2.
LA GRANDE VADROUILLE - 17 270 162 entrées
Lorsque Gérard Oury sort son film en 1966, il ne prend pas beaucoup de risques. Le duo
Louis de Funès/Bourvil tient déjà une place importante dans le coeur du public, venu en (plus petite) masse les applaudir deux ans auparavant dans le célèbre road movie
Le Corniaud>. Mais ici, le réalisateur voit encore plus grand. Si dans leur précédente aventure, les deux comédiens n'avaient que peu de scènes en commun, désormais ils ne se quitteront plus. Cette grande vadrouille, ils la feront à deux, côte à côte, et non plus l'un à la poursuite de l'autre. L'action du film se déroule en 1942 et démarre sur l'image d'un avion anglais abattu par les Allemands, au-dessus de Paris. Les trois pilotes réussissent néanmoins à s'en sortir, et sautent en parachute. Ils atterrissent alors chacun à un endroit différent de la capitale, où ils vont rencontrer deux Français, un chef d'orchestre et un peintre en bâtiment, qui décident de les aider à franchir la zone libre, devenant ainsi, et malgré eux, héros de la résistance.
La grande vadrouille laisse une marque importante dans l'Histoire de la Comédie. Les deux acteurs principaux s'opposent littéralement de bout en bout pour notre plus grand bonheur. Tout d'abord, l'un est grand, l'autre plus petit. Ainsi, Oury joue sur ces traits lors d'une scène mythique où nos deux héros doivent revêtir l'uniforme allemand. Bourvil hérite alors d'un casque qu'il ne peut enfiler, pendant que de Funès flotte dans le sien. Ici, le réalisateur propose alors un humour visuel simple mais efficace, rappelant celui de Laurel et Hardy de l'Entre-deux-guerres. Chaque gag est précis et d'une rare efficacité. Les répliques cultes fusent, les situations aussi, comme celles où de Funès exige d'échanger ses chaussures, puis son vélo, contre ceux de Bourvil (maintes fois imitée et parodiée). Oury n'épargne pas ses personnages. Qu'ils soient dans un chariot, sur une route de campagne, dans un hammam, ou dans un lit, tout est réuni pour les opposer au maximum et faire ainsi ressortir leurs différents caractères : c'est là toute la force de ce film, de nous faire rire ainsi, malgré son contexte aussi grave et triste. Outre son incroyable succès, ce film est l'un des premiers en France à oser parler de la Guerre et de l'Occupation avec humour. Bien entendu, suivront un certains nombre de comédies franchouillardes sur le même thème, de l'incontournable trilogie consacrée à
La Septième Compagnie, en passant par
Le jour de gloire, ou bien encore
Opération Lady Marlène avec
Michel Serrault et Bernard Menez ! Mais aucune ne réussira à surpasser l'illustre maître, chef d'oeuvre absolu au coeur de notre patrimoine cinématographique. Précisons néanmoins que le fameux score atteint par ce film fut obtenu en deux temps. En effet,
La Grande Vadrouille eut droit à une ressortie nationale, quelques mois après une première exploitation en salle, lui permettant ainsi de battre tous les records. Hautement mérité pour cette comédie définitivement irrésistible, dont certains devraient tenter de s'inspirer aujourd'hui pour relever un niveau tristement bas.
1.
BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS - 20 328 052 entrées
Si de nombreux succès demeurent prévisibles, d'autres génèrent la surprise la plus totale. Ainsi, qui aurait pu prédire un tel triomphe au film de Dany Boon, raflant tout sur son passage, l'année même où le jeune Thomas Langmann nous offre le film français le plus cher de toute l'Histoire du cinéma ? Finalement, Boon lui doit beaucoup. Matraqué par une publicité écrasante et certainement déçu par un résultat définitivement affligeant, le public se rabat donc quelques semaines plus tard sur une toute petite comédie "à la française", d'apparence anodine, un véritable hommage au « cinéma de papa ». Le Ch'ti réalisateur surfe involontairement sur la vague
Kad Mérad, à peine auréolé d'un César, et rend un vibrant hommage à sa région natale. Pourtant, le film ne brille pas par son originalité et nous ressert un banal conflit de cultures diamétralement opposées, entre le Nord et le Sud, à l'image de
La vérité si je mens ! (un Arabe chez les Juifs) ou du film de
Jean-Marie Poiré Les Visiteurs. Mais le public aime, et la « Ch'ti mania » envahit le France puis le Monde, deux remakes, un américain, l'autre italien, étant d'ores et déjà prévus. Une telle exploitation commence cependant à en lasser plus d'un. Le phénomène n'est d'ailleurs pas nouveau. Nous nous souvenons de
Les Visiteurs, de son acteur principal
Christian Clavier, et de ses fameux « tics » qui le poursuivront longtemps par la suite dans diverses productions (cinématographiques ou théâtrales), au point de lui faire perdre le statut de comique numéro 1 pour finalement acquérir celui du plus mauvais. A tort. Boon souffrira-t-il du même symptôme ? Ses « biloutes » et autres « heiiiin » le forceront-ils à varier ses choix de films afin de ne pas perdre son public ou, au contraire, s'enfermera-t-il dans un style précis, à l'instar de nombreux humoristes ? L'avenir nous le dira. En attendant,
Bienvenue chez les Ch'tis paraît aujourd'hui même en DVD, Blu-Ray mais aussi VHS, poursuivant ainsi sa révolution, à l'image, une fois encore, de
Les Visiteurs, responsable de l'avancée de l'exploitation des films en vidéos. En effet, le film de Poiré fut édité six mois après sa présentation en salles, alors que la loi stipulait à l'époque une période d'un an. Merci qui ?
Gilles Botineau