Par Stéphane CAILLET - 09 juin 2010 - 0 commentaire(s)

On peut évidemment émettre des réserves sur les idées développées, car le cinéma fantastique relève aussi d'un effet de mode qui n'est pas commandé par la réalité sociale de l'époque. Après le succès commercial de Scream (1996) de Wes Craven, qui a permis de rendre plus accessible au grand public le slasher, plusieurs œuvres de ce genre sont produites par les studios américains (Souviens toi l'été dernier, par exemple), sans liens particuliers avec la société et l'histoire de l'époque. Actuellement, il en de même avec le reboot, appellation apparemment nouvelle, qui masque le plus souvent de simples remakes et qui ne cherche qu'à relancer un cinéma fantastique hollywoodien en grande panne de talents. Un auteur aussi bon que Wes Craven a peut-être enterré, à un certain moment, le film d'horreur moderne, plus particulièrement le slasher, en usant d'un sens de la parodie qui était devenu monnaie courante. Après le 11 septembre, cet aspect s'estompe : les films prennent une forme plus pessimiste et mortifère.

 

 Il ne faut pas oublier que dans des périodes de grands troubles, le fantastique a disparu en raison de son caractère subversif. C'est le cas sous l'hitlérisme ou lors des moments noirs de l'URSS, car les films du genre peuvent s'en prendre au système : ils décrivent le plus souvent un combat de l'ordre contre le désordre, où ce dernier l'emporte. La menace inquiète et met alors en péril la société. Mais, souvent, un dénouement heureux brise l'effet subversif, ce qui rétablit un ordre encore plus fort afin de rassurer. Ce ne fut pas le cas pour Les Oiseaux d'Hitchcock. L'indépendance financière du cinéaste lui a permis de montrer la victoire des oiseaux. L'accalmie finale de l'œuvre peut être analysée comme un moment de repos avant l'attaque finale. L'effet subversif est complet, l'ordre visant à être détruit totalement.
Enfin, le cinéma fantastique, quelle que soit la volonté de son auteur, appel le sens. Il amène le spectateur à l'interprétation. On peut déceler dans de nombreux films fantastiques une métaphore de nos problèmes comme le cancer ou le sida (La Mouche de David Cronenberg). Mary Shelley et H.G. Wells, en créant Frankenstein, parlent, avant tout, des problèmes moraux de la science. On peut également citer l'utilisation du mythe du vampirisme pour représenter la dépendance liée à la drogue et la condition d'un junkie chez Abel Ferrara (The Addiction).

 La mouche

 

 

A travers ces différents exemples, on comprend que le cinéma fantastique, encore trop souvent décrié, permet à de nombreux auteurs de parler librement et pleinement de leur société. Il est peuplé de monstres et de fantômes qui peuvent jouer le rôle de réceptacles de nos peurs et de nos doutes vis-à-vis de notre présent et de notre avenir. Son aspect implicite et sous-jacent donne la possibilité de transmettre des messages forts, qui passeraient beaucoup plus difficilement, notamment du point de vue de la censure, s'ils étaient affirmés frontalement. Sa puissance visuelle lui permet surtout d'aborder tous les thèmes avec une force figurale et symbolique frappante, sans recourir à de lourdes séquences explicatives. Une certaine quintessence du cinéma.   


Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

        Rappel : Ne communique jamais tes données personnelles (nom, adresse, n° de téléphone)! N'oublie pas que les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits par les conditions générales d'utilisation d'EXcessif et que tu peux être identifié par ton adresse internet si quelqu'un porte plainte.

        Dernières news

        Derniers dossiers


        Diaporama

        Dernières vidéos


        logAudience