«
Klapisch est un être qui n'a pas de cynisme, il n'est pas gnangnan, Il est humain et croit aux êtres, il ne croit pas que tout est fienteux. » disait Fabrice Luchini très justement pendant la promo de
Paris. C'est une belle définition du cinéaste. Ce qui le caractérise, c'est cette proximité, cette générosité qui fait qu'on se retrouve à travers les destins qu'il évoque. Dès son premier film,
Riens du tout, il s'attache aux êtres, à ce qu'ils ressentent, dans le quotidien d'un grand magasin. C'est un sillon qu'il ne cessera de creuser.
Klapisch a galéré avant d'accéder à la réalisation. Il fut refusé plusieurs fois à l'IDHEC (on lui reprochait entre autres choses de ne pas aimer suffisamment le cinéma Français). Il alla donc étudier son art à l'université de New York. Puis il revint en France, réalisa quelques films d'entreprise et des courts-métrages (dont
Ce qui me meut qui donnera son nom à sa société de production).

C'est véritablement lorsqu'il réalise an 1995 pour Arte un film dans le cadre des « années lycée » sur l'après Mai 68 que le cinéaste s'impose. Il ne se fait pas le chroniqueur d'une époque mais s'attache à décrire ses personnages, favorisant l'identification et l'empathie du spectateur plutôt que l'étude sociologique. Ainsi les lycéens du Péril jeune nous ressemblent, on reconnaît nos années lycées, les gens qu'on y a connus, celui qu'on a pu être. Ainsi Romain Duris est révélé et a une compréhension déjà instinctive de l'univers de son cinéaste. Dans l'insouciance de Tomasi, on se revoit lorsque nous étions échevelés et irresponsables, ce « jeune » que l'on contient comme une poupée russe et qui était l'essentiel de nous, un être pas encore compromis et encore rêveur, un idéaliste dont nous portons la nostalgie. On retrouve nos embarras, lorsqu'il fallait séduire une fille et que nous n'osions pas, ce besoin maladif d'appartenir à un groupe...La grande force évocatrice du film est d'être structuré comme un flash-back, où les personnages plus âgés contemplent leurs illusions perdues. En dehors de tout contexte historique, chacun peut s'y retrouver et c'est en cela que le cinéma de Klapisch finit par faire partie de nos vies.
Un Air de famille, adapté de l'une pièces d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, s'attachait à détailler les problèmes conjugaux, les tensions entre frères, les rivalités inavouées, une hostilité latente contre la mère. Il y a toujours chez Klapisch cette dimension familiale, il raconte presque toujours l'histoire d'un groupe. Mais, comme il l'avait déjà fait pour
le Péril jeune, la chronique sociale n'étouffe pas les individualités, ne les réduit pas à des clichés. Bacri est certes grognon mais il est avant tout blessé, Daroussin est effacé mais il devient attachant. Même pour les personnages secondaires et pittoresques (comme Catherine Frot la lunaire), le regard de Klapisch est toujours généreux, chaleureux, nuancé, jamais simpliste ou ironique. Il atteint ainsi un humanisme et une authenticité véritables.
Dans le même temps, en 1996, il réalise
Chacun cherche son chat, un film choral qui retrace -déjà- à sa manière la vie d'un quartier de Paris. Mais il échappe à la vision « carte postale » que l'on reproche souvent aux films mettant en scène la « ville Lumière » (avec plans insistant sur la Tour Eiffel sur fond d'accordéon). Ce qui intéresse le cinéaste, ce sont les habitants. Une jeune femme fait garder son chat par une vieille dame alors qu'elle part en vacances. Lorsqu'elle revient, il a disparu. La vieille dame extrêmement affectée fait jouer toutes ses connaissances pour retrouver « Grisgris ». Et la belle Chloé prend conscience de son quartier, du simple d'esprit touchant qui met toute son énergie à lui prêter main forte (Zinédine Soualem que l'on retrouvera souvent chez le cinéaste) au batteur tombeur à qui elle n'est pas indifférente (Romain Duris, deuxième!). C'est une ville qui s'anime avec des petites tranches de vie, grâce à une chorale de personnages qui constituent son âme. Le film est révélateur de l'approche à la fois humaine et communautaire de Klapisch que l'on retrouvera toujours dans la suite de son oeuvre.