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Cinéma fantastique et société : le choc entre réel et imaginaire

Par Stéphane CAILLET - publié le 09 juin 2010 à 00h10 ,
MAJ le 09 juin 2010 à 09h16 - 0 commentaire(s)

Le cinéma fantastique est une formidable machine à métaphores, qui permet de disserter implicitement sur les évolutions de notre société. The Crazies, remake du film de George A. Romero en est un parfait exemple : l'original est habité par la guerre du Vietnam et la critique du militarisme américain. Le cinéaste, qui a su nous proposer des films aussi passionnants que Zombie, a souvent livré un message social et politique dans ses œuvres, même si parfois, ce bon vieux gauchiste s'en défend avec un sourire en coin. La Nuit des morts-vivants, qui nous présente l'un des premiers héros noirs du cinéma, est un autre exemple parmi tant d'autres. Romero a su s'opposer à la frilosité de la société américaine et à Hollywood, sa machine à rêve, qui a toujours pris un malin plaisir à reléguer les noirs au second plan - encore aujourd'hui, malgré un certain progrès. Un bel acte de résistance. Revenons alors sur l'idée même de cinéma fantastique et sur son rôle en matière de critique sociale et politique. Petite précision : le terme fantastique étant incroyablement large, nous engloberons tous les dérivés du fantastique, de la science-fiction aux films d'horreur.  
 

 
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Le fantastique : le choc entre réel et imaginaire.
Dés ses origines littéraires, le fantastique a pu apparaître en Occident comme une simple idéalisation de notre imaginaire, laissant penser à une dépréciation du réel. C'est une idée qui se répand encore aujourd'hui avec trop d'insistance. Cependant, des auteurs spécialistes en la matière comme Gérard Lenne ont su affirmer que ce genre, appliqué au cinéma, entraîne une véritable confusion entre l'imagination et la réalité. Ce constat est lié à la frontalité de l'image qui rend cette idée possible, contrairement à la littérature, qui est fondée d'emblée sur l'imagination du lecteur : les pensées de l'auteur s'inscrivent dans l'univers cinématographique qu'il décrit. Surtout, en dehors du clivage entre le livre et le Septième Art, le cinéma fantastique n'est pas forcément ce qui sort de l'ordinaire : l'imagination ne serait rien si elle ne provenait pas du réel. Le terme peut ainsi être considéré comme un pléonasme : le cinéma, tout comme le fantastique, crée un monde qui est imagination de la réalité. Le public doit croire à l'univers qui lui est présenté par le métrage. Il n'y a donc pas d'opposition simpliste au réalisme, les monstres, les fantômes et les zombies pouvant être une expression de nos peurs. Ce genre à forte tendance symbolique est un beau terrain de représentation de notre conscience et aussi une certaine apogée du Septième Art. Il peut alors prendre une forme sociale.

 

 
The Crazies, de Breck Eisner

 

 

Dans l'histoire du cinéma, les périodes privilégiées du genre coïncident le plus souvent avec des moments de troubles ou d'évolutions économiques et idéologiques. Le hasard est trop important pour ne pas y voir une certaine corrélation. On peut citer plusieurs exemples célèbres comme l'expressionnisme, qui est né dans la crise économique et sociale de la république de Weimar. Selon l'historienne Lotte H. Eisner, le peuple allemand trouvait dans l'expressionnisme cinématographique, empli d'évocations funèbres et de représentations cauchemardesques, un mode d'évocation adéquat, à la fois concret et irréel, d'un état d'âme trouble. Il s'agissait d'un véritable exutoire. Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene, Nosferatu de Murnau ou encore M le maudit de Fritz Lang en sont les plus belles réussites. Outre cette période de l'histoire allemande, nous pouvons également citer la guerre froide et le maccarthysme qui voient triompher la science-fiction aux Etats-Unis. Concernant la guerre froide, Le Jour où la Terre s'arrêta (en oubliant son affreux remake de 2008) symbolise au mieux nos propos : le film du grand Robert Wise décrit la course au nucléaire et l'opposition entre les blocs Est-Ouest. Pour le maccarthysme, La Chose d'un autre monde de Christian Niby et L'Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel sont des métrages que l'on peut considérer comme anti-communistes, les intrus venant d'univers menaçants pour les Etats-Unis. C'est aussi la grande dépression de 1929, qui précède de peu le développement des films d'horreur à Hollywood. Le mythique Frankenstein de James Whale ou le Dracula de l'immense Tod Browning pointent alors le bout de leur nez. Au Japon, dans les années 1950, Godzilla, monstre nucléaire, provient  des séquelles d'Hiroshima et de Nagasaki.


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