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Carré Rose : Bruce Labruce [page 1]

Par - publié le 28 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 28 octobre 2009 à 16h38 - 0 commentaire(s)

APRES JEAN-FRANCOIS DAVY, FABRICE DU WELZ ET KARIN VIARD, C'EST AU TOUR DU REALISATEUR BRUCE LABRUCE, INVITE A "L’ETRANGE FESTIVAL" POUR PRESENTER UNE CARTE BLANCHE, DE FIGURER DANS NOTRE RUBRIQUE "CARRE ROSE", UN RENDEZ-VOUS COQUIN DANS LEQUEL DES PERSONNALITES VIENNENT REGULIEREMENT NOUS LIVRER LEUR POINT DE VUE SUR LE SUJET LE PLUS PORTEUR AU MONDE...




Né le 3 janvier 1964, Bruce LaBruce crée dans les années 80 le fanzine punk, J.D.s, avec la destinatrice et réalisatrice G.B. Jones. Influencé par Richard Kern, il signe un premier long-métrage, No skin off my ass (1991) où il incarne un coiffeur éperdu de désir pour un skinhead. Certains voient en lui le nouveau Jean Genet. LaBruce confirme la radicalité de son style dans Super 8 ½ (1995), mais c’est avec Hustler White (1996), une comédie romantique trash coréalisée avec Rick Castro, qu’il va se faire remarquer. En parodiant l’intrigue de Boulevard du crépuscule (1950) de Billy Wilder ; en rendant hommage à Andy Warhol et Kenneth Anger ; en prenant comme acteur principal Tony Ward qui rappelle Joe Dallesandro chez Paul Morrissey, il court-circuite les fantasmes de la Cité des anges. Lors de sa sortie en France, l'Union Nationale des Associations Familiales voulait le bannir des salles avant d’être sauvé in extremis par Jack Lang, alors ministre de la culture. Conscient de son pouvoir dérangeant, LaBruce tourne Skin gang (1999) pour une société de production berlinoise spécialisée dans les films X extrêmes. Entre temps, il s’adonne à la photographie avant de revenir avec The Rasperry Reich (2004), une comédie dans laquelle des terroristes sexuels se révoltent contre la culture hétéro. Il faudra attendre quatre ans pour le retrouver avec Otto; or, up with dead people (2008), un film de zombie qui mélange le fantastique et la pornographie. John Waters peut prendre sa retraite, le nouveau pape du trash, c’est lui.



« N’importe qui du milieu vous dira qu’un tournage de porno est l’endroit le moins sexy au monde. »




Quel a été votre premier choc érotique au cinéma?
Ce fut en découvrant That cold day in a park, de Robert Altman (1969) dont j’ai fait un remake avec No Skin off my ass. Je l’ai découvert à la télévision lorsque j’étais enfant – je devais avoir 11 ans – et ça m’a profondément affecté. Paradoxalement, j’ai eu mes premiers fantasmes non pas en allant au cinéma mais en lisant des comics, en particulier Spider-man et Turoc, son of stone, où deux indiens se retrouvaient prisonniers d’une grotte gigantesque dans laquelle vivaient des dinosaures et d’autres hommes des cavernes. Lors des combats, ils ne portaient pas de vêtements et je trouvais ça très excitant. Avant de réaliser No Skin off my ass, mon premier long-métrage, je me suis intéressé très tôt à la représentation du sexe à l’écran à travers des courts-métrages réalisés en super 8. J’ai grandi dans un environnement très strict, puritain, homophobe, et j’ai mis un certain temps avant de découvrir mon orientation sexuelle. Au collège ou au lycée, je n’étais pas sûr de ce que je désirais. Lorsque j’ai fréquenté le milieu punk à la fin des années 80, je me suis rendu compte qu’il était très marqué par l’homophobie. C’était même violent. J’ai été très déçu parce que je pensais pouvoir m’épanouir dans un endroit plus ouvert d’esprit et j’ai découvert l’inverse. A l’époque, j’étais très agressif dans ma représentation de l’homosexualité parce que je voulais affirmer ma singularité et désirais être le plus explicite possible. Je voulais choquer pour choquer et me venger de tous les connards homophobes que j’avais rencontrés.



Est-ce que vous vous sentiez proche du "cinéma de la transgression", de Richard Kern et de Nick Zedd?
Je n’étais peut-être pas aussi virulent qu’eux. J’étais plus dans une phase "politiquement correct", embrigadé par des féministes révoltées contre les valeurs patriarcales. A l’époque, j’avais d’ailleurs écrit des textes sans queue ni tête et quelques mois plus tard, je me suis rendu compte que je racontais n’importe quoi. Avec le mouvement du "cinéma de la transgression", je dirais qu’à ce moment-là j’étais plus dans une forme de compétitivité. Ils étaient à New York, moi à Toronto. A l’époque, je voulais faire mon intéressant. En réalité, on utilisait les mêmes techniques : on faisait tourner nos amis dans des films fauchés et on montrait du sexe explicite pour transgresser des tabous. Peut-être qu’en targuant de me battre contre les règles sociales, je me battais contre moi-même et que je voyais dans cette transgression quelque chose d’intime qui me faisait flipper.

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