Cellules claustrophobes, haut-murs, tensions et miradors. La sortie d’
Un prophète de
Jacques Audiard (le 26 août), plongée brillante et dérangeante dans le monde carcéral et ses usages, rappelle à quel point ce cadre a été exploité au cinéma. De grands films continuent de s'y dérouler, comme celui évoquant l'existence de l'incontrôlable
Bronson, détenu le plus violent du Royaume-Uni, le traumatisant
Hunger ou encore la femme prisonnière de
Leonera. Cela découle de toute une tradition. Evidemment on songe à
la Grande évasion, à
l'Evadé d'Alcatraz, au plan échafaudé par
Tim Robbins dans
les Evadés, à l'enfer de
Midnight express. Derrière les barreaux se sont souvent tournés de grands films.
Thème classiqueLe vagabond Charlot, toujours du côté des marginaux et en délicatesse avec la loi et ses représentants, connaît dès 1917 l'enfermement et l'envie de s'en échapper dans
Charlot s'évade de Charles Chaplin. Par la suite le thème est régulièrement abordé (comme dans
Le Révolté de Lloyd Bacon, en 1937, avec Humphrey Bogart, se déroulant dans la prison de San Quentin). Les plus grands abordent le sujet comme John Ford avec
Je n'ai pas tué Lincoln en 1936 (l'histoire d'un homme accusé de complicité et de sa vie en prison). Jean Genêt est l'un des premiers à fonder totalement son récit sur ce lieu avec
Un chant d'amour en 1950 (où deux détenus parviennent à communiquer et à nouer une relation amoureuse). Robert Bresson fait partager le quotidien d'une prison et la progression d'une évasion dans le sublime et austère
Un condamné à mort s'est échappé en 1956. La dramaturgie passera presque toujours par cette volonté de s'échapper, la rébellion contre cet endroit qui prive de toute humanité.
Après la seconde guerre mondiale sont développés de grands films qui rendent compte de l'expérience et la vie dans les camps de prisonniers.
Billy Wilder connut un grand succès en se plaçant dans ce contexte avec
Stalag 17 en 1953. Il y impose son ton unique, mâtiné de légèreté. En 1957 sort
le Pont de la rivière Kwaï, chef d'oeuvre de
David Lean. Situé dans un camp de prisonniers dirigé par les Japonais en Thaïlande, il présente des officiers britanniques obligés de construire un pont d'une grande importance stratégique. Après un moment de résistance, ils s'exécutent avec zèle et retrouvent le moral, au service de leur ennemi. On retrouvera beaucoup plus tard ce rapport de méfiance puis de complicité, voire d'attirance entre deux personnages antagonistes dans le troublant
Furyo de Nagisa Oshima en 1983 (et la relation teintée de sadomasochisme entre David Bowie et son geôlier).
Et puis il y a ce grand morceau de bravoure (la fameuse cavale en moto à travers champ) que constitue
la Grande évasion de John Sturges avec le légendaire Steve McQueen en 1963. Rétif à toute soumission, l'américain rebelle s'essaiera à tous les stratagèmes pour échapper à son sort, organisant une évasion alambiquée en forme d'acte de résistance plein de panache et d'insolence contre les Allemands. On a rarement vu progression plus maîtrisée (l'élaboration laborieuse du tunnel est par exemple un modèle du genre). Un autre prisonnier insolent et magnifique est incarné en 1967 par
Paul Newman dans
Luke la main froide de Stuart Rosenberg. Sa malice et son insoumission têtue et presque suicidaire font songer à McQueen. On y voit les conditions de vie atroces, la promiscuité problématique entre les prisonniers et le sadisme des gardiens.
Le ton a changé, on évoque plus l'honneur des prisonniers de guerre, mais un milieu clos aux codes bien établis. Le traitement moderne des prisons au cinéma se profile. Après
la Grande évasion et son héros plein de panache, McQueen endossera le rôle d'un homme condamné à tort, plongé dans l'univers rude et violent du bagne de Cayenne, dans
Papillon de Franklin J. Shaffner, aux côtés de
Dustin Hoffman dans un impressionnant second rôle.