La manière dont Redford filme la pêche, comme un chorégraphie envoûtante et apaisante dit tout de la fonction de la nature pour lui. D'un coup, plus rien n'a d'importance. On entend le bruit de l'eau, des arpèges de pianos qui éveillent la mémoire de gestes disparus et on retrouve l'immuable, le cadre qui ne change pas, le refuge de l'enfance. C'est ainsi que les personnages se ressourcent un moment, que la tragédie connaît quelque répit dans cet auguste panorama. C'est ainsi également que le frère de la fiancée de Norman, un baratineur, est ridiculisé par un coup de soleil. C'est le lieu de la vérité profonde où les faux semblants n'ont plus cours. Même lorsqu'on lit une lettre d'amour, ce sont les arbres qu'on voit, les rayons de lumière perçant les nuages pour baigner le paysage d'une lueur apaisante et irréelle, à la hauteur du sentiment.

Certes le Montana a servi d'autres oeuvres cinématographiques comme Légendes d'automne avec le même Brad Pitt. Mais jamais autant que chez Redford, la nature n'a reflété si bien l'état d'âme des personnages, les portant en elle, comme une force originelle qui les a engendrés et réunis. Il la décrit toujours comme un paradis perdu et vierge, celui de ses héros et sans doute le nôtre également. On y retrouve l'enthousiasme des premiers temps, cette naïveté insouciante, cet émerveillement rêveur que nous avons souvent perdu en chemin ou noyé dans le cynisme.
Redford nous rappelle tout cela, grâce à la splendeur première de son merveilleux Montana. C'est ainsi que ce cadre nous émeut plus fort lorsque c'est lui qui en fait le théâtre et le coeur de ses films. Cela baigne ses histoires d'une belle nostalgie et aussi d'un certain pessimisme sur la nature humaine, qui, comme les beaux paysages, finit par se laisser corrompre. Rien ne résiste au temps ou à la fatalité. Mais lorsque les êtres disparus et le souvenir qu'ils ont laissés s'animent au milieu de grands paysages, dans le cours de cette rivière, cela donne de sacrés beaux moments de cinéma.