Si
Insomnia séduisait à ce point et affirmait que Nolan pouvait se démerder aux commandes d’une production plus onéreuse, c’était pour le scénario transcendé en or Hitchcockien qui refusait le cynisme au second degré tout comme le manichéisme de base (le sempiternel combat du flic vertueux contre le méchant serial-killer). Qui ne racontait pas la lutte du bien contre le mal mais une histoire sordide de compromis, de pacte entre ces deux extrêmes. Dans
The Dark Knight, on retrouve la même opposition ambiguë, entre Batman et Le Joker. Deux figures qui respectivement incarnent le bien et le mal et qui en réalité brouillent ces données hâtives: Batman est taraudé par des pulsions sombres et inavouables liées à son enfance, tandis que le Joker passe presque pour le seul personnage honnête avec lui-même, vivant sans complexe sa monstruosité grassement assumée.
A chaque fois, la fascination pour le mal de Nolan l’emporte sur tout. Comme Pacino se laisse bouffer par Williams dans
Insomnia; comme Jackman se laisse bouffer par Bale dans
Le prestige, Batman se laisse bouffer par le Joker dans
The Dark Knight dans un dédale en ébullition où les doubles, les jumeaux ou les meilleurs ennemis – membres d’une même famille fâchée – se loupent fatalement. Il y a du Joker chez Batman et du Batman chez Le Joker, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Une fascination aussi, entre eux, entre l'humanité du monstre et la monstruosité de l'humain. Le dernier point que l’on a oublié de dire au sujet du cinéma de Nolan, c’est finalement de louer ce romantisme-là: larvé et interdit, toujours lié à la transgression.