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Cadres Legendaires : La Death Valley Et Zabriskie Point [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 31 octobre 2008 à 12h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h11 - 0 commentaire(s)
Le paysage irréel de la Vallée de la mort est mythique au cinéma. Mais à l'inverse de Monument Valley, il dégage une sensation inquiétante. Le désert est blanc, un immense lac de sel cerné de roches noires qui sont les seules à délimiter l'horizon, des rares routes en ligne droite, peu fréquentées. Pas âme qui vive aussi loin que porte le regard. Juste la chaleur, parfois un réservoir d'eau pour rafraîchir le radiateur des voitures, et une infinité de nuances sur les rochers de la blancheur aveuglante à l'ocre jusqu'au noir volcanique de la « Vue de Dante ». Un endroit porte d'ailleurs le nom de « palette du peintre » pour souligner son aspect étrange, hautement pictural et symbolique.



La Vallée de la mort a été souvent représentée au cinéma. Souvent utilisée dans les westerns pour sa désolation et la dramaturgie naturelle qui se dégage de son décor hostile lorsque les hommes s'y aventurent. Une série télévisée en porta le nom. Spartacus de Kubrick se servait de ce décor rude et désolé pour dépeindre l'horrible esclavage du héros au début du film. On peut citer le merveilleux western réalisé par Marlon Brando La Vengeance aux deux visages, dont quelques scènes se déroulent là, jusqu'à quelques moments de Star Wars (dans Un Nouvel espoir et le Retour du Jedi). La « Death valley » fascine pour son caractère irréel, onirique (la scène dans le désert de The Doors d'Oliver Stone), pour les pionniers qui sont morts dans ce désert cuisant et inviolé, situé sous le niveau de la mer, et si rude que la présence humaine y est restée très discrète.

Celui qui a le mieux investi ce décor, sortant des légendes de l'ouest et en faisant un élément de son film à part entière, fut Michelangelo Antonioni pour sa seule incursion américaine dans Zabriskie Point (sortie en DVD le 3 décembre), du nom d'un point de vue magnifique au coeur de la vallée.



Antonioni plante donc sa caméra dans l'Amérique troublée de la fin des années 60 où un vent de contestation révolutionnaire soufflait sur les campus. Le film commence dans le tumulte d'une assemblée générale, à laquelle le héros, Marc, assiste. Lassé par les débats stériles, il quitte la salle en lâchant « Je suis prêt à mourir pour la révolution, mais pas à mourir d'ennui ». Le ton est donné, même au milieu des émeutes violentes contre la police auxquelles il prend une part active (il est soupçonné du meurtre d'un policier), il apparaît déplacé et comme nié par la grande ville de Los Angeles. Ce n'est que lorsqu'il prend de la hauteur en volant un avion, qu'il peut être enfin libre, se diriger vers la Vallée de la Mort et son Zabriskie Point. Ce n'est donc pas une cavale dans laquelle il s'embarque, mais il s'émancipe des contingences, s'éloigne de l'humanité dans le ciel et vers l'endroit le plus hostile qui soit où il pourra un moment s'épanouir, dans la parenthèse d'une belle rencontre, loin de tout. La Vallée de la Mort, avant même que cela ne soit montré à l'écran de manière sensuelle et éloquente, devient symbole de liberté absolue, où les règles de la multitude n'ont plus cours.


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