Par - publié le 31 janvier 2006 à 06h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h46 - 0 commentaire(s)
Après s’être consacré à la réalisation de nombreux clips, Florent-Emilio Siri impose sa générosité, sa sensibilité, sa perspicacité avec Une minute de silence en 1998 et Nid de Guêpes en 2002, deux films très différents mais tout aussi percutants, tout aussi personnels, tout aussi novateurs et bouleversants. Son dernier film, Otage, confirme son talent. Une expérience américaine dont il est ressorti grandi, toujours aussi simple, aussi humble, fidèle à ses principes, amoureux du cinéma et désireux d’émouvoir ceux qui le suivent.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir cinéaste ?
Ce n’est pas une question que l’on se pose forcément lorsque l’on commence à faire des films et paradoxalement c’est une question que l’on me pose souvent. En fait, mon père était mineur et j’ai grandi au cœur d’une cité industrielle dans le Nord Est de la France. Il y avait beaucoup d’enfants, j’inventais régulièrement des jeux pour les autres et je me faisais payer en petites voitures. Je leur racontais des histoires que j’imaginais de toutes pièces et, peu à peu, je me suis mis à écrire des textes, notamment le scénario d’une bande dessinée qui a été, à l’époque, publiée dans le journal local. L’histoire d’un homme ayant des supers pouvoirs, un genre de Superman. J’écrivais également des poèmes et j'ai, parallèlement, découvert le cinéma via Les dossiers de l’écran, que je n’avais pas le droit de regarder, car c’était une émission qui était diffusée après 20H30. Je me relevais donc discrètement, j’entrouvrais la porte du salon doucement et je regardais les films dans l’entrebâillement de la porte. Des films que je n’aurais jamais dû voir et, du coup, l’interdiction attisait l’envie que j’avais de découvrir ces films, engendrait une sorte de fascination.



Quels furent vos premiers chocs cinématographiques ?
Enfant, j’en ai eu trois, les films de Bruce Lee, La fièvre du samedi soir et, à 14 ans, les films d’Alfred Hitchcock que j’ai découvert lors d’une rétrospective au ciné-club. J’ai été notamment très marqué par Fenêtre sur cour, par le côté voyeur du récit.
A l’époque, je ne me voyais pas devenir cinéaste, je voulais être ébéniste, j’adorais travailler le bois et je faisais également parti d’un groupe punk, nous jouions dans les cafés anarchistes près de la frontière allemande. Lorsqu’il m’a fallu choisir entre la mine et continuer mes études, je me suis accroché, j’ai passé mon bac. J’adorais l’histoire, la littérature, je continuais à écrire. J’ai eu ensuite la chance de pouvoir rejoindre ma sœur, qui était déjà sur Paris. Elle avait suivi l’école des Beaux-Arts et travaillait alors à la Villette. C’est bizarrement à partir de sa situation que mon avenir a commencé à prendre forme. Deux orientations seulement m’intéressaient alors, la musique et le cinéma, elle a réussi à convaincre mes parents de me laisser choisir. Ils nous ont toujours fait confiance, ce qui est formidable, et mon père, qui prenait sa retraite, m’a donné sa prime de départ, afin que je puisse monter à Paris. A partir de là, j’ai ingurgité des films pendant près de trois ans. J’ai suivi une licence de cinéma à l’Esra. Je passais mon temps dans les ciné-clubs, je regardais les films trois à quatre fois de suite. C’est alors que j’ai vraiment pris conscience que c’est ce qui me plaisait. J’ai beaucoup bossé, je n’avais pas une très grande culture et j’ai essayé de combler mes lacunes.



Pourquoi avoir commencé par réaliser des clips ?
J’ai commencé en fait par être stagiaire sur des films d’entreprise et des clips, et, par le plus grand des hasards, vers l’âge de 24 ans, il se trouve que je suis devenu, en quelque sorte, directeur de postproduction pour tout ce qui était effets spéciaux numériques. A l’époque en 1988, 1989, le numérique commençait en effet à s’imposer dans la publicité et j’ai assisté certains réalisateurs. Il a fallu ensuite que je m’affirme et, pour moi, travailler sur des clips était une excellente façon d’acquérir une maîtrise. Il me fallait pratiquer, cultiver une certaine technique. Je n’étais pas un fan de clips, mais j’ai eu l’impression que ça pouvait être un très bon laboratoire et l’occasion de gagner ma vie. J’ai alors repris un documentaire sur les mineurs, que j’avais monté dans le cadre de mon école, j’en ai retouché l’ambiance. J’ai également demandé à mon père de me construire un ring de boxe et, avec des copains, j’ai réalisé une fausse pub qui était plus une démonstration de découpage autour d’un combat de boxe. J’avais pas mal étudié Raging Bull de Martin Scorsese, Rocky de John G. Avildsen et Nous avons gagné ce soir de Robert Wise, ce qui m’a permis de combiner en 30 secondes des techniques de découpage utilisées dans ces films. J’ai sur intensifié un combat de boxe en 30 secondes, en utilisant la photo, des arrêts sur image, des ralentis. J’ai ensuite fait le tour des différentes maisons de production de clips que je connaissais en temps qu’expert en effets numériques et j’ai tourné mon premier clip en 1992, celui des Pow Wow, Le lion est mort ce soir. Alors que toutes les propositions des autres réalisateurs étaient centrées autour de la jungle, je m’étais axé sur Paris. Il me semblait, en effet, que pour un Africain, la jungle c’était Paris, le métro et j’avais construit mon scénario autour d’un enfant qui découvrait Paris, une idée qui a été retenue. J’ai eu la chance que la chanson et le clip marchent très bien et j’ai enchaîné. J’ai eu, en revanche, du mal à me dégager par la suite de cette étiquette qui m’a collé à la peau quelque temps.


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