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Charlotte Gainsbourg : L'audacieuse [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 12 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 12 octobre 2009 à 10h17 - 0 commentaire(s)
Dans l'ennui habituel d'une cérémonie de récompenses survient parfois une émotion véritable, loin des congratulations convenues. C'est ce qui s'est passé à Cannes, lorsque Charlotte Gainsbourg a reçu son prix d'interprétation pour Antichrist de Lars Von Trier (sortie le 3 juin). On connaît tous sa glorieuse ascendance, ses parents qu'elle a évoqués avec une émouvante sincérité. Elle a également salué Yvan Attal qui lui a permis au cinéma de briser son image et les projections faciles que l'on pouvait faire sur elle.

Dans ce discours de remerciements, elle a suggéré un peu de sa vie artistique. Révélée par le grand Serge dans un duo sulfureux, « Lemon Incest », dirigée par lui dans Charlotte for ever, proche de Jane Birkin dans les films qu'Agnès Varda lui consacra, elle a d'abord campé les ados introverties et insoumises (dans l'Effrontée ou la Petite voleuse de Claude Miller). Peu à peu, elle est sortie de sa réserve et a imposé sa nature, à l'encontre de tout ce qu'on croyait savoir sur elle. Elle a dit espérer que son père serait fier d'elle et « fier d'être choqué ». Il y a derrière sa discrétion, la douceur de sa voix, la fragilité de sa silhouette, la force et le courage des audacieux.



Les tourments de l'adolescence

Elle naît en Juillet 1971 à Londres, fille d'un couple iconique et inoubliable, symbole des années 60, Serge Gainsbourg et Jane Birkin. Elle a la double nationalité, anglaise et française. Ecrasée par l'aura de ses parents, elle est une enfant repliée sur elle-même, un peu farouche, vivant assez mal le regard et les réflexions des autres sur ses célèbres géniteurs. Pourtant, elle demeurera toujours en symbiose avec eux, se tenant toujours proche de leur univers.

Lorsque son père la fait chanter avec lui « Lemon Incest », elle le vit comme un privilège, une découverte de la musique. Mais elle ne le fait pas en toute innocence, consciente du caractère ambigu du texte de Gainsbourg (sur une mélodie de Chopin). Elle a 13 ans. Il lui composera un album entier, Charlotte for ever. Elle tournera dans le film éponyme réalisé par lui en 1986, contant une relation incestueuse et désespérée. Elle demeure fière de la grande controverse soulevée par leur collaboration. Le trait de caractère est fort. La jeune fille n'a pas peur de risquer le scandale et sait en voir la beauté. Elle est surtout ravie de travailler avec son père. Elle apparaît également dans Kung Fu master de Agnès Varda aux côtés de sa mère ainsi que dans Jane B. par Agnès V.



Le cinéma, elle l'aborde d'abord comme un espace de liberté, comme une preuve de cette indépendance que ses parents lui permettent. Elle joue en 1984 un petit rôle dans Paroles et musique de Elie Chouraqui, incarnant la fille de Catherine Deneuve. Il est assez notable que dans ce premier rôle, elle se nomme Charlotte. C'est encore le cas dans l'Effrontée de Claude Miller, où elle incarne une ado en pleine rébellion. Campant avec naturel et intensité ce personnage et son mal de vivre, on a l'impression que l'actrice joue des rôles proches d'elle et de son attitude (on se souvient d'elle à cette époque, paralysée de timidité pendant les interviews). Elle décroche le César du meilleur espoir féminin en 1985. Dans la Petite voleuse en 1988, elle est encore une jeune fille sauvage, toujours farouche et en rupture avec le monde. Le synopsis est de François Truffaut (elle incarne une sorte d'équivalent féminin au héros de Les 400 coups). Dans cette première période, Charlotte est l'incarnation de l'adolescence et du malaise qui accompagne ce temps de l'existence, plein de révolte, de rébellion et de blessures à vif. L'actrice en garde un très beau souvenir. Pourtant, elle est un temps attirée par le dessin, apprend le piano, n'est pas encore fixée sur sa vocation.


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