Pierre Schoendoerffer pour moi, c'est avant tout autre chose La 317ème
section, un choc, c'est l'un des plus grands films de guerre qu'il m'ait été donné de voir. Il y a un cinéma français des années 60 que j'aime beaucoup, Le Trou de Jacques Becker, Le Deuxième Souffle de Jean-Pierre Melville et la 317ème section de Pierre Schoendoerffer, il y a une pureté, une authenticité, un épure, j'ai du mal à trouver les mots, ce sont des films que l'on ne pourra plus faire aujourd'hui car le rythme a changé, l'approche sonore, la perception que le spectateur a des images a également évolué. Ce sont des films où il y a finalement une très grande liberté artistique et qui ne font aucune concession, et en même temps qui atteignent une chose assez rare, une simplicité toujours difficile à obtenir et une force dans cette simplicité.
On oublie souvent que Pierre Schoendoerffer a eu un Oscar pour son
documentaire La Section Anderson, il a suivi au Vietnam une section de
l'armée américaine, il l'a suivie sous le feu des balles, peu de Français ont eu des Oscars et ce documentaire a donné naissance aux films de guerre sur la guerre du Vietnam. Il pourrait d'ailleurs s'appeler Platoon. Il y a des choses
comme ça qui sont connectés avec l'histoire du cinéma, ce documentaire l'est directement. J'adore également plusieurs de ses films, Le Crabe Tambour, L'Honneur d'un Capitaine, pour moi c'est un grand cinéaste français auquel on ne rend pas pas assez souvent hommage. Je me sens en adéquation avec lui par rapport à mon propre parcours, pour moi c'est un maître.Florent-Emilio SiriLa 317ème section de Pierre Schoendoerffer fait partie des films de guerre ayant le plus influencé Florent Emilio Siri. Et que dire du cinéaste, d'abord caméraman en pleine guerre d'Indochine, fait prisonnier à Dien Bien Phu avant d'embrasser une carrière de reporter de guerre et de metteur en scène que l'on connaît. Autant dire que cet homme aux vies multiples possède bien des facettes à explorer. Nous sommes donc allés à sa rencontre pour tenter de percer une infime partie du mystère Schoendoerffer. Un mystère qui a constamment influencé Florent-Emilio Siri. Carte blanche...
Comment êtes-vous passé du statut de soldat à celui de cinéaste ?En fait, je voulais être cinéaste avant de devenir soldat. Le cinéma est un milieu très fermé et l’on n’y entre pas facilement. Avant de m’engager, j’avais fait le tour des maisons de production, mais personne ne voulait de moi. Durant cette période, j’avais lu un article consacré à un caméraman qui avait été envoyé sur le front de la guerre d’Indochine et qui y avait laissé sa vie. Je me suis alors dit que je pouvais essayer de prendre sa place (
sourires) ! Je ne me suis pas engagé dans la guerre d’Indochine pour faire le soldat, mais pour y faire du cinéma. Dans les tranchées, je n’avais pas une arme, mais une caméra.
C’était un cadre de formation plutôt inédit pour un apprenti cinéaste.Tout à fait. Mon parcours était assez atypique si on le comparait à celui de mes contemporains comme Alain Resnais, qui a commencé par le montage, ou même François Truffaut qui est issu de la sphère journalistique…
Votre carrière avait pris son envol à la fin des années 50, lors des premiers émois de la Nouvelle Vague. Comment vous entendiez-vous avec la bande des Cahiers qui menait ce mouvement ?J’appréciais François Truffaut, même s’il était un tueur impitoyable qui avait tiré à bout portant sur de nombreux cinéastes respectables à l’époque où il était critique. Si j’utilise le terme « tueur » pour qualifier Truffaut le critique, c’est parce qu’il en était un vrai. À travers ses écrits, Truffaut tuait les cinéastes pour ensuite se réapproprier leur territoire sur lequel il pouvait manœuvrer. Mais parmi la bande des Cahiers, celui que j’appréciais le plus était Claude Chabrol car, en plus d’être un cinéaste de grand talent, c’est un bon vivant dont la compagnie est très appréciable.