Un endroit doubleLa belle Maison Blanche devient souvent trompe-l'oeil. Une facette qui s'étale dans les médias, insoupçonnable, honorable et vertueuse. L'autre est celle de l'intimité, beaucoup plus trouble.
Clint Eastwood, homme de contrastes dans le jeu et dans la mise en scène, en a fait l'expérience par deux fois. Il était le cambrioleur témoin d'un crime dans
Les Pleins pouvoirs. L'assassin n'était autre que le président (
Gene Hackman) et le combat s'annonçait inégal. En agent rongé par la culpabilité de n'avoir pas protégé Kennedy, le grand Clint était de nouveau proche de cet endroit et de ses hautes fonctions dans le film de
Wolfgang Petersen,
Dans la ligne de mire.
Mais assurément, on a jamais vu la Maison Blanche aussi méticuleusement que dans la série
The West Wing (traduite judicieusement par A la Maison Blanche), avec un président idéalisé et exemplaire,
Martin Sheen. On y voit les problèmes d'Etat, les crises diplomatiques, les cas de conscience au fil de sept saisons. Son pendant féminin, Commander in chief proposait d'étudier l'existence de
Geena Davis, première femme présidente, prise entre ses responsabilités et sa vie de famille. La recette connut moins de succès. Mais l'évolution était intéressante, davantage qu'un lieu de pouvoir et d'usages souvent assez troubles, la grande maison prenait une dimension de foyer.
Le président de
24 heures chrono, que ça soit le charismatique David Palmer ou ses successeurs beaucoup plus controversés, n'allaient connaître de cet endroit que ces cellules de crise, avec téléconférences tendues et conciliabules dans les coins sombres. Le scénario jouait habilement de la contradiction en opposant à ces agissements, une façade se devant d'être insoupçonnable.
Cette dichotomie, cette dimension double de la Maison Blanche a d'ailleurs souvent servi d'argument aux films qui s'y déroulèrent. Elle permet d'appréhender le pouvoir dans toutes ses nuances, des plus idéalisées aux plus obscures. Cette demeure est avant tout celle des contrastes et souvent des contradictions entre l'illusion et la réalité. Cette problématique est idéale pour que le septième art l'investisse, tant il joue également sur le pouvoir des images et des faux-semblants.