Mentir est une deuxième nature au cinéma. Que ce soit par tempérament ou par les histoires qu’il raconte, le medium est effectivement versé dans l’art de la dissimulation, de la fausseté et de la manipulation. Dès lors, en profitant de la sortie d’
Envoyés très spéciaux, il semblait opportun de revenir sur le mensonge cinématographique et ses aboutissements.
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Le cinéma n'a jamais fait partie de l'industrie du spectacle, mais de l'industrie des cosmétiques, de l'industrie des masques, succursale elle-même de l'industrie du mensonge. »
J-L GodardMentir, une seconde natureTout d’abord, parce que c’est un art de la narration et de la représentation, le cinéma porte en lui les germes mêmes du mensonge. En effet, penser l’art cinématographique n’est rien d’autre que dévoiler la volonté consciente ou non de ses auteurs face à des destinées, des péripéties et des héros qui les vivent. La fiction y a sa part et décemment, on ne peut faire abstraction du fait que le cinéma n’est qu’affabulation.
Pour sa part, le documentaire que l’on a facilement tendance à séparer de son pendant fictionnel, n’est pas en reste. Mis en scène, répété, scénarisé ou tout simplement manipulé à diverses fins, le versant documentaire du cinéma est aussi amené à porter le fardeau du mensonge. De fait, si l’on considère ce dernier et qu’on y ajoute son complément qu’est la fiction, c’est tout le cinéma qui se voit accusé d’être parjure, écart et tromperie. Mais plus que par son statut d’art narratif qui suppose une ligne directrice, c’est ontologiquement que le cinéma est mensonger.
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Le cinéma, c'est vingt-quatre fois la vérité par seconde. » J-L Godard,
Le Petit soldatUsant et abusant des limites humaines d’une perception rétinienne bien commode, le medium ne fait que trahir ce qu’il enregistre et subvertir ceux qui le regardent. En effet, par sa technique même (art du montage et du mouvement, photoréalisme…), il nous restitue l’apparence de la vie en nous donnant l’illusion du réel et du vrai. De fait, nous faisant croire que le monde entier défile devant nous, le cinéma joue et opère en prenant pour pivot, deux de ses forces, la puissance de l’image et la force de son animation.
Ainsi, tire-t-il de sa perfection technique et du stratagème qu’il emploie, une capacité incroyable : la croyance que ce qu’il nous montre est vrai. Suscitant l’adhésion de ceux qui y succombent tout en sachant sa fausseté, l’art du cinématographe est donc celui de la plus prometteuse des illusions. Dès lors, avec toutes les histoires qu’il nous raconte et son impression de réel, le mensonge qu’est la chimère cinéma ne cesse de s’affirmer.