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Captifs - Europe de l'est et horreur : La ruée vers le gore

Par Benjamin MURIOT - publié le 23 septembre 2010 à 07h00 ,
MAJ le 24 septembre 2010 à 07h09 - 0 commentaire(s)

Il a beau avoir été tourné dans le confort (enfin, façon de parler) des forêts alsaciennes, Captifs de Yann Gozlan nous emmène avec ses malheureux héros sur une terre de mystères et fantasmes, de peur et de violence : l'Europe de l'est. Longtemps inaccessible, cette partie du monde s'est pourtant ouverte depuis la chute du régime communiste et est devenue une destination privilégiée du cinéma d'horreur, un terreau idéal pour ses expérimentations sanglantes et ses montées de sueur froide. Alors, entre considérations financières et réappropriation de vieilles angoisses, découvrez comment et pourquoi les pays slaves se sont transformés en nouvel Eldorado du cinoche qui file les chocottes.

Captifs de Yann Gozlan

 

La ruée vers le gore

 

Il ne faut pas se leurrer, c'est l'argent qui fait tourner le monde. Elles ne pesèrent alors pas lourd dans la balance les décennies de régime communiste et le 9 novembre 1989, aussitôt le Mur de Berlin mis en pièces, les pays de l'est se mirent en quête de capitaux capitalistes. Tout comme d'ailleurs les entreprises occidentales se précipitèrent sur cette manne vierge de toute exploitation. C'est dans ce contexte que de nouvelles collaborations et marchés se créèrent, au gré des opportunités de chacun, et l'industrie du cinéma n'allait évidemment pas laisser passer cette chance de produire à moindre coût, de gagner en rentabilité. D'autant que les frais de tournage ultra-compétitifs n'étaient pas le seul avantage à se rendre là-bas. Structures relativement équipées, technicien plus ou moins qualifiés, c'est presque clé en main que l'on pouvait venir réaliser son film, à la condition de s'adapter un minimum à ces survivances du cinéma soviétique de l'âge d'or. Ce qui explique sûrement pourquoi, même si la délocalisation était tentante, ce ne sont pas les grands studios qui s'engouffrèrent les premiers dans la brèche.

 

De tous les bons coups lorsqu'il s'agit d'économiser quelques billets verts, c'est en fait Charles Band et sa société Full Moon - spécialisée dans le cinéma d'horreur - qui ouvrit le bal pour de bon. Après avoir opéré pendant un temps depuis l'Italie, le producteur de Puppet Master exploite donc les ressources de la Roumanie dès le milieu des années 90 pour tourner à moindre frais de grosses séries Z aussi roublardes que kitsch, à commencer par Bloodstone : Subspecies 2 (aussi connu comme Les Créatures de la nuit 2) en 1993. Suivront d'autres chefs d'oeuvre tels Trancers 4 et 5, Hideous! réalisé par Band lui-même, Witchouse de l'inénarrable David DeCoteau et sa suite,... Il n'empêche, malgré la qualité toute relative de ces longs-métrages, ils commencent à mettre en place un système sur lequel viendra bientôt se reposer la concurrence. Et particulièrement Nu Image / Millenium Films, champion toutes catégories de la péloche fauchée pour chaînes câblées et du DTV pétaradant, qui prend ses quartiers en Bulgarie au tournant des années 2000.

 
Image Mosquitoman de Tibor Takacs


Sofia, la capitale, est ainsi régulièrement envahie par Van Damme, Lundgren et consorts tandis que ses environs - principalement des forêts passe-partout - sont infestés par les créatures les plus étranges (ou ridicules, c'est au choix) qui soient : animaux géants (L'Attaque de la pieuvre géante, Shark Attack 3, Megasnake,...) ou simplement très méchants (Rats, Requins tueurs,...), mutants au rabais (Mosquitoman, Sharkman, Morphman,...), monstres mythologiques (Kraken : le monstre des profondeurs, L'Attaque du griffon,...),... La boîte de Avi Lerner tourne à plein régime et devient progressivement capable de jouer dans la cour des grands avec des films comme Le Dahlia noir ou le récent Expendables : Unité spéciale, prouvant le bien fondé de son mode de production. Ce n'était alors qu'une question de temps avant que les autres studios, petits et grands, n'emboîtent le pas sur ces précurseurs.

Mais la délocalisation des tournages en Europe de l'est ne profite pas seulement aux producteurs étrangers et les locaux touchent aussi leur part du butin. La coproduction est en effet monnaie courante et Full Moon a, par exemple, permis à Castel Film Romania, en collaborant régulièrement avec eux, d'avoir ensuite les épaules suffisamment larges pour participer au financement de projets moins confidentiels, de Mirrors au Français Saint Ange. De son côté, Nu Image a presque immédiatement créé la société Worlwide FX pour réaliser les CGI de ses films depuis la Bulgarie. Et ce n'était que le début de leur implantation puisque depuis 2005, Avi Lerner et ses associés ont racheté les immenses studios de Boyana Film - vestige bulgare du régime communiste - qu'ils ont renommé Nu Boyana Film Studios en 2007.

 
Image A Serbian film de Srdjan Spasojevic


Cet afflux de capitaux étrangers va bien sûr être réinjecté dans la production nationale des pays concernés et bien que l'horreur n'y soit pas forcément encore très présente, on peut noter quelques tentatives qui n'ont pas manqué de traverser les frontières. Zone of the Dead du duo Milan Konjevic / Milan Todorovic, avec l'inusable Ken Foree en tête d'affiche, s'est ainsi distingué sur le marché de la vidéo au point qu'une suite est aujourd'hui en chantier. Il faut également citer le cas de A Serbian Film, qui fait actuellement sensation dans les festivals spécialisés avec son ultra-violence et sa transgression de tabous. Une démarche jusqu'au-boutiste que le réalisateur Srdjan Spasojevic a voulu pour refléter la perte d'innocence de son pays, le climat qui peut désormais y régner. Car c'est aussi un peu ça les pays de l'Est : une région du monde où s'exprime parfois la bestialité la plus crue qui soit.


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