La Corée du sud est devenue pour le cinéma asiatique depuis une dizaine d’années, une sorte de terre d’élection où s’épanouissent nombre des espoirs du cinéma de demain. Ainsi, au sud du trente huitième parallèle a-t-on vu prospérer et s’exporter nombre de nouveaux talents, qui pour la plupart ont tous gagné très vite une visibilité internationale. C’est le cas d’Im Sang Soo, d’Hong Sang-Soo ou du grand Park Chan-Wook. Mais derrière ces noms qui ne cessent de gagner en audience, un autre s’impose à sa manière, celui de Bong Joon-Ho. Il présentait
Mother, son nouveau film, au dernier Festival de Cannes, au sein de la sélection "Un cerain regard".
Surprenant, inattendu et sans cesse là où l’attend le moins, notre homme prend en effet un malin plaisir à dérouter et expérimenter des voies toujours nouvelles. Ainsi, passera-t-il de
Barking dog never bite au policier avec
Memories of murder avant de goûter plus tard au film de monstre avec The Host pour mieux s’essayer par la suite à la comédie d’anticipation à vocation sociologique avec
Shaking Tokyo, son segment dans le triptyque formant Tokyo !. En cela,
Mother, son prochain film ou
Le Transperceneige, son adaptation d’une bande-dessinée française produite par Park Chan-Wook, appelle à l’impatience et semblent nous réserver de nouvelles surprises. L’heure semblait donc venue de jeter sur notre homme, un regard plus nourri.
De la sociologie au cinéma : de la raison à la passionEtudiant en sociologie à l’Université privée Yonsei de Séoul aux débuts des années 1990, Bong Joon-Ho s’intéresse en parallèle au cinéma et fréquente assidument le ciné-club local. Mais bien vite, le fils de designer qu’il est, ressent l’envie de consacrer plus de temps encore à cette passion dévorante. Ainsi, une fois son diplôme de maîtrise en poche, celui qui vit le jour le 14 septembre 1969 à Séoul s’oriente bien vite vers la Korean Academy of Film Arts et s’y épanouit pleinement deux années durant. A tel point que
White people, son premier court métrage réalisé en 16mm durant sa scolarité, lui vaudra d’emblée une récompense au Shin-young Youth Movie Festival en 1995 avant que
Memory in the Frame et
Incoherence, son film de fin d’étude ne lui apportent plus encore. En effet, alors même que Bong Joon-Ho achève ses études, ce dernier métrage n’hésitant pas à critiquer férocement la société coréenne de son temps, va être sélectionné et projeté dans deux festivals internationaux à Hong-Kong et surtout à Vancouver.
Auréolé d’une réputation flatteuse alors même que sa carrière en l’état n’a pas encore commencé, notre apprenti-cinéaste va ainsi écrire et faire ses gammes en tant qu’assistant réalisateur. Jusqu’à pouvoir quatre ans plus tard tourner son premier long-métrage en 35mm,
Barking Dog Never Bite. Narrant l’histoire de Yun-Ju, un professeur qui perd la tête, cette première expérience au long cours lui apportera une reconnaissance professionnelle utile et servira à lui ouvrir d’autres portes. En effet, avec ce film, Bong Joon-Ho va contenter énormément les responsables de l’industrie locale et se voir offrir la possibilité de tourner un film qui va avoir une aura internationale aussi méritée qu’inattendue :
Memories of murder.