Jérôme Cornuau commence par mettre en scène des téléfilms, des clips, se lance dans la production avant d’attaquer en 1997 son premier long-métrage,
Bouge ! Il enchaîne avec
Folle d’elle en 1998 mais ne réussit pas à s’imposer. Il a du mal à trouver sa voie, son style et c’est un téléfilm qu’il a écrit, porté, défendu, qui le révèle,
Dissonances, avec Jacques Gamblin. Aujourd’hui, il s’affirme avec
Les Brigades du tigre. Rencontre avec un cinéaste posé, humble, qui voit ses rêves se matérialiser.
Un cinéaste avec lequel vous aurez l’occasion de vous entretenir le vendredi 14 avril à partir de 16 h, en direct sur Excessif et DVDrama.
Pour vous, réaliser a toujours été une évidence, une nécessité ?J’ai toujours été attiré par le cinéma, enfant je fréquentais assidûment la cinémathèque, je collectionnais des fiches sur les films, sur les réalisateurs, avec les romans et les bandes dessinées, c’était une vraie passion. En revanche, je ne voyais pas comment je pouvais faire pour que cette passion devienne un métier. Je me suis donc tourné temporairement vers les mathématiques et l’histoire de l’art. J’envisageais d’être océanographe et donc, à défaut de fictions, de filmer des animaux. N’étant pas finalement assez motivé par les mathématiques et la physique, j’ai fini par abandonner cette filière et j’ai essayé de chercher du travail dans le milieu du cinéma en préparant certains concours, comme ceux de la Fémis et de l’Idhec, que j’ai ratés, mais parallèlement j’ai réussi l’examen me permettant de faire mon service militaire dans le cadre du cinéma en tant qu’assistant réalisateur. J’ai donc suivi pas mal de projets institutionnels, sur la construction d’un sous-marin, des camions Renault… Pas mal de réalisateurs ont d’ailleurs suivi cette même formation, Christophe Gans notamment, qui était avec moi. Ce fut une formation directement sur le terrain, quant à la théorie, je l’ai appréhendée au travers des livres. J’ai ensuite travaillé en tant qu’assistant sur deux productions et, n’arrivant pas à m’imposer en tant que réalisateur, j’ai décidé qu’il fallait peut-être m’orienter directement vers la production, superviser autant mes propres projets que ceux des autres. C’étaient les débuts du clip et j’ai senti qu’il y avait une carte à jouer. J’ai suivi ainsi de nombreux clips vidéo en tant que producteur et réalisateur, puis, je me suis attelé à certaines publicités et quelques fictions, notamment pour M6. Ils m’ont alors proposé de me centrer sur un projet, d’écrire ou de rechercher des scénaristes pour travailler sur une comédie musicale,
Bouge !. Après avoir consulté plusieurs scénaristes, j’ai fini par écrire un synopsis qui a plu à M6 et je me suis retrouvé réalisateur.
Quels souvenirs gardez-vous de cette première expérience ?Cela m’a appris à gérer le montage financier d’un premier long-métrage, ce qui est très différent de la fiction télé, où les cadres de financement restent finalement assez simples. C’était intéressant d’aborder un mécanisme différent. En tant que réalisateur, cela m’a permis de prendre en charge un budget plus conséquent, une équipe plus importante, de gérer une lourde figuration. C’était en même temps un film très formaté, correspondant à un cadre très précis et d’ailleurs, immédiatement après, on m’a proposé de prendre en charge un deuxième film également très formaté,
Folle d’elle. Ce furent des expériences assez fortes dans le sens où elles furent très formatrices, mais j’en ai tiré une leçon fondamentale pour moi. Si ces films à petits budgets ont assez bien marché, les critiques ont été particulièrement violentes et j’ai pris conscience que je ne voulais plus m’attaquer à des films dont je n’avais pas suivi l’écriture, des projets que je n’initiais pas à la base car, au final, je ne m’y reconnaissais pas et je me suis fait attaquer sur des points qui n’étaient pas directement liés à mon travail. J’avais juste fait, me semble t-il, correctement mon boulot. Lorsque le ressentiment est mauvais sur un film, c’est souvent le réalisateur qui en porte l’entière conséquence. Il a forcément une part de responsabilité, mais les choses sont plus complexes. A cette époque là, je me sentais beaucoup plus libre sur les téléfilms, des films de genre assez particulier.
Vous avez donc l’impression que cette emprise vous a empêché de vous épanouir, de vous exprimer ?Absolument, mais je n’en avais pas conscience, je manquais beaucoup de recul et je ne me rendais pas compte que j’étais en train de rentrer dans une sorte de moule. J’avais l’impression que je pouvais gérer les choses, ayant plus une maîtrise visuelle, je m’imaginais que je pourrais orienter le film en me reposant sur la forme plus que le fond et que je pouvais compenser ainsi les manques du scénario. C’était une erreur et je n’avais pas une vision assez précise des failles de ces récits. Je n’ai pas été assez ferme sur certaines choses, en même temps ce n’est pas tous les jours que l’on vous propose un long-métrage, c’était une opportunité, un rêve d’enfant qui se réalisait. Il y a des cinéastes qui ont une maturité immédiate, qui arrivent à saisir immédiatement leur voie, à s’épanouir dans leurs premières œuvres, c’est vrai, d’autres décollent réellement après quelques films. Ces deux premières commandes m’ont donc permis de me consolider, de me sentir plus apte à affronter de nouveaux tournages, à me poser sur des projets plus personnels.