"J’ai aimé ce film pour son charme mais avant tout pour la nostalgie qui s’en dégage et qui me touche personnellement. L’histoire a pris beaucoup de relief dans la construction. On rétablit l’échelle des temps. C’est un excellent film et Philippe Noiret y est très touchant, il a réussi à donner corps à son personnage, à capter ses petites habitudes." Pierre TcherniaIngrid Bergman,
Cary Grant, Charlie Chaplin, Greta Garbo,
Errol Flynn,
Olivia de Havilland,
James Stewart,
Jean Gabin, Donna Reed, Gary Cooper, Helen Hayes, Anna Magnani, tout ce beau monde réuni dans un même film, ça fait rêver non ? Mais il y a de ça bientôt 20 ans, toutes ces stars ayant marqué l’histoire du cinéma se sont bel et bien retrouvées le temps d’un montage devenu culte. Qui parmi ceux qui l’ont vu ne se souvient pas de cet espiègle et adorable bambin, de ce petit village en Italie respirant la douce tiédeur méridionale et, au cœur de la vie de ce village, un cinéma, ou plutôt le Cinéma. Il n’en faudra pas plus à quiconque aura goûté à la chaleur humaine de ce film pour le reconnaître : nous parlons bien évidemment du célébré Nuovo
Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore. Hommage au 7ème art d’une rare émotion, cette petite pépite cinématographique nous fait revivre le temps d’un métrage toute la ferveur et la magie de ce que représentait alors le Cinéma, lorsque le rêve semblait prôner sur l’enjeu financier, lorsque les personnages à l’écran représentaient encore des géants aux yeux des spectateurs, lorsque la candeur du public suffisait à faire de chaque projection un transport inconditionnel dans un autre monde, dans une réalité transposée et sublimée. Fervent hommage à un art qui s’est regrettablement industrialisé, témoin d’une époque révolue et de l’âge d’or du Grand Ecran,
Cinema Paradiso restera avant tout dans les mémoires pour le climax émotionnel final, ce montage exubérant et émouvant de baisers historiques au cinéma. Hommages revendiqués ou cinéma référentiel, la sortie en DVD de ce monument du Cinéma du cœur est pour nous l’occasion de revenir sur ces films qui font rêver, qui redorent le blason d’un art tombé dans la logique de la rentabilité maximale au profit de la créativité artistique, qui enfin donnent soif de cinéma.
Disposer l’action autour d’un cinéma à l’instar du film de Tornatore paraît en ce sens être un des ingrédients les plus sûrs. La sensation de bien-être suite à une projection de
La Rose pourpre du Caire de
Woody Allen par exemple, si elle est difficilement explicable, n’en est pas moins durablement présente. L’intensité avec laquelle on rentre dans l’histoire, avec laquelle on suit les péripéties des personnages est à peine croyable au vu de l’ingénuité du scénario. Cette histoire d’un personnage de film sortant de l’écran et vivant une idylle avec une spectatrice ayant assisté à chacune des projections de «
La rose Pourpre du Caire », la toute nouvelle production comique de chez RKO, a tout de l’incroyable. Et pourtant ce film parle au spectateur comme pas deux. Qui n’a pas secrètement rêvé de faire partie intégrante de ce monde à l’écran où tout est à sa place et où tout rentre dans l’ordre ? Qui n’a pas souhaité, durant la projection de ce film ou d’un autre, une interaction avec les personnages à l’écran ? C’est presque avec ivresse qu’on se laisse porter le long de cette trop courte 1h20 par l’incongruité et la douce absurdité des situations, l’illusion ne perdant rien de son impact tant les personnages sont attachants.
Woody Allen accomplit à travers ce film, un de ces meilleurs ce qui n’est pas peu dire, le tour de force de nous faire revivre tout ce que le cinéma des années 30 avait de magique, d’apparence d’idéal et de naïf. Un chef d’œuvre ni plus ni moins.
Quiconque évoque l’interaction entre le monde « réel » et le monde cinématographique pense immédiatement, dans un registre légèrement moins subtile mais tout aussi jouissif, au
Last Action Hero réalisé par
John McTiernan en 1993. Le pitch en est simple : un jeune garçon se retrouve catapulté en plein cœur du film à la projection duquel il assistait, le dernier né de la série de son personnage d’action préféré. A travers ce film unique, c’est tout un genre que McTiernan tournera en ridicule, à savoir le film d’action auquel il s’était essayé avec brio quelques années auparavant avec la première apparition de notre flic aigri préféré : John McLane. Véritable culte à ces films qu’on ne peut aimer la plupart du temps qu’avec un plaisir coupable,
Last Action Hero ravive des souvenirs d’enfance, des délires des gamins que nous avons tous été. Il transporte à cette période de la vie à laquelle il est possible de voir en
Dolph Lundgren un comédien à part entière, faute d’avoir vu de vrais films. Un film qu’il fait bon voir ne serait-ce que pour légitimer les moments passés devant les films de Chuck Norris. Nul doute que cet exercice de dérision allait l’aider dans l’accomplissement du renouveau du film d’action deux ans plus tard avec l’insurpassé Une journée en enfer.
Se prêtant tout autant aux situations rocambolesques, la mise en abyme, soit la présence du tournage d’un film dans le film, est un des moyens d’expression les plus vivant, un des styles le plus élégant pour rendre honneur à cet art tout juste centenaire mais pourtant garni de bien grands moments. Le capitanat de ces films dans le film peut aisément être octroyé à François Truffaut et
La Nuit Américaine. Hommage permanent à l’équipe technique et au travail effectué sur un tournage, le réalisateur bien aimé de la Nouvelle Vague prend un plaisir évident à présenter, avec du recul et beaucoup d’humour, les difficultés rencontrées sur un tournage. Truffaut tient lui-même le rôle du metteur en scène dans le film et se prête parfaitement au jeu. A l’exemple de la scène mémorable du petit chaton refusant tout net de se diriger vers le bol de lait qui lui est royalement disposé, le nombre de séquences tournant à l’absurde et reflétant cette ambiance bon enfant mi-stressée mi-conviviale qu’on ne trouve que sur un tournage fleure bon le pastiche auto-dérisoire. Difficile de vouloir s’adonner à une autre vocation que celle du cinéma après avoir vu
La Nuit Américaine. La déception de voir le tournage (et donc le film) se terminer, la nostalgie naissante de l’équipe sortant de l’aventure, le soulagement d’avoir mené le projet à bon bout sont quasi palpable à la fin de la projection, tour de force qu’il n’est possible qu’à peu de réussir. Par un regard unique sur tout ce qu’un tournage représente au-delà du simple fait de monter un projet cinématographique, par son approche originale et enthousiasmante,
La Nuit Américaine reste dans les mémoires comme l’une des déclarations d’amour au cinéma les plus légère et captivante.