Song Kang-Ho), Bong Joon-Ho a réalisé depuis l'année 2000 trois longs métrages:
Barking Dogs Never Bite (2000),
Memories of Murder et
The Host (actuellement sur les écrans).
A travers ce début de carrière pour le moins prometteur se dessine déjà une personnalité atypique, celle d'un cinéaste flirtant constamment avec le cinéma de genre pour dépeindre la société coréenne moderne sous un jour peu flatteur. S'il paraît difficile de porter une réelle analyse sur la base de trois seuls films – les films dont Bong a écrit le scénario n'ayant pas grand-chose à voir avec ceux qu'il a réalisés –, les trois longs métrages permettent d'ores et déjà d'effectuer quelques rapprochements. Action, personnages, lieux ou encore concepts de scènes, le cinéma de Bong Joon-Ho révèle déjà quelques éléments récurrents qu'il est intéressant de relever.